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H5N1: oiseaux morts à Yaoundé ou "chiens écrasés" ?
Le 11 mars 2006, le Cameroun a été officiellement déclaré comme ayant été touché par le virus du H5N1 de la grippe aviaire. Depuis la déclaration de l’épizootie au Nigeria voisin en février, avec la porosité de la longue frontière entre les deux pays, une peur rationnelle normale s’était déjà emparée de l’opinion Camerounaise.
Le verdict du Centre Pasteur de Paris, venu confirmé les soupçon sur la mort de trois volaille mort dans un élevage de canard à Maroua, dans la province de l’Extrême Nord, est venu transformer la peur en panique sourde. Après le choc, les autorités ont réagi en mettant en place un train de mesures, par l’acquisition de doses de Tamiflu de l’Organisation Mondiale de la Santé (300 doses), et en fonds propres auprès des laboratoires pharmaceutiques européens comme le suisse Roche, ainsi que des comités de défense au niveau des provinces septemtrionales.
Dans les provinces du Nord (3 provinces), le ministre de l’Elevage Aboubakary Sarky a entrepris de s’assurer de faire une tournée, comme une espèce de passage en revue du dispositif de veille sanitaire, et coordonner les actions du comité provincial crée le 16 mars pour faire face à la nouvelle donne.
Mais selon des informations indépendantes, de la société civile et des aviculteurs, les mesures prises par le gouvernement ont pris et prennent du retard dans leur application, notamment les postes de contrôle entre les provinces du grand nord et le reste du pays, postes sensés confiner le foyer et éviter ainsi des contaminations éventuelles…
Trois oiseaux de mauvaise augure
Mais voilà que en début de semaine, une information de la télévision nationale, anodine a priori est venu mettre comme de l’huile dans le feu de la peur panique qui s’est installée insidieusement dans les esprits des consommateurs de poulet, et donc de la population.
Trois oiseaux, deux tourterelles et un rouge-gorge étaient retrouvés morts dans le jardin de la résidence d’un diplomate dans un quartier chic de Yaoundé (Bastos).
La mort de ces trois oiseaux a pris d’autres proportions quand le ministère de la santé s’y est mêlé en faisant faire des prélèvements pour examen à l’Institut Pasteur de Yaoundé, qui est, comme le ministre de la Santé publique Urbain Olanguena Awono le disait, « le laboratoire de référence en Afrique centrale ».
Dans un contexte de découverte du virus H5N1, toute mort de volatile est sans doute « suspecte » ! Mais au nom du principe de précaution, faudra-t-il ameuter l’opinion apeurée à la moindre maladie d’un petit oiseau, comme si avant la grippe aviaire, des oiseaux vivant dans le périmètre urbain comme des tourterelles et des rouges-gorges ne mourraient pas ?
La question de la diffusion de l’information pertinente même en période de crise semble l’enjeu d’une telle interrogation, d’autant plus qu’une information comme celle-là, à classer dans la rubrique « chiens écrasés » en période normale, peut avoir l’effet contraire de celui escompté : au lieu de maintenir l’alerte, on apeure la population, et on la conditionne dans des comportements irrationnels comme celle de voir des oiseaux morts de grippe aviaire partout où un pauvre volatile serait mort de sa bonne mort.
Le docteur vétérinaire Lorenzo Tangang, consultant de la filière avicole nationale le relève, et constate que les morts d’oiseaux « sont assez fréquentes dans la zone de l’usine Bastos », quartier où il habite lui-même. Le vétérinaire, tout en comprenant que l’on doive être prudent face au décès d’un oiseau en ce moment après la déclaration du H5N1 au Cameroun, il ne faudrait pas susciter de la panique « pour tout et pour rien ». Pour lui, tout en restant prudent, les oiseaux découverts samedi dernier au quartier Bastos à Yaoundé sont morts d’une mort normale sans doute.
On attend en tout cas les résultats d’un laboratoire européen homologué par l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE). Le centre Pasteur de Yaoundé ne peut donc faire qu’un test de suspicion, c’est-à-dire « le titrage des anticorps », pour déceler la présence d’anticorps du H5N1, et même s’il pouvait faire le test du H5N1, le Centre Pasteur n’en serait pas autorisé, ne faisant pas partie des laboratoire H5 désignés par l’OIE.
Principe de précaution ou peur inutile
Inutile donc d’apeurer inutilement l’opinion sur de possibles histoires de « chiens écrasés » d’oiseaux morts, d’autant qu’il y a mieux à faire en ce moment, pour rassurer la population à ne pas céder à la psychose face à la consommation normale mais prudente du poulet, et assister les producteurs nationaux de poulets ainsi que les fermiers des élevages traditionnels dans les zones rurales abandonnées à leurs croyances et leur volailles qui ne trouvent plus d’acheteurs.
Le 16 mars dernier, l’Interprofession Avicole du Cameroun, à travers son président Ahmadou Moussa, suggérait au gouvernement que des mesures urgentes soient prises envers les producteurs pour sauver le secteur avicole », qui se relevait déjà de l’effondrement qu’il a subi ces dernières années du fait des importations massives de poulet congelés, véritables torpilles de la production nationale pourvoyeuse d’emplois. La grippe aviaire ne se transmet pas mystiquement, il faut continuer à consommer du poulet et les oeufs, source importante de protéines animale, tout en respectant les règles d’hygiène.
Selon les dernières informations que nous avons reçu des provinces du Nord, des individus se faisant passer pour des agents vétérinaires ou sanitaires, dépossède des paysans de leurs volailles sous prétexte qu’il faut les détruire. Il s’agirait en fait de filous qui dépouillent les fermiers de leur poulets pour à des fins personnelles.
Il reste des questions troublantes sur l’arrivée du H5N1 au Nigéria et au Cameroun, car selon une spécialiste européenne. «Il est troublant que l’épizootie soit apparue d’un coup dans un élevage industriel» note Geneviève André-Fontaine, professeur à l’Ecole nationale vétérinaire de Nantes et membre du Comité santé animale de l’Afssa interrogé par l’hebdomadaire de gauche Le Nouvel Observateur en février.
Habituellement le Nigeria a des relations commerciales avec des pays comme la Chine ou la Turquie pour les volailles domestiques. Commerce qui a normalement été interrompu à cause des épizooties de H5N1 dans ces deux pays. »
A l’heure actuelle il n’est pas certain que les oiseaux migrateurs soient responsables de l’arrivée du H5N1 en Afrique. On pointe du doigt des volailles contaminées venu de l’Asie.
François BIMOGO
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Merci pour ce developpement sur les oiseux morts de Bastos.Mais je pense pour ma part qu'il ne faille pas alarmer les populations pour ci peu.Depuis toujours nous avons été confrontés à ce genre de problème sans que cela ait un impact particulièrement négatif.Que les multi-nationales Européennes veuillent vendre le superflu de leurs produits invendus ici en Europe qu'ils le disent franchement plut^ot que de rajouter une psychose à la misère déjà insuportable des concitoyens qui ne demandent rien moins que des conditions de vie décentes.Franchement nous avons des priorités au Cameroun que nos autorités relèguent au dernier plan au détriment de leurs égoismes anti-patriotiques.Vivement que cela change.
Un Camerounais de la Diaspora (Zurich-Suisse)