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La chronique de Pem : Nous voici à Bakassi
Parmi les recommandations que les vrais et faux artisans de la rétrocession de la presqu'île de Bakassi à son légitime et historique propriétaire, le Cameroun, ont faites aux Camerounais, l'une des plus souvent réitérées était d'éviter d'adopter quelque attitude ou de poser des actions qui fassent croire au triomphalisme.
Le jour / Lundi 18 Août
Cette précaution était surtout à prendre pendant la période délicate au cours de laquelle le processus de rétrocession n'avait pas encore totalement abouti.
Le souci louable de tous ces « experts » devait être, je crois, d'éviter que, d'un côté, dans le camp camerounais, certains débordements ne donnent lieu à ces euphories provocatrices qui accompagnent parfois les comportements des vainqueurs et que, d'un autre côté, chez les Nigérians, on finisse par éprouver le sentiment peu fier d'avoir essuyé des revers qu'on ne méritait pas. Haut fait diplomatique comme il y en a eu très peu dans toute l'Afrique indépendante, la rétrocession de Bakassi n'est, au contraire, ni une victoire pour les uns, ni une défaite pour les autres. Elle est juste un rappel dynamique et positif d'un des principes majeurs qui ont, depuis toujours, entre différents Etats africains, assis le fondement même de la politique de bon voisinage, à savoir : le respect des frontières telles que les puissances coloniales les avaient laissées.
Depuis le 14 août dernier, nous voici - plus exactement - nous revoici donc à Bakassi. Pas seulement durablement. Mais, pour de bon. Définitivement. A jamais. Tous les Camerounais sont très contents de la manière heureuse dont les événements se sont déroulés et ont abouti. Toutefois, il faudrait s'arrêter de penser que les choses étaient faciles ou qu'elles allaient de soi. Ce n'est pas vrai. Au contraire, je suis même passablement déçu par le fait que la plupart des Camerounais n'ont pas, le 14 août dernier, semblé bien mesurer leur grand bonheur à la réalité intense de tous les obstacles surmontés qui, au départ, ont paru, par moments, infranchissables. A mon goût, le pays tout entier, dans son intérieur, a salué cette rétrocession avec trop de tiédeur. Soucieux à l'excès de ne point verser dans un quelconque triomphalisme, les Camerounais ont tout simplement oublié d'exprimer leur joie. Pourtant, nous n'aurions fait du tort à personne, ni irrité qui que ce soit, si nous avions organisé, pour nous réjouir de cette rétrocession, des bals populaires aux carrefours des villes ou même tiré deux ou trois salves de feux d'artifice. Témoins d'un aussi grand moment historique, nous n'aurions pas dû être crispés au point de sembler bouder notre bonheur et de réduire à néant nos émotions humaines les plus élémentaires. Entre le triomphalisme et une joie naturelle et saine, la différence dépasse largement la simple nuance.
D'un autre côté, je perçois mal la raison pour laquelle les Nigérians qui résidaient jusque-là à Barcelone se feraient tout d'un coup du souci, au point de songer à s'en aller. En quoi la camerounité de Bakassi pourrait-elle leur nuire ? Après tout, les citoyens nigérians qui vivent et prospèrent dans de nombreuses localités camerounaises sont mille fois plus nombreux que les quelques centaines de pêcheurs nigérians installés à Bakassi.
Patrice Etoundi Mballa
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