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Mounchipou Seidou déclare ses biens du fond de sa prison
L’ancien ministre des Ptt a créé l’événement devant la cour d’appel du Centre
Quotidien Mutations/jeudi 6 avril 2006
Xavier Luc Deutchoua
Coup de théâtre mardi dernier, à la cour d’appel du Centre, où Mounchipou Seidou, l’ancien ministre des Postes et Télécommunications, en détention depuis 1999 pour une affaire de détournement/mauvaise gestion de deniers publics, comparaissait.
Sans que personne ne le lui ait demandé, l’ancien ministre a procédé à la déclaration de ses biens et avoirs. L’initiative a surpris plus d’un, à commencer par la cour. L’instance du tribunal n’étant ni habilité à recevoir de tels actes, ni habitué à de telles démarches de la part des justiciables.
Le document de cinq pages, dont nous avons pu obtenir copie auprès de la cour, se veut une énumération exhaustive du patrimoine accumulé au bout de trente ans de carrière. Rien n’est laissé de coté, des comptes bancaires aux les véhicules, en passant par les actions dans les entreprises et les immeubles.
Au chapitre des identités bancaires, Mounchipou Seidou lève partiellement le voile sur les comptes de toute sa famille nucléaire. A titre personnel, il en dispose neuf. Dans les différentes localités (Yaoundé, Kribi, Yagoua, Maroua) où il a servi en sa qualité de simple fonctionnaire, préfet, gouverneur, Pca d’entreprises publiques et ministre, il a ouvert des comptes pour, précise le déclarant, "la gestion de ses salaires et accessoires".
De tous ces comptes bancaires, un seul, logé à la Commercial Bank of Cameroun (agence de Yaoundé) fait ressortir un solde débiteur…35.610 Fcfa. Le dit compte a d’ailleurs fait l’objet d’une saisie-arrêt du procureur de la République. Seul un compte appartenant à la deuxième épouse de l’ex-ministre semble disposer de menus sous. Normal: elle gère une pharmacie, avec, selon Mounchipou, "un chiffre d’affaires de moins de dix millions de Fcfa" par an.
L’ancien ministre jure n’entretenir ni "personnellement, ni par personne physique ou morale interposée, aucun intérêt hors du Cameroun". Pour le prouver, il entrouvre la porte à ceux qui veulent en savoir sur les finances de sa progéniture vivant à l’étranger.
On découvre que le nom de son fils aîné est inscrit dans les registres de l’agence Bnp-Paribas de Pau ; mais, s’empresse t-il de d’ajouter, il fut étudiant dans cette ville française; tout comme celui qui poursuit des études de commerce international à Toulouse, et qui est inscrit dans les livres d’une filiale de la même Bnp-Paribas; enfin, en Belgique, un dernier, étudiant à l’Ecole pratique des hautes études commerciales de Bruxelles, dispose d’un compte à la Fortis Bank.
A relever que ces trois rejetons Mounchipou sont tous majeurs.
Le parc automobile de l’ancien ministre, constitué au bout d’une trentaine d’année de service, ferait sourire plus d’un chef de service. Sa première voiture, une Peugeot 504, achetée neuve au Nigeria à 1 600 000 FCFA, date de 1985. "J’étais alors préfet du Danay" et, confesse t-il, "Ce véhicule est aujourd’hui une épave".
Cinq ans après, en 1990, Cavaye Yeguie Djibril, actuel président de l’Assemblée nationale, lui a cédé "un véhicule usagé de marque Mercedes-Benz 250 pour une valeur de 2.500.000 Fcfa".
A ce jour, c’est le seul actif de son patrimoine auto, la Mercedes 300 achetée neuve en 1998, "sur la base des crédits pour achat des véhicules d’apparat prévus pour les membres du gouvernement" ayant été revendue pour, soupire Mounchipou, "faire face à mes contraintes familiales depuis ma détention".
Défi
Question "biens immeubles", par contre, Mounchipou n’est pas très mal loti. "Je suis propriétaire de six immeubles", avoue-t-il. A savoir: une villa bâti à Maroua sur un terrain de 600 m2, financé grâce à un crédit de la Bicic, et aujourd’hui louée par l’Etat à 100.000 Fcfa le mois; un duplex construit à Foumban entre 1995 et 1997 sur financement de la Bicic; une villa de trois chambres "avec dépendances menaçant ruines", présentée comme "l’unique habitation qui abrite toute la famille Mounchipou dans la ville de Yaoundé"; un terrain rural non bâti de 5390 m2 à Yagoua.
Au nombre de ses biens fonciers, Mounchipou Seidou mentionne aussi deux propriétés appartenant à sa première épouse: un terrain rural à Foumbot et, à Kribi, "un immeuble de deux appartements qui rapporte 90.000 Fcfa/mois à la famille". Quant à la pharmacienne, mariée au ministre sous le régime de la séparation des biens, elle possède un lot Maetur de 500 m2 à Douala.
Même si l’énumération ne fait pas ressortir le contenu des comptes, on peut tirer, de la lecture de la déclaration des biens et avoirs de Mounchipou Seidou, qui revendique 200 titres d’actions nominatives de 10.000 Fcfa chacune acquises en 1996, trois conclusions provisoires. Primo, l’entretien de ses dix enfants cause à Mounchipou Seidou autant de soucis qu’à tout papa gagne-petit.
Secundo: tous les biens cités ont été acquis avant son entrée au gouvernement le 7 décembre 1997. Tertio, enfin: une partie du patrimoine avoué dérive de sa qualité de chef du village de Manka (Foumban) de notable à la cour du sultan Bamoun et d’héritier principal de la famille Nji-Mongbet à Foumban.
Question: pourquoi, sans que la Cour le lui en fasse la demande, l’ancien ministre s’est-il livré à cet exercice de transparence? Réponse de l’intéressé: cet effort de clarification participe du souci de prouver qu’il n’a pas profité de sa position d’ordonnateur délégué du budget annexe du Minpostel pour s’enrichir. Et qu’il n’a pas de "prédispositions morales et intellectuelles à la prévarication dans la gestion de la chose publique".
L’initiative de Mounchipou Seidou arrive au moment du débat sur l’article 66 de la constitution et la déclaration des biens et avoirs, en cours à l’Assemblée nationale et au sein de l’opinion. Même s’il se défend de lancer un défi à la classe dirigeante, réfractaire à toute publicité autour de ses biens, il y a, derrière la démarche de l’ancien ministre, comme cet appel involontaire à ses anciens camarades au sein de l’appareil étatique: "Faites comme moi, ou rejoignez moi".
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Du courage, Comme a dit Issofa du Gabon, Dieu est grand et un jour il te sortira de la, nous te soutenons de tout coeur
Seidou, comment trouve tu les rats dans ta nouvelles demeure?