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ActualitéOpération Epervier: Les confidences de la mère de Catherine Abena« Frappez fort, la sonnerie ne fonctionne pas ». Le Messager/ Vendredi, 15 Janvier 2010 C’est le vigile d’une maison voisine à celle de la famille Abena qui parle. Il répond ainsi au visiteur qui appuie depuis plus de dix minutes sur le bouton de la sonnette de cette villa d’une architecture des années 70, située derrière l’hôtel de l’avenir à Yaoundé. Précisément à un jet de pierre de celle de l’ancienne ministre, Suzanne Bomback. Ce n’est qu’après avoir longtemps insisté qu’une dame du troisième âge, de teint clair, rabat le rideau de la porte centrale. Elle se contente de laisser entre -ouvert un des volets qui porte les vitres. La dame, l’air sympathique, (contrairement à ce que vient de confier ce jeune homme rencontré dans la rue qui a indiqué la maison), demande au visiteur de pousser très fort le portail. « C’est un peu gâté », lance-t-elle avant de s’empresser d’identifier son interlocuteur. Une fois l’identité du visiteur inconnu, déclinée, la dame qui agite un « kaba » floqué aux effigies de Jean Mbarga, l’évêque d’Ebolowa lance « ce n’est pas chez Catherine Abena ici, moi je ne suis que sa mère». Jacqueline Manga, épouse Abena vient de deviner ce qui amène cette catégorie de personne réputée très curieuse, chez elle. Après une longue insistance, elle consent quand même à parler. « Qu’est ce que je vais vous dire ? Je sais qu’elle (Ndlr, Catherine Abena) ne mange pas depuis qu’on l’a arrêtée à la Pj (Ndlr, Police judiciaire). C’est ce matin que j’ai appris qu’elle est à Kondengui. Allez la voir là bas », lance- t- elle avant d’essayer de prendre congé de son hôte qui insiste de savoir ce qu’elle pense de la grève de la faim qu’a entamée sa fille depuis quelques jours. « Je lui demande de manger car c’est Dieu qui donne la nourriture. C’est pour notre survie. C’est un péché de refuser de se nourrir » répond-elle. Et de poursuivre l’air plus détendu, « elle m’a dit qu’elle ne sait pas ce qu’elle a fait. C’est pour cela qu’elle ne mange pas pour s’indigner de cette injustice. Elle ne sait pas pourquoi on ne demande pas des comptes à son patron (Ndlr, le ministre des Enseignements secondaires) ». Les deux bras tenant ferme les barreaux de la porte, elle poursuit, « ses frères m’ont dit que le procureur lui a demandé 250 millions pour la relâcher lundi (Ndlr, Lundi 11 janvier, trois jours après son interpellation) car il parait qu’on l’accuse de les avoir volés. Elle m’a dit qu’elle n’a rien pris, par conséquent, elle n’a rien à donner ». Les craintes de la mémé « Mimi », comme l’appelle une voix venant de l’intérieur de la maison, s’excuse auprès de son hôte de ne pouvoir l’inviter à entrer et préfère que l’échange continue à travers les barreaux de la porte. Elle esquisse un sourire. Courtoisie que veut mettre à profit son visiteur qui lui demande de l’introduire auprès de sa fille en prison. Elle y oppose une fin de non recevoir plus que formelle. « Non cela ne concerne que notre famille. Ma fille ne peut pas l’accepter, En plus elle a beaucoup de caractère, elle est très têtue ; quand elle prend une décision, elle reste dessus. D’ailleurs celle qu’elle a prise de ne pas manger m’inquiète ». Belle parade pour aborder la question des inquiétudes qu’elle se fait sur cette grève de la faim. « J’ai peur. Elle est très têtue. J’ai peur qu’on me ramène un cadavre ici. Il faut qu’elle pense à ses cinq enfants et petit fils qui l’attendent. Qu’elle fasse confiance à Dieu », déclare-t-elle d’une voix rauque. Interrogée sur la moralité de sa fille, elle a soudain les yeux qui brillent de fierté « ma fille n’a jamais volé, mes enfants n’ont jamais volé. Leur père (aujourd’hui décédé) et moi les avons élevés dans la crainte de Dieu (…) Je ne sais quoi vous dire sur ce que ses patrons lui reprochent. Mais je peux vous affirmer avec force que ma fille n’a jamais volé. Elle est l’aînée des 8 autres enfants qu’elle a bien encadrés. Elle est restée attachée à l’Eglise ! Allez à la paroisse de Nkong (Ndlr, un quartier situé tout près), on va vous dire comment elle vivait sa foi ». La mort dans l’âme et le regard absent, Jacqueline Manga ne cache pas sa déception ; « le travail a éloigné ma fille de moi. On nous a récompensés en l’envoyant en prison. Moi je vais là-bas (Ndlr, à la prison de Kondengui) dès que les enfants rentrent de l’école parce que j’ai une malade ici (elle montre du doigt une jeune dame qu’elle présente comme la nièce de Catherine Abena). Je vais la voir pour essayer de la convaincre de manger » conclut-elle. Rodrigue N. TONGUE
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