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Editorial de Pius N. Njawe : Bakassi encore !
Bakassi encore !
Le Messager / Lundi 14 Juillet
On reparle de Bakassi. Un mois à peine après l’attaque qui a coûté la vie à des Camerounais parmi lesquels le sous-préfet de Kombo à Bedimo, le Cameroun vient de subir une nouvelle attaque. Selon nos sources, l’assaut a eu lieu dans la nuit de vendredi 11 à samedi 12 juillet dans la localité de Munya. Cette nouvelle escalade intervient à quelques semaines du 14 août, date du retrait total et définitif du Nigéria de la péninsule. Malgré l’arrêt de la Cour internationale de justice de La Haye qui, le 10 octobre 2002, a reconnu que la péninsule appartenait au Cameroun, et eu égard à la signature de l’Accord de Greentree le 12 juin 2006 entre les présidents Biya du Cameroun et Obasanjo du Nigéria, précisant les conditions du retrait du Nigéria, certains Nigérians n’ont jamais accepté que le Cameroun exerce sa pleine souveraineté sur la presqu’île. Parmi ces derniers, des membres et sympathisants des mouvements rebelles et sécessionnistes du Delta du Niger. Avec une bonne partie des populations de Bakassi (elles sont à 90% nigérianes), ils accusent la Cour de La Haye de vouloir spolier des peuples autochtones de leurs terres au profit d’un pays qui n’est pas le leur ; de même qu’ils reprochent au gouvernement fédéral nigérian de les avoir longtemps maintenus dans un état de pauvreté extrême et de les abandonner à leur propre sort. Avec “ l’aide de Dieu ”, affirment-ils, ils résisteront et ne laisseront pas le Cameroun prendre possession de Bakassi.
Le 12 juin dernier, le Niger Delta Defense and Security Council a en effet publié un communiqué dans lequel il indiquait que Bakassi allait encore subir de nouvelles attaques, autrement plus difficiles à gérer que celles de novembre 2007 et juin 2008. Sur le terrain aujourd’hui, le gouvernement fédéral nigérian a procédé au retrait de ses positions militaires. Seuls quelques policiers patrouillent encore dans la zone qui va être libérée le 14 août prochain. Mais cette zone est comme prise en otage par les rebelles. Ces derniers se confondent avec la population.
Contactées le 25 juin dernier après la correspondance du Niger Delta Defense and Security Council, les autorités camerounaises avaient confié au Messager qu’elles suivent la situation “ de très près ”. Elles estiment qu’il s’agit de manœuvres dilatoires de rebelles pour ramener le problème de Bakassi sur la table de négociations. “ Le gouvernement ne se laissera pas prendre à ce piège-là ; des dispositions militaires et diplomatiques sont déjà prises pour parer à toute éventualité ”, affirmait-on à Yaoundé. Mais, l’on semble faire retour à la case départ : des militaires camerounais attaqués et toujours battus à plate couture…
Deux raisons majeures justifient logiquement cette léthargie des forces armées camerounaises : d’une part, l’Accord de Greentree et d’autre part, la mutation de l’ennemi. Avec l’Accord de Greentree en effet, l’état-major avait démantelé l’essentiel des postes de combat et les soldats camerounais ont reçu une instruction ferme : ne pas céder à la provocation et, surtout, ne pas engager de combat qui puisse mettre en péril le processus de rétrocession. Dès lors, l’état-major s’est endormi, avec l’assurance d’être sur des îlots de paix. A côté de l’Accord qui a anesthésié l’armée camerounaise, il y a la mutation de l’ennemi : on avait jusque-là affaire à l’armée fédérale nigériane. Un ennemi facilement identifiable, dont on connaissait les positions et, minimalement, la qualité de l’armement et les méthodes de combat. Aujourd’hui, l’armée camerounaise est en face d’une nébuleuse. Elle ne sait pas exactement qui est l’ennemi. On parle surtout des rebelles infiltrés dans la population, un peu comme dans le maquis Upc des années 60 où certains paysans que l’on voulait protéger des exactions des maquisards étaient soit des maquisards eux-mêmes, soit entretenaient une complicité étroite avec des rebelles. On parle aussi de pirates de mer fréquents dans la zone de Bakassi. Mais ce que l’on sait avec exactitude, c’est que les assaillants font des frappes éclair et repartent très rapidement.
Les autorités civiles semblent avoir clairement conscience de la situation. Mais la mise à jour des unités opérationnelles tarde à suivre sur le terrain. En effet, l’Accord de Greentree n’était valable que quand l’armée camerounaise était face à l’armée fédérale nigériane. N’est-il pas nécessaire aujourd’hui que l’armée camerounaise reconsidère sa réserve, pour faire facilement face à la guérilla ? Et si elle se mettait en position de combat, gagnerait-elle ses duels ? Là, apparaît l’une des choses qui peut être considérée comme un caillou dans la chaussure de l’armée camerounaise. Désormais habituée à dealer avec les trafiquants nigérians parmi lesquels de nombreux rebelles, celle-ci semble dès lors incapable de réagir efficacement contre un ennemi qui connaît bien la maison. Le défi aujourd’hui est, semble-t-il, de restructurer la présence militaire camerounaise à Bakassi. Au moment où certains plaident pour le repositionnement stratégique des troupes sur le terrain, l’état-major demande la revalorisation des moyens financiers et logistiques pour faire face à la menace.
Mais au-delà de tous les arguments qui pourraient justifier la débâcle camerounaise, il faut déplorer le déficit de prévention de la part du Cameroun. Les attaques du 12 novembre 2007 et du 9 juin 2008 étaient déjà un signal suffisamment fort. Et le gouvernement, comme à son habitude depuis le début de ce conflit, n’a pas été à mesure de prévoir. Dans une telle situation, dans certains pays, le président de la République et son ministre de la Défense devraient remettre leur tablier, parce qu’ils étalent ainsi leur incapacité à assurer la sécurité du territoire national et des citoyens.
Le messager
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