Vendredi 16 Mai 2008

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Importation :16.000 tonnes de ciment au port de Douala

En provenance du Pakistan, le produit est prioritairement destiné à la réalisation des grands travaux dans la sous-région Afrique centrale.

Le Messager / Mercredi 07 Mai

Les Cimenteries du Cameroun (Cimencam) viennent d’importer du Pakistan 16.000 tonnes de ciment. Le bateau est arrivé le 29 avril 2008 au Port autonome de Douala. Lundi 5 mai, 12.000 tonnes étaient déjà déchargées. La fin du déchargement est prévue ce mercredi 7 mai. Disponible pour la distribution, il se vend à 7.000 Fcfa le sac de 50 kg dans la capitale économique. Un prix nettement supérieur à celui du sac de ciment ordinaire, le Cpj 35 traditionnellement fabriqué au Cameroun et dont le prix officiel se situe autour de 4.700 Fcfa. Selon les responsables de Cimencam, il s’agit d’un produit de qualité supérieure pour des chantiers de grands travaux qui ont besoin de ciment de très haute performance. Concrètement, si pour faire du béton ordinaire on utilise un sac de Cpj 35 pour trois brouettes de sable, il faudrait avec ce ciment spécial en utiliser 5 à 6 brouettes.

Une partie du gouvernement est d’accord avec la démarche des Cimenteries du Cameroun, étant donné que le marché du ciment semble asphyxié par la pénurie et la spéculation. Toutefois, certains opérateurs économiques estiment qu’en vendant le produit directement aux consommateurs, cette entreprise rentre dans l’activité commerciale qui n’est pas sa vocation principale. Le public, quant à lui, crie à la cherté, au regard du pouvoir d’achat du Camerounais moyen. Jean-Pierre Boulicaut…, le directeur général de Cimencam, explique que la vente du ciment pakistanais n’est pas ouverte aux individus, mais aux sociétés possédant des comptes dans l’entreprise. Celles-ci sont environ 80 et exercent dans le domaine des travaux publics et du bâtiment. Mais le problème du prix et de l’importation en soi reste posé.

En réalité, le rôle de Cimencam n’est pas d’importer du ciment, mais de le produire à partir de matières premières importées, de substances minérales et de ressources humaines locales, pour créer de la valeur ajoutée à l’intérieur du pays. Quand on importe en effet, on ne crée en principe pas de valeur ajoutée ; bien plus, on fait un transfert de devises. L’importation de ciment au Cameroun n’est donc qu’une solution de crise pour parer au déficit de l’offre sur le marché intérieur. Face à la crise donc, le gouvernement a libéralisé les importations au dernier trimestre 2007. Mais les opérateurs du secteur privé ont traîné le pas. Ainsi, le déficit a eu le temps de s’accroître.

C’est pas le bout du tunnel
Pendant qu’on continuait d’attendre la réaction des hommes d’affaires, Cimencam a lancé l’opération d’importation. Pour les responsables de cette entreprise, le souci est tout d’abord de montrer aux acteurs de la filière qu’il est possible d’importer du ciment. Mais selon le Dg de Cimencam, ce ciment est principalement destiné aux pays voisins du Cameroun où les besoins vont également grandissants et où les prix sont très élevés. A Bangui (Rca) par exemple la semaine dernière, le Cpj 35 coûtait 18.000 Fcfa. A en croire Cimencam, l’offre de ciment pakistanais contribuerait ainsi à stabiliser les prix dans ces pays en offrant le produit à un coût bien plus réduit qu’aujourd’hui.

Officiellement, l’effet recherché est de desserrer l’étau sur la demande des pays voisins vers lesquels une bonne partie du produit de Cimencam est acheminé, souvent par siphonage, afin que la quantité produite sur place reste dans le marché national. Ce n’est pas la première fois que Cimencam importe du ciment. Elle l’avait déjà fait en 2005, sur autorisation du gouvernement, pour juguler la pénurie. Mais le ciment importé devait être ensaché dans ses usines à Douala et vendu au même prix que ce qu’elle fabrique. Là où le bât blesse surtout aujourd’hui, c’est que le prix du ciment pakistanais est élevé. On risque, avec la spéculation ambiante, le retrouver sur le marché à 8, 9, voire 10.000 Fcfa. Or le pouvoir d’achat du Camerounais moyen aujourd’hui ne lui autorise pas un tel luxe.

Alexandre T. DJIMELI

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