Actualité
Ondo Ndong paye l’eau à 10 000 francs au parquet. Engo « aperçu » dans un hôtel.
Les Etats-Unis soutiennent Paul Biya. Ce qu’on ne vous a pas dit sur les arrestations des directeurs généraux au Cameroun.
Cameroun-online/mercredi 22 février 2006
Mercredi des Cendres pour les Saigneurs de la République
Ce qui se passe en ce moment dans mon très cher (tricheur) pays, me fait penser à une bouteille de bière pleine et secouée : soi elle explose, soit on l’ouvre et elle se répand, tranquillement.
Le Cameroun est en effet un très cher et tricheur pays. Si cher que ici, on vit mieux en prison que dehors. Oui, je vois déjà des gens qui clignent des yeux en disant « bof ! ». Pas de « bof » ! qui tienne pourtant.
Quelqu’un, que je crois avoir encore toute sa tête, m’a dit avoir vu Pierre Désiré Engo, en train de boire un verre au Central Hôtel de Yaoundé, le 21 février 2006, au moment où trois directeurs généraux et un maire de commune urbaine se faisaient entendre au parquet du Tribunal de Grande Instance du centre administratif.
Pour ceux qui vont faire : « et alors, où est le problème qu’un quidam biberonne sa bière dans un hôtel », eh bien, ils auront sans doute oublié que Pierre Désiré Engo est l’ancien directeur général de la Cnps (Caisse Nationale de Prévoyance Sociale), condamné il y a quelques années à la prison pour pillage des caisses de sa alors « Caisse Nationale de Prévarication Sévère ». Il est donc censé être dans une cellule de la prison centrale de Kondengui.
D’ailleurs, la même soirée, un ministre en poste, serait allé lui serrer la pince ! Non, pince sans rire, un supposé taulard qui se tape pépère une bière dans un hôtel à quelques mètres du palais de justice ! Si cela était vrai, nom d’un chien, si ça ce n’est pas un pied de nez à la justice, qu’est-ce que cela peut être d’autre !
Des employés du Crédit Foncier foncent sur les toits
Il s’en est passées des choses décidemment ce 21 février. Il est environ 17 heures, des employés se retrouvent sur l’un des toits ou balcon de l’immeuble de verres du Crédit Foncier du Cameroun (voir les photos). Il voulaient fuir, sauter, simples spectateurs, jugez par vous-même. En tout cas deux responsables y ont été arrêtés, un écran plat et une unité centrale et des documents emportés par le GSO (Groupement Spécial d’Opérations).
Au fait, juste en passant, l’écran plat c’était pour quoi faire ? En général les données c’est dans l’unité centrale d’un ordinateur. En tout cas, vu ce qu’on lui reproche au directeur financier de cette banque, il pourrait avoir planqué des informations dans l’écran de son ordinateur. Nous sommes quand même en Afrique, la sorcellerie existe ici pardi ! Alors, continuons …
Au palais de justice, le même jour, où se tient la deuxième audience du procès en diffamation des journalistes auteurs des listes d’homosexuels de la République, la défense s’apprête à montrer des vidéo pour prouver la publication du nom du ministre Grégoire Owona dans cette liste, publication que ce dernier considère comme fausse.
On ne verra pas les vidéos, du fait de manque de sonorisation de la salle d’audience. A l'issue de l'audience de ce 22, l'affaire a été renvoyée le 28 février pour les débats au fond, après que ceux sur la forme soient terminés. Mais non loin de là, Gérard Ondo Ndong, Gilles Roger Belinga, Joseph Edou, et le maire de la commune urbaine d’Edéa (184 km de Yaoundé) sont assis sur un banc (ça change du confort des fauteuils de cuir) à attendre leur audition par le procureur de la République.
Ondo Ndong paye une bouteille d’eau à 10 000 F CFA
En attendant, voilà Ondo Ndong qui a la pépie (soif). Il demande à un policier d’aller lui acheter une bouteille d’eau ; il sort pour le faire un billet de 10 000 F CFA. Lui qui disait à ses visiteurs ils y a quelques semaines qu’il n’avait plus de l’argent…Juste pour dire qu’une bouteille d’eau coûte 400 F CFA. Si ça se trouve d’ailleurs, il l’a jamais achetée à ce prix.
Comme on dit chez nous, un grand (même tombé) n’est pas un petit ! N’est-ce pas !
Bien sûr, ce coup de balai d’anciens dinosaures du régime fait jaser. On parle d’une rencontre entre le chef de l’Etat et des personnalités qui pourraient faire leur retour aux affaires, ce qui en infère à un réaménagement du gouvernement.
Le président Paul Biya a d’ailleurs reçu le 22 février en mi-journée l’ambassadeur des Etats-Unis au cameroun. Niels Marquardt a dit avoir parlé de la récente visite du secrétaire d’Etat adjoint aux affaires africaines américaine, et de l’actualité de l’arrestation d’ancien directeurs généraux.
Il a assuré le numéro un Camerounais du soutien de son pays dans la lutte contre le détournement des fonds publics.
Il ne faut cependant pas non plus trop vite s’emporter à rêver de ce qui n’est pas et de ce qui ne sera pas. Comme le disait le diplomate américain, on a capturé quelques baleines, mais au Cameroun, des baleines, il y en a suffisamment pour remplir l’océan Atlantique.
Mercredi des Cendres (descendre) pour les Saigneurs de la République
Après les Engo, Mounchipou, voici les Ondo Ndong, Edou et tutti quanti. Demain, quand ils seront en prison, d’autres petits olibrius à l’ego surdimensionné vont continuer à confondre allègrement l’argent des Camerounais avec une manne qui tombe du ciel d’Etoudi.
Il faudra réapprendre aux Camerounais, que être responsable du pays n’est pas seulement une récompense d’un zèle politicien qui donne droit à toutes sortes de magouilles financières abracadabrantesques destinées à construire des châteaux et acheter des grosses voitures, dans un pays très pauvre, juste pour épater la galerie. Il faudra passer de la culture de l’apparence à celle de l’intelligence.
Finalement, on retient au moins une chose de ce tohu-bohu d’arrestations spectaculaires : « si haut qu’on monte, on finit toujours par des cendres ». Oui, on finit toujours par descendre. Cela, même si on n’est pas un mercredi des Cendres chez les catholiques. Il y a un siècle que Henri de Rochefort, homme politique et journaliste français le disait.
Il faut croire que l’argent rend fou. Que l’argent volé au peuple rend très fou ! Faites entrer les accusés…à Kondengui !
François BIMOGO
|
|
|




