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Niels Marquardt : Que les fonds détournés retournent au Trésor public
L’Ambassadeur des Etats-Unis parle du point d’achèvement, de la transition politique au Cameroun, et des interpellations en cours.
Quotidien Mutations/mercredi 10 mai 2006
Propos recueillis par Denis Nkwebo
Monsieur l’ambassadeur, le Cameroun vient d’atteindre le point d’achèvement de l’initiative Ppte. Quel est votre sentiment personnel sur le sujet et quels sont les défis qui se présentent désormais à notre pays?
La récente décision prise par la Banque mondiale et le Fmi d’accorder le point d’achèvement de l’initiative Ppte au Cameroun est un indicateur fort que le Cameroun avance vers la bonne direction. Je suis très content pour le Cameroun. Depuis que je suis là, j’ai constaté que le Cameroun a beaucoup travaillé pour atteindre cet objectif.
Au début c’était très difficile, mais le gouvernement qui a été nommé le 8 décembre 2004 a fait un travail très concerté, avec la collaboration des bailleurs de fonds, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Et ils ont mérité ce qu’ils ont reçu. Mais il y a des défis consécutifs au point d’achèvement.
L’un des défis est de gérer les attentes. Bien qu’étant importants, le point d’achèvement et l’annulation de la dette ne sont pas une panacée. A dire vrai, la part du budget du Cameroun qui va provenir des fonds Ppte restera relativement faible.
Cette part va représenter un peu plus de 10% seulement du budget total de l’Etat, contre 6% qu’elle représentait déjà avant l’atteinte du point d’achèvement. Le message est celui-ci : ces fonds seront un encouragement significatif dans la lutte contre la pauvreté, mais, ce n’est pas assez pour changer en une nuit les conditions de vie des populations.
Et les autres défis?
Un deuxième défi serait de s’assurer que les fonds Ppte sont bien gérés, sans aucune distraction, sur les projets identifiés comme contribuant à lutter contre la pauvreté. Il faudra aussi veiller au respect des délais dans l’exécution des projets, ceci afin que les bénéficiaires en jouissent aussitôt.
Nous saluons les mesures récentes prises par le gouvernement en vue d’assurer une meilleure gestion des fonds Ppte, y compris le limogeage des personnes responsables de la [mauvaise] gestion de ces fonds.
Vous êtes très optimiste, quant à la volonté du gouvernement en place à lutter efficacement contre la corruption. La commission nationale anti-corruption, constitue-t-elle à votre avis, la structure idéale pour mener à bien cette campagne?
Ce qui s’est passé avec la campagne d’arrestation des gestionnaires indélicats a été un très bon départ courageux qui doit être soutenu par tous les partenaires. Ce sont des actions judiciaires. Une fois une investigation est faite, on procède à des interpellations et des arrestations.
Pour l’avenir, je suis content. Tout en restant optimiste, je suis tout à fait conscient des risques et des obstacles. L’effectivité et la crédibilité de la Conac dépendra de deux choses: la nomination des personnes crédibles, respectables, respectées, indépendantes, qui peuvent garantir son effectivité, et lui permettre de mener à bien ses missions ô combien importantes.
Nous n’avons sous nos yeux que trop d’exemples de commissions chargées de missions nobles qui ont pourtant échoué, soit du fait du choix des personnes en charge, soit à cause de l’insuffisance des ressources allouées. Je prie pour que la Conac ne connaisse pas le même sort.
Cette commission doit véritablement être imposante et indépendante, pour combler les attentes que le peuple camerounais place en elle. Je partage le désir ardent du peuple à voir les fonds volés retournés au trésor public et à voir les personnes reconnues coupables de corruption poursuivies et enfermées.
J’espère également que cette campagne d’assainissement va se poursuivre et que les responsables publics auront désormais conscience du traitement qui les attend en cas de malversation. Néanmoins, pendant que la lutte contre la corruption s’intensifie, comme je l’imagine, j’ai le sentiment qu’en ce moment, l’on focalise trop l’attention sur ces arrestations seulement, comme étant le baromètre des intentions du gouvernement.
Je pense vraiment qu’il devrait y avoir une meilleure compréhension du rôle capital de la bonne gouvernance et des institutions nouvellement créées qui a pour rôle de prévenir des actes de corruption futurs.
Les nouvelles structures comme l’article 66 qui va davantage empêcher la corruption, peut véritablement changer les attitudes et créer un environnement de tolérance zéro pour la corruption.
Le monde des affaires a un rôle très important à jouer dans ce sens, et je compte sur les entreprises et les hommes d’affaires américains pour appuyer les efforts du Cameroun dans ce sens.
Une partie de l’opinion publique nationale camerounaise soutient que les arrestations qui ont eu lieu récemment avaient pour objectif de satisfaire la curiosité des bailleurs de fonds. Comment réagissez-vous à cette appréhension ?
Au fait, ce que je pense, et ce qui est important, c’est que le Cameroun fait tout ça pour le Cameroun. Que les Camerounaises et les Camerounais agissent pour leur propre compte.
C’est ça qui est en train de se passer. Nous qui sommes à l’extérieur, qui sommes concernés, mais quand-même moins concernés que les Camerounais eux-mêmes, nous sommes effectivement contents. Pourvu que ça continue, pourvu que les institutions de base pour la lutte contre la corruption soient mises en application.
Vous avez parlé de la transition au Cameroun. Préparez-vous déjà l’après Biya? Quelles sont les contours de cette transition?
Au fait, mes propos de tout à l’heure concernaient plutôt la décision de constituer une commission électorale indépendante. Les élections et la stabilité sont des sujets importants dans l’esprit de beaucoup au Cameroun.
L’avis partagé est que certains changements dans les structures et les institutions politiques vont booster le Cameroun en terme d’investissement non seulement par les étrangers, mais aussi par les Camerounais eux-mêmes.
L’une des étapes les plus importantes est de faire en sorte que les transitions politiques futures seront douces et paisibles, et vont se passer selon les termes de la loi. Faire ainsi, je pense que vous conviendrez avec moi, rendra le Cameroun encore plus attractif aux investisseurs, entre autres bénéfices.
Je loue la récente décision de créer une commission électorale indépendante et j’espère que l’Assemblée nationale, le mois prochain, va examiner la création de cet organisme. Je comprends aussi que des changements dans le code électoral sont envisagés, tous dans le but de renforcer la stabilité.
Vous avez suggéré aux hommes d’affaires que vous avez rencontrés aujourd’hui, la création d’une chambre de commerce américaine, en lieu et place de l’American business association. Pourquoi proposez vous une telle mutation?
L’American business association à Douala, est un partenaire de l’ambassade et un véhicule important au Cameroun pour attirer des investissements, pour expliquer les conditions qui prévalent au Cameroun aujourd’hui.
Il se trouve aussi que la Chambre de commerce américaine est une marque déposée, bien connue à travers le monde, dans mon pays. Dans tous les autres pays où j’ai travaillé comme diplomate, il y a toujours eu des chambres de commerce américaines.
Tout ce que je voulais dire c’est qu’il est important que cette association devienne une chambre de commerce au sens propre du terme, en vue d’accroître son impact, sa visibilité, et de s’arrimer à un réseau mondial.
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