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La chronique de Pem : Combien sommes-nous ?
Combien sommes-nous ?...Combien sommes-nous ?..Surtout, ne trouvez dans cette question mille fois posée, ni malice, ni mauvaise intention, ni tentative de harcèlement. Cela y ressemble sans doute un peu. Mais, que voulez-vous ? Depuis plus de dix ans, tout camerounais de bonne foi, pas spécialement frondeur ou curieux, se pose, chaque jour, cette légitime question. Histoire de savoir. Histoire de nous situer.
Le jour / Mercredi 6 Août
D’accord ! Le dernier recensement démographique a foiré. On le sait ; plus ou moins, on a fini par faire avec cet incroyable ratage. Encore que très nombreux restent des Camerounais-j’en fais partie-qui continuent de refuser farouchement que les choses en soient restées là. Comment comprendre, en effet, qu’un recensement démographique, qui avait mobilisé tout le pays et pour la réussite duquel les moyens de toutes natures avaient été rendus disponibles, n’ait pas pu accoucher même des résultats approximatifs ou tout simplement partiels ? On aurait même pu tricher un peu et proclamer des résultats faux. Après tout, cela n’allait pas être la première tricherie ou le premier faux qu’on aurait eu à gérer dans notre cher et beau pays. Rien de tout cela. Plus inadmissible encore : certains des principaux responsables de cet énorme fiasco avaient le toupet de se montrer suffisants, presque arrogants ; à aucun moment, ils n’ont semblé éprouver honte, regrets ou remords…
S’il fallait vous dire les choses avec les mots que j’ai, en ce moment, sur la langue, je vous dirais que cela m’emmerde sérieusement de ne pas pouvoir connaître, à mon âge, même à quelques dizaines de milliers près, le nombre de gens qui sont les Camerounais. Et cela me fait une très fâcheuse impression. J’ai parfois le sentiment drôle et étrange d’être un homme égaré, qui avance dans la nuit profonde et qui ne sait, ni où il trouve, ni dans quelle direction il progresse. Outre cela, le fait de ne pas savoir combien nous sommes me prive douloureusement d’une donnée qui fut, pour ainsi dire, l’un des piliers de mes acquisitions scolaires et intellectuelles. Au cours préparatoire, il y a soixante ans, c’est moi que le maître désigna pour répondre à la question que le Père Lecuyer avait posée, relative à la population du territoire du Cameroun. « Le territoire du Cameroun compte trois millions d’individus… »Une immense ovation salua mon exploit géographique et le bon prêtre blanc me gratifia d’une douce tape sur la joue. Si l’on m’avait-dit ce jour-là, qu’en 2008, je ne serai pas à même de faire étalage des mêmes connaissances, en ce qui concerne la population du Cameroun, j’aurais, assurément, éclaté en sanglots. Ne croyez pas que j’ai fait de la population du Cameroun une fixation personnelle. Point du tout. Je plains tout autant les faiseurs de statistiques de ce pays. En l’absence de l’élément essentiel qu’est la population dans sa réalité quantitative, la plupart de leurs évaluations ne dépassent guère des intentions pieuses. Quand ces érudits parlent des taux de scolarisation, de chômage, de natalité ou de mortalité, leurs courbes ne sauraient être des indicateurs fiables, dans un contexte flou comme le nôtre où l’on ne sait même pas combien nous sommes. L’autre jour, un inspecteur N° 1 assurait que le cheptel bovin camerounais comptait 4.500.000 têtes. Au lieu de compter seulement les vaches, mon Dieu ! quels précieux services ce fonctionnaire aurait rendus à la République, s’il avait aussi compté les hommes !
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Je me demandes bien comment ce Monsieur à compter les bovins s'il ne sait pas compter les habitants de ce pays. Ah si, calcul simple pourtant ex: 4.500.000 bovins X 4 = 18.000.000 de Camerounais et 3.000.000 hors du pays. Comment avec de tels chiffres peut être prétendre faire des élections et se dire démocratie???