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Grippe aviaire au Cameroun : la filière avicole perd des plumes
300 000 emplois sont menacés. Le gouvernement prend le dossier à bras le corps
[05/04/2006] Cameroon Tribune
Rousseau Joël FOUTE
Dimanche soir, la télévision nationale a diffusé un reportage qui a ému plus d’un téléspectateur. Il s’agissait de la destruction, la veille à Bafoussam, dans la province de l’Ouest, de 132 000 œufs avariés. Les éleveurs des pondeuses ont expliqué à l’occasion que depuis l’apparition au Cameroun du virus H5N1, responsable de la forme hautement pathogène de la grippe aviaire, on assiste à une baisse drastique de la consommation du poulet et des œufs, du fait de la psychose qui s’est emparée des consommateurs. Montant des pertes financières déjà enregistrées, plus de 2,5 milliards de F CFA. Le président de l’Interprofession avicole du Cameroun (IPAVIC), Ahmadou Moussa, avance pratiquement les mêmes chiffres, tout en décrivant la situation qu’il qualifie de désastreuse. " Nous venons de faire le point.
Les pertes enregistrées chez les acteurs de la filière sont estimées à 2,572 milliards de F CFA. Le collège des industriels où on rencontre les accouveurs (ceux qui produisent les poussins d’un jour) et les provendiers a été sévèrement touché.
Toutes les commandes passées avant l’annonce de la présence du virus au Cameroun ont été annulées. Les accouveurs ont été obligés de détruire les poussins d’un jour qu’ils gardaient…Les éleveurs n’arrivent ni à écouler les poulets, ni à écouler les œufs.
Evidemment, s’ils n’écoulent pas, ils ne peuvent pas acheter des poussins d’un jour ", raconte Ahmadou Moussa, l’air abattu.
A côté des pertes financières, il y a environ 300 000 emplois menacés. Certains sont déjà perdus, puisque nous avons visité plusieurs fermes à Yaoundé en cessation d’activité.
Au Complexe avicole de Mvog-Betsi, une trentaine d’employés devaient être mis en chômage technique à compter de ce lundi, selon le directeur général adjoint de cette entreprise qui produit les poussins d’un jour. Georgette N., qui élevait 1 600 poulets de chair et pondeuses au quartier Mendong à Yaoundé, et suivait les activités de quatre autres fermes, n’a plus que ses yeux pour pleurer.
Dans ses poulaillers règne un silence de cimetière. Elle a tout bradé. L’argent investi a été perdu. Ses créanciers sont à ses trousses. Car elle avait emprunté de l’argent dans plusieurs tontines pour financer l’activité.
A travers le pays, plusieurs autres aviculteurs de différentes tailles sont dans sa situation. Au rythme où évolue la crise, si rien n’est fait, prévient Ahmadou Moussa, il n’y aura plus de poulet et d’œuf sur le marché camerounais dans les semaines qui viennent.
Un pan entier de l’économie nationale tenu par les Camerounais se sera ainsi effondré.
Conscient de la situation, le Premier ministre, chef du gouvernement, Inoni Ephraim, au cours du Conseil de cabinet tenu jeudi dernier à Yaoundé, " a déploré le climat de psychose naissant, que rien ne justifie et dont les conséquences commencent à se faire ressentir dans la filière avicole ".
A cet égard, " il a prescrit l’intensification des activités de communication en direction des consommateurs et des acteurs de la filière pour faire connaître l’action menée par les pouvoirs publics et souligner l’absence de tout danger lors de la consommation du poulet, pour peu que toutes les prescriptions y relatives soient respectées ".
Vivement, que la chair du poulet si appréciée revienne sur nos tables, car ceux qui continuent à en consommer après une bonne cuisson, comme d’habitude d’ailleurs, n’ont attrapé aucune maladie.
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