Actualité
Fraude électorale: clash diplomatique à Yaoundé

Le ministre des Relations extérieures réprouve l’appréciation que certaines missions diplomatiques font des élections du 22 juillet dernier. On n’est pas éloigné d’un incident diplomatique.
Quotidien Le Messager/vendredi 24 août 2007
Que le gouvernement camerounais réponde publiquement à des missions diplomatiques ayant fait des observations sur sa “politique intérieure”, le fait est plutôt rare ! C’est ce qui s’est pourtant passé hier, 23 août 2007, quand la Crtv-Poste national a, dans son journal de 13h, “déclamé” le message du ministre d’Etat en charge des Relations extérieures. Jean Marie Atangana Mebara a ainsi répondu au communiqué conjoint par lequel les ambassades des Pays-Bas et des Etats-Unis, ainsi que le Haut commissariat du Royaume Uni appréciaient le processus électoral à l’issue des municipales et législatives du 22 juillet dernier.
“Ces élections représentent une occasion manquée pour continuer de construire la confiance publique dans le processus électoral au moment même où le Cameroun porte ses regards sur la prochaine élection [présidentielle] ”, affirmaient en effet les missions diplomatiques. Pour elles, seule une Commission électorale indépendante peut améliorer l’organisation des élections et accroître la participation politique au Cameroun.
Cette position n’est pas nouvelle. Elle est celle de nombreuses organisations de la société civile. Mais parce qu’elle vient des diplomates, elle prend sans doute une autre connotation.
Comme une provocation
Le gouvernement n’a pas du tout aimé ces observations. Il se félicite, certes, de l’intérêt de ces pays pour l’amélioration de la démocratie au Cameroun, mais estime “excessifs” les propos de leurs représentants au Cameroun. “Pour le gouvernement, le double scrutin du 22 juillet a donné au peuple camerounais l’occasion de manifester une fois de plus sa confiance totale dans les institutions qu’il s’est librement donné et dans le processus démocratique et électoral dont il est l’acteur souverain.” Selon le ministre Mebara, leur position est somme toute marginale dans la mesure où d’autres observateurs ont trouvé ces élections plutôt crédibles, satisfaisantes et justes.
Le gouvernement considère ainsi la sortie de ces missions diplomatiques comme une provocation qui crée les conditions d’un “incident diplomatique”. Les mots et le ton du Minrex indiquent bien que leurs observations sont susceptibles de nuire aux relations entre le Cameroun et ces Etats. Généralement, dans les usages diplomatiques classiques, les rapports sur des sujets dits de souveraineté sont envoyés soit aux gouvernements des Etats représentés, soit au gouvernement national, quitte à lui d’autoriser les missions diplomatiques concernées à le rendre public.
Dans le cas d’espèce, elles se sont directement adressées au peuple camerounais. Pour le gouvernement donc, il s’agit d’une remise en cause des règles diplomatiques et, partant, des institutions nationales. Faire de telles observations quand la Cour suprême a proclamé les résultats et après le discours du président de la République est, selon le ministre Mebara, une contestation de la capacité de ces institutions républicaines à réguler l’espace démocratique.
En agissant ainsi, ces missions ont voulu prendre l’opinion à témoin, dans un contexte où le gouvernement camerounais a souvent tendance à peindre le noir en blanc.
Clash diplomatique
La sortie du gouvernement pourrait difficilement convaincre de ce que le processus électoral est satisfaisant au Cameroun. La démocratie dont le gouvernement se vante
Dans son communiqué, le Minrex fait état de ce que “ la Cour suprême, siégeant comme Conseil constitutionnel, a sanctionné les quelques disfonctionnements qui ont pu être constatés. ” Ce que le communiqué ne dit pas, c’est que vingt-trois (23) recours seulement ont été examinés, sur les cent trois (103) introduits. Quatre-vingts (80) ont été rejetés pour diverses raisons, notamment pour vice de forme. C’est dire que si la Cour Suprême était entrée dans le fond de tous ces recours, il n’est pas exclu qu’on se serait retrouvé avec des annulations en cascade. Il ne faut non plus oublier que plus de deux cents (200) recours ont aussi été introduits pour le contentieux des municipales. Et “ quelques disfonctionnements ” pourraient tout aussi bien être constatés et sanctionnés.
Le Minrex se vante aussi de ce que “ cinq partis politiques sont d’ores et déjà représentés à l’Assemblé nationale, en attendant les élections partielles… ” Il convient de noter que de ces partis, seul le parti au pouvoir le Rdpc, est véritablement représenté. Le nombre de sièges (vingt-trois), que totalisent les autres partis (Sdf, Undp, Udc et Mp) ne représente rien devant les cent quarante (140) sièges du Rdpc.
Les autres partis peuvent décider de ne pas siéger, il restera encore au Rdpc le quorum requis pour siéger et légiférer valablement. Cette situation est plutôt la conséquence des fraudes massives, des votes multiples, des falsifications des procès-verbaux, des charters, de l’achat des consciences, des intimidations qui ont émaillés ces élections que le gouvernement se tue a vouloir présenter comme libres et transparentes.
Les aspirations du peuple torturées
Sur le plan national, les résultats “ sortis ” des urnes ne reflètent probablement pas les aspirations du peuple. A peine cinq millions (5 000 000) de Camerounais sont inscrits sur les listes électorales, sur une population estimée à plus de seize (16) millions. Et sur ces cinq millions d’inscrits, à peine la moitié est allée voter. Le taux d’abstention élevé est la traduction du malaise qui règne dans le système démocratique camerounais.
Et pour bien faire les choses, le nombre des votants était par endroits supérieur au nombre des électeurs inscrits sur les listes et affichées devant les bureaux de vote. Dans ce désordre, les élus actuels savent qu’ils sont non seulement mal élus, mais aussi non “ représentatifs ”, qualitativement.
Plus grave, ces élus représentent plus les dirigeants de leurs partis politiques que la base militante. Au niveau des investitures, les candidats ont été imposés par les hiérarchies, et ceux qui ont cru à la volonté du peuple ont été rappelés à l’ordre, suivant des méthodes diverses.
Au final, la démocratie et la transparence électorale ne sont pas viciées seulement au niveau du gouvernement, mais aussi au sein de tous les partis politiques constitutifs du paysage politique camerounais. C’est cette classe, dans l’ensemble, qui est interpellée, car partie prenante dans la construction d’une véritable démocratie.
Et si le gouvernement tousse plus que les autres, c’est qu’il sait très bien qu’il détient la principale clef, à travers les textes. Ne dit-on pas que qui se sent morveux, se mouche ?
Roland TSAPI
Alexandre T. DJIMELI et Roland TSAPI
|
|
|




ils ont pourtant été les instigateurs de cet ignoble conspiration qui a conduit l'afrique où elle est aujourdhui..........
s'il cherche la guerre il aura la guerre
Mebara n'exagère pas, 20 % de camerounais ont voté, 80 % ne sont meme pas passés près des urnes, où est la confiance aux institutions du pays? Pourquoi nous prenez-vous com des gens sans cerveau? On sait ce que la cours suprême a fait en 1992, c'est une institution qui est corrompue com toutes les autres; ses membres ne sont pas libres et ils passent leur temps à se comporter com des lèches cul pour être maintenus à leurs postes. Alors Mebara que ton gouvernement et toi, évitent de faire com si vous êtes les créateurs de l'intelligence et la sagesse.