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ActualitéRemaniement ministériel du 30 juin 2009Entre laconisme gouvernant et hédonisme souverain : usages monarchiques du fait du prince La nouvelle Expression / Mardi 22 Juillet Une nouvelle fois, la 33ème en près de 27 années de pouvoir suprême, le président camerounais posé en « pantocrator » « étatique post colonial (et néocolonial) », a procédé à un nouveau tour de manège politique, effectuant un nouveau remaniement ministériel en date du 30 juin 2009. Ce faisant, il s’est agi pour le « grand maître présidentiel » d’exercer, de manière jouissive, ses prérogatives éminemment régaliennes de nommer ou de mettre fin aux fonctions gouvernementales, de faire montre de «sa puissance inséparablement liturgique et démiurgique de patronage impérial pour l’accès aux charges prestigieuses de l’ Etat.» A l’occasion de ce remaniement ministériel du 30 juin 2009, en jouant de «son privilège (para) césarien d’administration de la grâce ou de la disgrâce gouvernementale,» le président Paul Biya a usé avec plaisir de sa capacité à prendre de court non seulement l’appareil gouvernant, mais aussi les milieux (supposés) éclairés, le cénacle des commentateurs bien ou mal inspirés, les sphères d’opinion publique et les réseaux de la base sociale. C’est pourquoi, conformément à sa réputation faite ou surfaite, de «faiseur de mystère », le Prince- président cultivant délibérément, mais aussi artificiellement, un art hermétique et mystique du pouvoir, a décidé d’agir pour produire le plus grand effet de surprise. Il s’est effectivement agi pour le pontife présidentiel de tirer parti de son pouvoir discrétionnaire en matière de nomination aux fonctions gouvernementales ou pour ce qui a trait à la cessation des fonctions, pour faire à nouveau célébrer, liturgiquement et magiquement, le mythe et la légende politiques du Prince présidentiel-Maître du temps. Le remaniement du 30 juin 2009 effectué par le président Paul Biya, qui a pris phénoménologiquement la figure indigène du «réajustement», a permis au leader central camerounais de cultiver- à bons comptes et à bon conte- son image de Grand seigneur initiatique monopolisant les secrets souverains et souverainistes du temps politique présidentialiste. Cet acte gouvernant de valeur politico-sacramentelle, constitue une nouvelle occasion liturgique de faire jouer, laconiquement, la scène ritualisée du Président-Maître du temps pour paraphraser un hagiographe français ventriloque relayant les flagorneries mystifiantes des apologistes de la Cour d’Etoudi et pastichant le propos démystificateur de certain monarchomaque présentant le maître central étatique comme un potentat qui « mastique», « rumine » et « mange » le « temps ». Derrière cette nouvelle manifestation actualisée et fétichisée de la capacité exclusive et régalienne du leader étatique camerounais à maîtriser le temps de la gestion souveraine de la machinerie étatique, se joue un nouvel acte de la scénographie politico – mythique et politico- mystique comme une scénographie de légitimation et de célébration du pouvoir perpétuel et ses expressions à travers les actes de remaniement ministériel au Cameroun. En d’autres termes, cela signifie de manière évidente que le remaniement du 30 juin 2009 est un acte présidentiel de patronage gouvernemental au cours duquel le Président impérial (re)déploie sa machinerie gouvernementale, de manière à faire un usage monarchique et hiérarchique des élites du pouvoir qui sont mises à la disposition de sa stratégie de reconduction et de reproduction de son privilège gouvernant viager de président perpétuel.
Manipulation Si le maître présidentiel a choisi d’opérer ce remaniement ministériel à ce moment précis, la publication du rapport du Ccfd créant la controverse sur sa probité et son intégrité aussi bien publiques que personnelles, en l’inscrivant au rang des leaders gouvernants considérés comme des potentats étatiques patrimoniaux coupables d’accumuler des « biens mal acquis », y est pour quelque chose. Bien sûr, une telle définition de la situation sera contestée par les « légistes du pouvoir» (Pierre Legendre), véritablement posés en légionnaires de la légitimation courtisane et partisane du pouvoir perpétuel, regroupés en Brigade d’Interprétation Rapide (un BIR de l’esprit !) et en glossateurs du pouvoir (une Gp de l’intellect !), prêts à défendre la citadelle présidentialiste contre l’impertinence ou l’irrévérence supposées de l’analyste froid et/ou de l’intellectuel critique soulignant le rapport du remaniement ministériel du 30 Juin 2009 avec le contexte adverse créé par le rapport du Ccfd. Quoique les apologistes de la Cour présidentielle en fous savants du monarque- hierarque présidentiel s’évertuent à draper le remaniement du 30 juin 2008 derrière un voile de mystère, il est clair qu’il s’est agi pour le pontife présidentiel de reprendre l’initiative et de rappeler sa position déterminante de centre symbolique de gravité gouvernante face à la mise en question politico-morale du Président Biya orchestrée par les activistes du Ccfd -Terre Solidaire. Confrontés à une attaque politico-médiatique travaillant à (re) construire une dynamique de scandale autour de sa figure ordonnatrice mise en cause par des allégations le présentant sous une allure prédatrice, le maître présidentiel et ses conseillers princier, ont choisi de remanier le gouvernement pour repositionner le Président en centre positif de pouvoir plutôt qu’en centre nocif et riposter aux activistes et machinistes mettant en question l’honneur et la valeur du Président Biya.
Célébration Comme la grande majorité des remaniements ministériels opérés par le chef central du régime du Renouveau, l’acte du 30 juin 2009 a essentiellement opéré comme une manœuvre prioritairement politique, une manœuvre fondamentalement peu préoccupée de visées effectives de restructuration ou de redynamisation managériales de l’action gouvernante. Par rapport aux attentes modelées par le Président Biya lui-même à travers sa critique virulente du désormais dernier Gouvernement Inoni (le Gouvernement Inoni III ) lors du conseil des ministres du 7 mars 2008 suivant de peu les émeutes de février, le Gouvernement Yang I, mis en place par le maître présidentiel, ne répond manifestement pas aux exigences alors apparemment plutôt que sincèrement esquissées de réforme significative de l’action gouvernementale. Alors que le positionnement d’autocritique gouvernante opéré par le Président Paul Biya en mars 2008 semblait annoncer une forte onde de choc politique, le remaniement ministériel du 30 juin 2009 est resté conforme à une routine présidentialiste de recyclage conservateur, conformiste, immobiliste et clientéliste des positions gouvernementales. En termes fort ordinaires, cela signifie que, comme à l’accoutumée, le maestro souverainiste et présidentialiste s’est beaucoup plus préoccupé de changer les choristes sans changer la chorale. C’est qu’effectivement, la structure éléphantesque de la formation gouvernementale, structure qui empêche de concevoir et d’appliquer une action consistante et cohérente, a été maintenue, au détriment d’une véritable optique d’efficacité et de célérité gouvernementales. Dès lors en plus de ses finalités de diversion déjà évoquées, le remaniement du 30 juin 2009 a été mobilisé à des fins cathartiques de défoulement pour contenter une opinion publique qui affectionne le cirque gouvernant dans lequel le César président sait jeter ses anciens obligés et favoris gouvernementaux dans la fosse aux lions, pour le plaisir du peuple frustré. A l’occasion du remaniement du 30 Juin 2009, seules 2 personnalités de premier plan ont quitté le gouvernement, aussi bien victimes d’intrigues gouvernantes, d’attaques médiatiques, et de désaffection populaire que de leurs turpitudes avérées ou supposées : le Premier ministre sortant, Ephraim Inoni, et l’ancien ministre délégué à la présidence chargé de la Défense Rémy Ze Meka. Ces deux personnalités gouvernementales limogées- quels que soient leurs mérites ou leurs travers- sont sacrifiés rituellement dans le cadre d’une liturgie gouvernante où un remaniement ministériel ne peut avoir de sens politique spectaculaire, si de grands barons-ministres ne sont offerts en victimes propitiatoires et boucs émissaires offerts par le Président perpétuel en sacrifice pour que le peuple dirige son ressentiment contre lesdits barons et se détourne en conséquence d’un Prince Présidentiel à la durée de pouvoir indéterminée et incontrôlée.
Promotion En se déployant ici comme volonté bienfaitrice de puissance, la conduite présidentielle de promotion au gouvernement entend montrer qu’elle est une libido généreuse profitant aux heureux élus appelés à entrer dans les cénacles gouvernementaux, qui ont bénéficié de la gratitude et de la sollicitude liée à cette expression positive de la libido dominandi présidentialiste, les personnalités suivantes : Philémon Yang Yunji (nouveau Premier ministre, ancien secrétaire général adjoint de la Présidence), Edgard Alain (Abraham) Mebe’e Ngo’o (ministre délégué à la présidence chargé de la Défense), Peter Agbor Tabi (ministre secrétaire adjoint n° 1 à la Présidence- ancien ministre entre 1992 et 1997), Séraphin Magloire Fouda (ministre secrétaire général adjoint n°2 à la Présidence, ancien conseiller technique à la présidence chargé des affaires économiques), Michel Zoah( ministre des Sports et de l’Education physique), Michael Ngako Tomdio (ministre de l’Eau et de l’Energie), Marie Thérèse Ondoua Abena (ministre de la Promotion de la femme), Youssouf Alim (ministre de l’Education de base), Mounouna Foutsou (Secrétaire d’Etat à l’ Enseignement secondaire). En promouvant des nouvelles personnalités au Gouvernement ou en confirmant ceux qui y sont maintenus, à leur poste ou mutés dans d’autres fonctions, le Président-César met ses personnalités gouvernementales dans l’obligation de lui exprimer à nouveau leur reconnaissance et leur allégeance dans des postures alléodales et seigneuriales. Ainsi en va-t-il du nouveau directeur du Cabinet civil, Martin Belinga Eboutou (un revenant , ancien du poste et ancien conseiller Spécial) ou de son successeur Luc Sindjoun (nouveau conseiller spécial à la Présidence, ancien conseiller technique à la présidence chargé de la communication et de l’information) positionné dans une position quasi-gouvernementale avec un profilage de stratège raspoutinien,de l’ancien directeur du Cabinet civil Jean-Baptiste Beleoken qui rebondit au ministère des Domaines.
Reconstitution Le temps politique immobiliste de la Présidence perpétuelle et du Pouvoir sempiternel ne peut suspendre son vol du fait de quelque remaniement ministériel que ce soit. Seule une puissance désirante et constituante nouvelle et active est à même de se poser en une telle puissance souverainante. Sera alors souverain, en lieu et place du leader central perpétuel, celui qui décidera stratégiquement et historiquement non d’un simple remaniement ministériel, mais la puissance qui pourrait décider d’un remaniement présidentiel cela se fera-t-il sous le signe de l’exception ou du droit ? En 2010-2011 ou en 2032-2033 ? Seul, peut-être le Vrai Maître du Temps le sait… N.B: Les intertitres sont de la rédaction* Mathias Eric Owona Nguini
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