Vendredi 16 Mai 2008

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Affaire Bakassi, accord de Greentree : le Cameroun devra attendre 7 ans avant d’établir son autorité sur la péninsule de Bakassi

Le Nigeria veut-il vraiment rendre la péninsule riche en poissons et en pétrole au Cameroun, ou veut-il gagner du temps ?
Cameroun-online/vendredi 16 juin 2006

Le 12 juin dernier, à Greentree (« arbre vert »), à la banlieue new-yorkaise, les relations tumultueuses entre le Cameroun et le Nigeria au sujet de la presqu’île de Bakassi sont passées au vert, avec la signature d’un accord de retrait des troupes nigérianes de la zone, dans les 90 jours à compter de cette signature.

L’accord, fait nouveau était signé par les présidents Paul Biya pour le Cameroun, Olusegun Obasanjo pour le Nigéria, avec comme témoins, Kofi Annan le Sécrétaire général de l’Onu et des représentants à l’Onu de la France, de l’Allemagne, du Royaume Uni et des Etats-Unis.

Mais le Cameroun n’administrera pas immédiatement la zone querellée malgré l’arrêt de la Cour internationale de justice de la Haye le 10 octobre 2006. D’abord, dans l’annexe I de l’accord de Greentree, le Cameroun autorise le Nigeria à maintenir son administration civile et une force de police nécessaire au maintien de l’ordre dans la zone pendant une période non renouvelable de 2 ans, à compter de la fin du retrait nigérian courant septembre prochain.

C’est donc en 2008 que le Nigeria transfèrera officiellement son autorité aux autorités camerounaises. Pour autant, Bakassi ne sera pas complètement Camerounais, car l’Annexe I de l’accord de Greentree demande encore au Cameroun d’appliquer dans la zone un « régime spécial transitoire pour une durée des cinq ans non renouvelable ». Le pays devra s’engager notamment « à faciliter aux ressortissants nigérians vivant dans la zone l’exercice de leurs droits, et aux autorités civiles nigérianes l’accès aux populations nigérianes installées dans la zone ; à ne pas appliquer sa législation douanière ni sa législation sur l’immigration aux ressortissants nigérians vivant dans la zone qui se rendent directement du Nigéria dans la zone dans le but d’accéder à leurs activités ; autoriser les officiers et le personnel en uniforme des forces de police nigérianes à avoir accès à la zone… ; accorder le passage inoffensif dans les eaux territoriales de la zone aux navires battant pavillon du Nigéria. »

On peut déduire aisément de ces prescriptions du « régime spécial » d’administration de la zone par le Cameroun, que, même après le transfert d’autorité en 2008, des responsables administratifs et policiers nigérians continueront à exerce leur autorité sur la zone, à cause notamment de la présence des Nigérians qui ne sont, à la lecture de l’accord, ni forcés à quitter la zone, ni forcés à changer de nationalité.

Ces Nigérians y resteront et garderont en plus l’avantage des terres et biens acquis sur la base des coutumes locales, même après les cinq ans de régime spécial.

Bakassi sera administré par le Cameroun seulement en …2013

Il faudra attendre finalement 7 ans pour voir le Cameroun être maître de son territoire, et on se demande bien comment cette souveraineté pourra être totale et effective. Tant l’application de l’accord s’en remet à la bonne foi du Nigeria, et nulle part, on ne parle du départ progressif des populations nigérianes, au contraire, l’Annexe I de l’accord ne cesse de demander au Cameroun de faire des concessions et de ménager les Nigérians dans l’exercice de leurs droits, Nigérians qui devront être assistés par les autorités civiles nigérianes, et, au demeurant, on les exempte pendant 5 ans de la législation camerounaise en matières douanière d’immigration.

Il est vraisemblable que des populations, ainsi caressées dans le sens du poil, préparées à rester plutôt qu’à quitter les terres Camerounaises, ne songent jamais à les quitter effectivement. On se retrouverait dès lors en plein dans une aberration juridique qui permettrait aux ressortissants Nigérians d’être propriétaires des terres camerounaises tout en restant Nigérians, du simple fait qu’ils auraient acquis ces terres par des mécanismes d’un droit coutumier fumeux.

Même si l’accord déclare que « aucune disposition du présent Accord ne pourra être interprétée comme impliquant une renonciation du Cameroun à sa souveraineté sur une parcelle quelconque de son territoire », ou que « le présent Accord ne peut en aucune manière être entendu comme une modification de l’arrêt de la Cour Internationale de Justice du 10 octobre 2002, dont il est une simple modalité d’application », on a bien l’impression que le Nigéria a fait là un hold-up en s’accordant des concessions contre sa problématique et hypothétique bonne foi.

Aux lendemains de l’arrêt du 10 octobre 2002, le Nigeria n’a pas été avare en promesses dans le passé, mais ne les a tenues que tant qu’il ne s’agissait pas de l’enjeu essentiel de l’affaire Bakassi : la péninsule poissonneuse et pétrolifère elle-même. Le Cameroun, au lieu d’intervenir militairement dans son bon droit pour récupérer son territoire, a continué dans son option diplomatique en faisant une nième concession. Car, la présence des troupes nigérianes à Bakassi, après le verdict de la Haye est exactement un acte de belligérance, une déclaration de guerre claire…

On comprend bien que le rendu d’une décision judiciaire est une chose, son application une autre, et on espère que le Nigeria se dédira de sa mauvaise foi.

Qui veut la paix prépare la guerre

Mais on peut objectivement rester sceptique : le Nigeria renvoit à 7 ans son départ total de la presqu’île, or en sept ans, tout peut arriver. Les présidents Paul Biya et Obasanjo ne seront sans doute plus au pouvoir dans 7 ans, même s’il y a continuité de l’Etat, il peut encore avoir des anicroches dans la mise en place de chacune des phases du processus, avec des risques de remise en cause de l’Accord de Greentree.
Kofi Annan lui-même ne sera plus secrétaire général de l’Onu dans sept ans, reste la mince garantie de la présence de représentants de chancelleries occidentales, témoins de l’accord, représentées par des personnalité de second rang représentant leurs pays à l’Onu.

Une Onu dont les décisions à l’expérience aujourd’hui ne sont pas toujours respectées à la lettre dans une scène de la diplomatie internationale où le « qui veut la paix prépare la guerre » reste d’une implacable actualité et d’un implacable réalisme.

La paix à n’importe quel prix, ce n’est plus la paix, écrivait l’écrivaine française Eve Curie. Il y a visiblement encore très loin de la coupe des bonnes intentions aux lèvres des la vérité des faits dans cette affaire qui dure déjà…malgré la reconnaissance de la camerounité de Bakassi en 2002.

François BIMOGO

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Réaction de Javis NANA
Le 2007-11-15 07:50:59

je crois que les deux parties ont suffisamment fait d'efforts. Que cela revienne au Cameroun même en 2020, la caution de communauté internationale suffit pour dire que cette partie est camerounaise. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'il y a nécéssité pour le pouvoirs de Yaoundé, de mettre en place un plan spécial de développement de cette zone avec les moyens requis.


Réaction de abena yves bertrand
Le 2007-10-06 18:01:17

nous pensons


Réaction de Gaspard MPONDO
Le 2007-08-04 23:57:49

Il est surprenant que les Nations Unies n'aient pas laissé les mêmes délais de retrait à l'Argentine quand elle devait quitter les Falkslands pour les laisser à l'Angleterre. Encore et toujours deux poids deux mesures !




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