Lundi 12 Mai 2008

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Prix du ciment :Le gouvernement pas d’accord avec Cimencam

Cimencam voulait procéder à une augmentation de prix. Le gouvernement l’en a empêché. Explications.

Le Messager / Jeudi 08 Mai

Les prix, revus à la hausse, des produits des Cimenteries du Cameroun (Cimencam) devaient entrer en vigueur le 25 février 2008. A cause du mouvement populaire de revendications sociales qui a embrasé une partie du pays, l’entreprise a repoussé l’initiative à plus tard. Il y a un mois, elle est revenue à la charge, notamment en publiant les nouveaux prix et en indiquant les prix de refus d’achat. Par exemple, la tonne de ciment ordinaire Cpj 35 qui se vendait à 85.000 Fcfa (sortie usine) est passée à un peu plus de 100.000 Fcfa à Douala. Mais le gouvernement a sommé Cimencam de maintenir le statut quo ante. Officiellement donc, la tonne continue de se vendre à 85.000 Fcfa aux distributeurs, ce qui fait que le sac de 50 kg devrait coûter environ 4.700 Fcfa à Douala. La décision du gouvernement a été prise à l’issue d’une concertation à laquelle ont assisté des plénipotentiaires du ministère en charge de l’Industrie – tutelle de Cimencam –, du ministère du Commerce, de la Société nationale des investissements, de la Primature et, évidemment, de Cimencam. Le directeur général de Cimencam, Jean-Pierre Le Boulicaut, avait expliqué qu’une hausse de prix s’impose parce qu’aujourd’hui, son entreprise réalise des pertes. Les prix de tous les intrants dont l’essentiel est importé et subit la conjoncture internationale ont doublé voire triplé, argumente-t-il. Pendant ce temps, les prix de Cimencam stagnent.

A l’en croire, ces pertes se chiffreront à près de 3 milliards de Fcfa pour l’exercice 2008 si les prix du ciment sont maintenus tels quels. Le secrétaire général adjoint des services du Premier ministre Emmanuel Nganou Djoumessi, alors Pca de Cimencam, a soutenu cet argumentaire. Le ministre en charge de l’Industrie, Badel Ndanga Dinga de même que la directrice générale de la Sni, Mme Yaou Aïssatou, étaient pour. Mais le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, a invoqué la situation particulière de crise que traverse le Cameroun pour plaider un maintien des prix à leurs niveaux actuels.

Finalement, le Premier ministre, Inoni Ephraïm, en se basant sur les arguments développés par les uns et les autres, a donné la position du gouvernement camerounais : pas d’augmentation des prix de Cimencam pour le moment. Se fondant sur l’argumentaire du ministre du Commerce, il comprend la nécessité économique d’une augmentation des prix, mais s’appuie sur les mesures institutionnelles et légales (les ordonnances du chef de l’Etat et les mesures de droit interne) pour demander une suspension de la hausse. Le président Biya a en effet signé le 07 mars des ordonnances dont certains réduisent les droits de douane sur le clinker (matière première du ciment) et certains ciments importés. Selon le gouvernement, Cimencam qui versait un peu plus de 5 milliards de droits à l’Etat ne devrait plus donner que la moitié. Par ailleurs, cette entreprise devrait puiser dans ses réserves légales – elle les constitue en principe depuis des années en respect du droit des sociétés – pour faire face à la crise. Par ailleurs, dans la perspective de l’amélioration de ses capacités de production, l’entreprise devrait, avec des économies d’échelle, faire de bonnes affaires puisque le marché est large et la demande réelle. Mais les responsables de Cimencam ont quelques objections : ils affirment utiliser les réserves légales depuis longtemps et estiment que les ordonnances du chef de l’Etat ne leur feraient économiser que un milliard et demi de Fcfa au plus, puisqu’elles ne s’appliquent pas sur toute l’année.

L’importation pour contourner le gouvernement ?
Cimencam n’est pas du tout content du gouvernement qui a ordonné le maintien des prix à leur niveau d’avant 2008. Certains observateurs estiment que c’est pour contourner ce gouvernement et vendre aux prix souhaités que l’entreprise a décidé d’importer du ciment ensaché à partir du Pakistan. Si certaines sources indiquent que ce ciment pakistanais est contrôlé par le Groupe Lafarge dont Cimencam est une filiale, il n’en demeure pas moins “ que cette importation est souhaitée et répond à un besoin réel ” ainsi que l’explique Valentin Mbarga, directeur du commerce intérieur au ministère du Commerce.

Selon le directeur, “l’importation du ciment est libéralisée depuis le 27 novembre 2007. Le ministre a lancé des appels pour des importations d’appoint. Et au regard de la loi, rien n’interdit à un producteur d’importer. Dans le principe donc, Cimencam peut le faire. ” Seulement, l’administration doit avoir des justificatifs qui permettent à un opérateur de fixer tel ou tel prix pour ne pas tomber dans le coup de l’enrichissement illicite. Au ministère du Commerce, il y a des indicateurs qui amènent à formuler l’hypothèse d’une pratique de prix excessifs pour ce ciment importé. En tout cas, le ministère attend d’avoir les éléments effectifs déterminant le prix de vente au consommateur pour prendre une position fixe. Les responsables de Cimencam ont beau expliqué qu’il s’agit d’un ciment spécial, le consommateur camerounais, au regard de son faible pouvoir d’achat, estime que 7 ou 8.000 Fcfa le sac de 50 kg, c’est cher payé.

Alexandre T. DJIMELI

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