Mercredi 20 Août 2008

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Economie – Santé publique : Médicaments : les Camerounais paient trop !

Le ministre de la Santé publique fait croire que les prix du médicament sont “ abordables ” au Cameroun. Pourtant, l’on vend 3 ou 4 fois plus cher que le prix mondial moyen. Le gouvernement se trompe-t-il, ou cherche-t-il à tromper le peuple ?

Le Messager / Jeudi 07 Août

Ayant appris que l’un des points importants du conseil du cabinet du jeudi 31 juillet 2008 portait sur la politique nationale du médicament au Cameroun, certains citoyens ont jubilé. Ils espéraient qu’enfin le ministre de la Santé publique, André Mama Fouda, allait brosser le tableau bien sombre du médicament et qu’une thérapeutique conduisant à une vente au prix juste serait proposée. Mais, à la lecture du compte rendu des travaux signé du secrétaire général des services du Premier ministre, nombreux sont ceux qui se montrent déçus. Premièrement, les questions liées à la structure des prix ont simplement été effleurées. Deuxièmement, presque rien n’a été dit du duopole de fait entretenu par deux grossistes non camerounais dans le circuit d’approvisionnement privé. Troisièmement, la promotion du vrai médicament générique (vendu sous la dénomination commune internationale) a été éludée. Quatrièmement, l’efficacité de la Cename en terme de traçabilité des produits qui quittent le siège en direction des hôpitaux ainsi que les factures adressées aux malades n’a pas été analysée. Bref, tout ce qui contribue à alourdir la facture en pharmacie semble avoir été négligé.

Au terme des échanges, révèle, le secrétaire général Jules Doret Ndongo, le Premier ministre, Chief Inoni Ephraïm, “ a prescrit au ministre de la Santé publique d’accroître l’offre en médicaments génériques dans les officines privées et d’encourager la fabrication locale des médicaments, par la réduction des délais de traitement des dossiers d’agrément ainsi que l’octroi de mesures incitatives au bénéfice de l’industrie pharmaceutique locale. ” Une prescription qui ressemble à une sorte de récital, déjà entendu, et que l’on pourrait déclamer dans n’importe quel pays d’Afrique subsaharienne. Mais là où réside le vrai problème, c’est que les données à partir desquelles le Premier ministre a fait ses recommandations sont discutables ou simplement erronées.

Mama Fouda : bon pour la pub !
Le ministre de la Santé publique affirme que la Cename, grossiste public qui distribue les médicaments essentiellement dans le réseau des hôpitaux, a pu œuvrer pour que l’on obtienne une baisse cumulée de 65% sur les prix des médicaments (du réseau public) depuis 2001. De nombreux pharmaciens estiment qu’il ne s’agit pas d’une prouesse et que ce niveau de réduction ne s’applique qu’à une petite partie des quelque 250 médicaments disponibles à la Cename. Trois raisons principales justifient cette réserve : d’abord la longueur du circuit public d’approvisionnement, ensuite la position des fournisseurs de la Cename par rapport à la fabrication du médicament, et enfin la rupture régulière des stocks qui fait monter les enchères et provoque le monnayage, surtout pour les cas de maladie à traitement gratuit (sida, paludisme, etc.)

A la création de la Cename en effet, une bonne partie des fournisseurs était constituée d’intermédiaires dont l’ex Csp basée en France et Medrel en Allemagne. Le grossiste public n’achetait donc pas directement chez le fabricant. Pour que le produit parvienne au malade, il faut donc partir du fabricant, transiter par l’intermédiaire, choir à la Cename avant de passer par les centres d’approvisionnement provinciaux, puis les hôpitaux, les pharmacies tentaculaires de pavillon dans certains cas, et enfin le malade.

Commissions, informel, corruption
Avant de parvenir au malade, le médicament du circuit de distribution public passe par au moins cinq étapes au cours desquelles des marges (commissions) doivent être prélevées ! Chaque étape est un centre d’affaires où, par de petites combines, chaque acteur essaie de se faire quelques sous. L’exemple le plus connu est probablement celui du Coaterm, le médicament (subventionné) du paludisme qui devrait être cédé à 600 Fcfa dans les hôpitaux. Il est de temps en temps introuvable dans certains centres de santé alors que les provisions qui leurs sont destinées sont vendues au marché noir à 800 ou 1.000 Fcfa.

Quand bien même les produits sont présents dans les hôpitaux, ils ne sont pas toujours facturés au prix officiel. Le cas de l’amoxycilline 500 mg est assez illustratif. La boîte de 1000 comprimés est vendue à la Cename à 20.605 Fcfa, soit un comprimé à environ 20 Fcfa. Or le même comprimé est facturé dans certains hôpitaux à 30 voire 40 Fcfa. Au-delà du non respect des prix recommandés, le ministre de la Santé publique, en annonçant une réduction des coûts de l’ordre de 65%, a voulu jouer sur les effets d’annonce. Mais là encore, le Cameroun est très loin du prix mondial du médicament. Tout le monde, y compris la Cename, vend au peuple camerounais 2, 3 ou 4 fois plus cher que le prix mondial. Illustration : la Ciprofloxacine 500 mg B/100. Le prix mondial moyen de ce médicament est de 1.650 Fcfa. Il est pourtant vendu au Cameroun à 4.850 Fcfa. Les Camerounais, déjà bien pauvres et très endettés, paient trop ! Le Premier ministre ne devrait pas se contenter de ce que lui disent ses collaborateurs.

Structure du prix du médicament

Cas illustratif : Voltarène (Diclofénac) 50 mg,
boîte de 30 comprimés, fabriqué par Novartis
Prix d’achat chez le fabricant : 2442 Fcfa
Frais de douane : 5% du prix d’achat
Commission du bureau d’achat : 5%
Frais de transport : 3%
Prix de revient légal (à destination) : 2760 Fcfa
Marge grossiste : 22%
Prix de cession aux officines : 3380 Fcfa
Marge des officines : 34%
Prix de vente au public : 4530 Fcfa.

NB. Le prix de 2442 est celui qui est officiel. Mais certains grossistes, avec la force du cash, prennent en grandes quantités même à 1500 Fcfa. Mais les coûts sont calculés avec pour référence le prix officiel. Le prix de 4530 pratiqué au Cameroun est largement au-dessus du prix mondial. En générique, Diclofénac coûte 600 Fcfa. Il y a la possibilité d’avoir plusieurs fabricants. Or l’effet de la concurrence est généralement bénéfique pour les consommateurs. Par ailleurs, les “ marges arrière ” sont presque inexistantes.

Franc ESSOMBA

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