Lundi 01 Décembre 2008

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Ntaba, ce fantôme

A la fin des années 60, André Fouda est maire de Yaoundé. Il entreprend de libérer certains espaces du centre urbain où il était prévu de construire des bâtiments administratifs.

Mutations/ Mercredi 13 Août

Avant de déguerpir le quartier Nlongkak où sont logés à ce jour les services de la délégation générale à la Sûreté, Essos était déjà entièrement viabilisé. Toute personne délogée recevait un jeton sur lequel était inscrit un numéro correspondant à son lot à Essos. C'est en 1970 que Nlongkak sera entièrement détruit.

Personne ne saurait contester le principe des démolitions pour donner à Yaoundé l'aspect d'une ville. Ntaba était encastré entre deux versants dans une cité en quête de modernité ; il constituait un réel problème qu'il fallait résoudre un jour ou un autre. Mais quelles dispositions préalables avaient été prises pour reloger des gens qui ont toujours habité là et dont certains ne peuvent réunir des moyens leur permettant d'acquérir terrain et bâtir maison ailleurs ?

Tsimi Evouna argue " qu'à chacun de faire son au travail ", le sien c'est de démolir, les affaires sociales de s'occuper des infortunés. Une telle argumentation est à la limite de l'ignominie et de l'ignorance. Une mairie est un mini Etat. Il dispose des services techniques, sanitaires, éducatifs… et sociaux. Si un maire a le sentiment que son travail se limite à moderniser les trottoirs, à planter des fleurs, à ouvrir des voies de dégagement et à créer des espaces verts, cela signifie qu'il comprend insuffisamment ses missions. Il a le devoir et l'obligation de construire également des logements sociaux qui sont inexistants à Yaoundé. Il les construit d'abord et déloge ensuite.

Tsimi Evouna est un personnage à la fois déterminé et ténébreux. On le sort de l'ombre où il tapissait ; on le découvre imaginatif .Il arrive à un moment où les Camerounais avaient oublié qu'ils pouvaient avoir des hommes d'actions. Conséquence, son arrogance est tolérée ; ses extravagances sont comprises ; ses erreurs lui sont vite pardonnées. Il devient irréprochable et infaillible. Il faut que Tsimi Evouna revienne sur terre, humain parmi les humains. Il commet des erreurs comme tout le monde. Sa force et sa grandeur devraient pouvoir l'amener à reconnaître une erreur commise et de chercher à la réparer et non de persévérer dans celle-ci. La gestion de Ntaba a manqué de prospective et de dimension humaine. Les morts qu'on enregistre dans ce site fantôme sont là pour le témoigner.

La rétrograde
En 2000, les instituts privés d'enseignement supérieur avaient déjà mis sur le marché du travail cinq promotions titulaires du Brevet de technicien supérieur. Le ministère de l'Enseignement supérieur décide alors d'harmoniser les programmes pour les arrimer à l'environnement professionnel. Ce sont ces programmes qui sont en vigueur à ce jour ; ils sont sanctionnés par un diplôme national délivré par le Minesup. Depuis deux ans, l'Esstic a ouvert le cycle de licence professionnelle. Les titulaires de Bts en journalisme, en publicité et en relations publiques ont utilisé des passerelles pour solliciter ces formations. Les deux années d'expérience ont produit des résultats édifiants : les titulaires de Bts ont eu un comportement très éloquent dans toutes les filières où ils ont été admis.

Alors qu'on attendait que l'université de Soa à laquelle appartient l'Esstic trouve de solution au problème de la scolarité à deux vitesses posé par les titulaires de Bts (600.000F contre 50.000F pour ceux qui entrent en 1ère année sur concours), c'est le principe même de la licence professionnelle pour les titulaires des Bts qui est curieusement remis en cause. Le prétexte : “Le conseil de l'université n'avait pas donné son quitus pour cette formation”.

Voilà les paradoxes d'un monde universitaire qui, devant scruter les avancées de toute nature qui pointent à l'horizon, choisit de s'enfermer dans l'immobilisme, le conservatisme et la bureaucratie. Un monde universitaire qui tremblote à l'idée que l'enseignement supérieur privé viendrait le bousculer là où il a régné en maître incontesté. Un monde universitaire qui a peur de se remettre en cause par des apports extérieurs et nouveaux.

Si des licences professionnelles sont fermées aux Bts, repousserait-il le Lmd dont le principe de base repose sur le professionnalisme ? Un bachelier à 17 ans, Bts à 19 ans, s'il a les moyens et les capacités intellectuelles d'aller au delà dans ses études, Soa le jetterait dans le monde du travail ? Parmi les premiers licenciés Bts, certains préparent avec brio le master à l'Esstic, à l'Iric et ailleurs, grâce aux passerelles et à la mobilité universitaires. Il n'est pas exclu que le Minesup dont on connaît la perspicacité et l'esprit d'ouverture, s'oppose à cette exclusion que Soa initie et dont les conséquences seront nombreuses.

Xavier Messè

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