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Lac Nyos 20 ans après: la menace invisible !

Des dizaines de milliers de personnes menacées au Cameroun et au Nigeria. 1746 morts en 1986, Lac Mounoun, l'autre tueuse.

La catastrophe du lac Nyos a eu 20 ans le 21 août dernier. A Bamenda, dans la province du nord-ouest (364 km de Yaoundé), les familles sont en passe de reconstruire des habitations sur le site de la catastrophe, avec l'appui des pouvoirs publics...Mais la menace du lac meurtrier, comme le montre cet article mis en ligne le 29 septembre 2005, reste réelle.
Cameroun-online/jeudi 24 août 2006

Du 22 au 25 septembre derniers, à la demande du Gouvernement camerounais, l’Unité conjointe du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), et du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires au Cameroun (OCHA) a fait appel à une équipe de deux experts du Ministère néerlandais des transports, des travaux publics et de la maîtrise des eaux.

Accompagnée des responsables du Ministère de l’administration territoriale, l’équipe dépêchée par les Nations Unies s’est rendue sur la digue, et y a conduit une évaluation de la situation au terme de laquelle elle fera des recommandations aux autorités camerounaises. Elle devrait leur remettre un rapport préliminaire dans les prochains jours.

En cas d’effondrement de la digue, les dégâts seraient extrêmement sévères. Le premier danger viendrait des inondations qu’occasionnerait l’effondrement du barrage, qui entraînerait la mort de dizaines de milliers de personnes vivant, au Cameroun et au Nigéria, sur les pentes du lac Nyos, qui est un lac de cratère volcanique. La seconde menace viendrait quant à elle de la possibilité, qui existe, de voir se produire une explosion libérant dans l’air les gaz toxiques de dioxyde de carbone qui s’accumulent sous la surface du lac Nyos.

Lac Nyos, Lac Mounoun, les tueuses : près de 2000 morts

Le Lac Nyos reste donc une menace latente pour des milliers de populations de la province du Nord-ouest au Cameroun et les régions environnantes du Nigeria voisin. Dans la nuit du 21 août 1986, lors d’une remontée brutale du gaz carbonique (CO2) accumulée au fond du Lac Nyos situé dans l’ancien cratère d’un volcan : le gaz asphyxiait également des milliers de tête de bétail, sur un rayon de 25 km.

Auparavant, deux ans plus tôt, dans une localité voisine, un autre Lac ? le Lac Mounoun au cours d’une explosion similaire de gaz carbonique tuait 37 villageois vivant aux alentours du cours d’eau ! Dès janvier 2001, conscient de la permanence du danger que représentaient ces deux lacs, des dispositifs (siphons) ont été installé sur ceux-ci pour diminuer les quantités de CO2 s’émanant des fonds lacustres.

En effet, le gaz s’accumule dans les fonds, et avec les fortes pressions en profondeur, il se dissout. Cependant, si le niveau de saturation est atteint, il y a remontée de ce gaz à la surface accompagnée de projection de bulles d’eau. Ce phénomène peut être brutal : c’est ce que les spécialistes appellent « effet de la bouteille de champagne ».

Prévention des catastrophes, le cadet des soucis d’un Pays pauvre très endetté ?

En 2003, le dispositif de dégazage installé sur le Lac Nyos sera mis sur le Lac Mounoun. Ces dégazages vont réduire la teneur en gaz de 12 à 14%. D’ici à 2015, 25 à 30% de CO2 seront enlevés, mais pendant ce temps, il est clair que les bas-fonds de ces lacs continuent à produire du gaz. Et selon des chercheurs Camerounais et Américains, il faudrait installer un tube supplémentaire sur le Lac Mounoun et quatre de plus sur le Lac Nyos pour dimunuer les quantités de CO2 de 75 à, 90%.

Pour tout cela, il faut bien sûr de l’argent, beaucoup d’argent pour le Cameroun, pays pauvre très endetté en quête d’atteinte d’un point d’achèvement toujours attendu (2006).

En 1992 déjà, Hydraulique Sans frontières (une association technique de développement agissant dans les pays du Sud depuis 1990), est intervenu pour étudier les possibilités envisageables pour remédier à un tel péril. La solution après études ultérieures fut le renforcement du barrage naturel par une armature en béton armé ancré solidement en profondeur du lac.

Trois lacs au monde contiennent une forte proportion de gaz dissous : les lacs Nyos et Monoun au Cameroun et le lac Kivu à la frontière du Rwanda et de la République Démocratique du Congo.

Ce dernier lac contient une quantité de gaz mille fois plus importante que le lac Nyos. Environ un cinquième de ce gaz est constitué de méthane. Il s'agit bien d'un trésor inexploité qui sommeille dans les profondeurs du cours d'eau.

François BIMOGO

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