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Douala : M. Francis Faï Yengo fait reculer les libertés
En interdisant la marche pacifique de l'opposition dans le Littoral, le gouverneur porte une véritable estocade à la notion de " droits fondamentaux " reconnus par la loi fondamentale.
Repères / Mardi 22 Avril
Premier arrêté et premières échauffourées. Depuis le 15 janvier 2008, toute marche et autres manifestations publiques sont interdites dans la province du Littoral jusqu'à nouvel avis. C'est la substance d'un arrêté pris par M Faï Yengo Francis, nouveau gouverneur. Raison invoquée : les troubles à l'ordre public. Malgré l'insistance des organisateurs sur le caractère pacifique de leur démarche, l'interdiction n'est toujours pas levée. Cette mesure, qui s'inscrit, selon les pouvoirs publics, dans le cadre de la police administrative, intervient après l'annonce d'une série des manifestations des militants du Social democratic front et d'autres partis de l'opposition à l'effet de signifier leur opposition à la modification de la constitution, notamment l'amendement de la disposition limitant les mandats présidentiels. Avant le Sdf, c'est Mboua Massock, le père des " villes mortes " à Douala, qui s'était illustré par une marche le 12 janvier. à Ndokoti, à Douala. Une manifestation dont les animateurs ont été assaillis par la police. Interpellé, Mboua Massock a été interrogé des heures à la sous-préfecture de Douala IIIème. L'homme a été relâché le même jour, mais le pli est pris, le pouvoir est manifestement sur les dents dès qu'il s'agit de toute initiative contraire à la modification de la Constitution.
Deux jours plus tôt, c'est M. Hilaire Kamga, promoteur des Nouveaux droits de l'homme (Ndh) qui a reçu la visite de trois policiers présentés comme faisant des effectifs de la direction de surveillance du territoire. Porte-parole de la plate-forme de la société civile pour la démocratie, M. Hilaire Kamga a le malheur d'accorder très récemment une interview à Radio France internationale (Rfi). Occasion pour lui de réitérer tous ses accusations de fraude électorale développées et affinées par les opérateurs électoraux camerounais, notamment le pouvoir. Mais surtout, l'homme est résolument opposé à la modification de la Constitution, qui l'a amené à lancer une pétition pour tous ceux qui pensent comme lui. Comme on pouvait s'y attendre, la décision d'interdiction de manifestation publique a été mal accueillie par la classe politique et une bonne frange de l'opinion. Félix Nicaire Mbotchak du Cercle belgo-africain pour la promotion humaine (Cebaph), association de promotion des droits humains basée en Belgique et ayant des représentations en Afrique et plus particulièrement à Douala, estime que " c'est une atteinte grave aux libertés publiques et aux droits de l'homme en général, car le Cameroun jusqu'ici ne connaît aucune crise grave d'insécurité qui justifierait une telle décision". Dans le cas d'espèce, l'atteinte à l'ordre public n'a pas été suffisamment démontrée par l'arrêté du gouvernement.
Les organisateurs de marche arguent que les marches sont le seul moyen de participer efficacement au débat sur la Constitution voulu par le chef de l'Etat. Le Rdpc, favorable à une levée de la limitation des mandats présidentiels, dispose sur cette question du monopole dans les médias à capitaux publics. Ayant entendu la voix du oui, il est de bon ton que le non parvienne aussi à M Paul Biya, disent les marcheurs. " La rue qu'on refuse aujourd'hui aux membres de l'opposition a été largement utilisée par les militants du Rdpc à Yaoundé et ailleurs. On s'attendrait à ce que dès l'annonce, les autorités locales mettent à la disposition des manifestants des éléments de la sécurité pour les canaliser ", continuent-ils.
Alors question : jusqu'à quel seuil les autorités administratives peuvent-elles restreindre l'exercice du droit si élémentaire de manifester sans glisser dans l'état d'exception ? " En dernier lieu, c'est au juge de préserver la substance du droit mis en péril par les limitations qui l'affectent ", rétorquent les constitutionnalistes. Aux responsables donc de la manifestation de saisir par requête le président de tribunal de grande Instance du Wouri qui doit statuer par ordonnance dans un délai de huit jours après sa saisine.
Yaouba Djaligué
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