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Inertie : silence radio au Rdpc
Plusieurs mois après l’annonce de l’ouverture d’une station de radio par ce parti, le projet coince.
Quotidien Mutations / Mardi 22 Avril
La nouvelle faisant état d’une ouverture imminente d’une radio par le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), le parti au pouvoir, avait fait grand bruit à travers les différentes rédactions. Dans les gargotes, cafés et chaumières, le sujet a fini par ravir la vedette dans les conversations. Surtout que des signes annonciateurs semblaient confirmer la véracité d’une telle information. Outre la mise en place d’un studio d’émission logé au deuxième étage du palais des congrès de Yaoundé, non loin du siège de la rédaction du journal L’Action, la publication du Rdpc, certains dirigeants de cette formation politique avaient commencé à prendre progressivement langue (de manière informelle) avec certains journalistes et autres professionnels de la communication de la place pour un recrutement.
Précarité
Depuis lors, plus rien. Le projet est resté lettre morte et on n’en entend même plus parler. Au journal L’Action où nous avons tenté d’en savoir davantage, l’on reste motus et bouche cousue sur le sujet. Ici, beaucoup disent en avoir aussi entendu parler comme tout le monde et recommandent au reporter de saisir le secrétaire à la communication du Rdpc qui aurait confié le dossier à un de ses proches du ministère de l’Enseignement supérieur. Selon ces mêmes sources, "le projet de radio du Rdpc est géré par des gens qui ne figurent pas de manière statutaire dans les équipes de communication du parti. Ce sont ces gens-là qui ont prégnance sur le dossier."
Approché, le ministre Jacques Fame Ndongo, secrétaire à la communication du parti au pouvopir, qui confirme l’initiative d’un tel projet, parle plutôt d’une question de conformité avec la loi. "Le Rdpc a effectivement conçu un projet de création et d’exploitation d’une station de radiodiffusion qui s’inscrit dans le cadre de sa stratégie globale de communication. Mais comme vous le savez, le Rdpc en tant que parti politique est d’abord une association régie par les lois de la République. Il se doit donc, s’il veut exercer une activité de communication audiovisuelle à travers une radio, de se conformer à la réglementation en la matière…", lance-t-il.
Mais, ce dernier dément l’information d’une quelconque confiance faite à ses services du Minesup. "Je puis vous révéler que M. Christophe Mien Zok, directeur des organes de presse et d’édition du Rdpc, suit de très près ce dossier cardinal. Et il le fait avec dévouement et compétence. Mais, nous devons aussi faire appel à des compétences extérieures dont nous ne disposons pas à l’intérieur… Quant aux services du ministère de l’Enseignement supérieur dont vous parlez, je ne vois pas en quoi ils pourraient être sollicités, étant donné la nature de leurs compétences qui sont d’un autre genre", confie Jacques Fame Ndongo.
A la Direction des organes de presse et d’édition (Dope) où certains journalistes ont également fait l’objet d’une sollicitation pour apporter des prestations dans l’avenir à cette radio, l’on se veut réticent à l’offre. D’autant plus que, malgré les multiples demandes de régularisation du statut du personnel du journal L’Action, et les nombreux cris d’orfraie sur les conditions de travail adressés à la hiérarchie depuis des années, l’on continue toujours de "servir le régime de Paul Biya dans la précarité", tempête-t-on dans les couloirs du palais des congrès de Yaoundé.
Bien que les dirigeants du Rdpc entretiennent encore un mystère sur la dénomination de cette radio, des sources bien introduites parlent d’un nom provisoire qui serait "Action Fm". "Pour ce qui est du label de cette radio, nous y réfléchissons encore. Il sera naturellement connu le moment venu", précise Jacques Fame Ndongo. Et si une telle initiative venait à se réaliser, la Cameroon Radio Television (Crtv) sera mise à contribution.
Viol des consciences
D’autant plus que, selon des sources, Amadou Vamoulké, son directeur général, par ailleurs membre du comité central du Rdpc, aurait été saisi par correspondance en décembre 2007 pour céder une portion de ses émetteurs du mont Mbankolo, afin que ceux-ci servent de relais à "Action Fm". A la Crtv, certains ingénieurs officiant dans les transmissions que nous avons rencontrés déclarent avoir déjà été informés de façon informelle par leur hiérarchie pour travailler dans ce sens dans "un futur proche". Au Rdpc, l’on rejette cependant l’idée d’un copinage avec l’organisme d’Etat. "Il s’agit d’opérations réglées par des conventions en bonne et due forme. N’importe quelle autre radio, nationale, commerciale et associative peut donc signer un accord avec la Crtv ou tout autre organisme qui peut d’ailleurs être un organe privé, pour le partage de ses sites de diffusion", souligne le secrétaire à la communication du Rdpc.
Au ministère de la Communication, par contre, où nous avons voulu nous enquérir d’une éventuelle attribution de fréquence au Rdpc, notre tentative s’est avérée vaine. Paradoxalement, l’on refuse de communiquer sur la question. Au prétexte qu’ "il s’agit d’un sujet hautement sensible".
Quant à ceux qui pensent déjà qu’une telle radio, si elle venait à émettre, consisterait tout simplement à manipuler les consciences, Jacques Fame Ndongo pense plutôt le contraire. "…Une telle radio ne devrait pas sombrer dans la propagande politique et le viol des consciences. Elle se limitera à l’éducation sociale et domestique, à la sensibilisation des citoyens aux problèmes comportementaux et éthiques, ainsi qu’aux questions liées au développement économique et social des ruraux et des citadins", dixit le secrétaire à la communication du Rdpc.
Sainclair Mezing
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