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E. Pondi : «L’Opération Epervier est en train de redorer l’image internationale de notre pays »
Le spécialiste des relations internationales et secrétaire général de l’Université de Yaoundé I analyse également le discours de Sarkozy un an après.
Le jour / Mardi 19 Août
Un an après le discours de Sarkozy de Dakar, qu’est-ce qu’on peut retenir ? Merci, je dirais que douze mois après l’allocution du président Nicolas Sarkozy, je crois que c’était à l’Université Cheik Anta Diop, un lieu qui constitue tout un symbole d’ailleurs.
Ce discours a eu comme mérite de rappeler aux Africains la perception de certains Occidentaux encore de l’Afrique. Et peut-être de certains clichés qui sont nourris à l’égard de l’Afrique même en plein XXIeme siècle. Pour ma part ce discours révèle plutôt d’une approche anthropologique que d’analyse de sciences sociales. Il confine l’Afrique dans des clichés. Ceci ne veut pas dire qu’il n’y a pas de vérités dans ce qui est dit par M. Sarkozy mais c’est en terme d’approche globale de ce qu’est l’Afrique. Donc, le discours a eu comme impact de réveiller en nous une certaine fibre de dignité et de fierté qui nous a semblé être écorné par M. Sarkozy, et cela est bien. Dans un autre sens, il faut reconnaître que si de pareils clichés subsistent, c’est parce qu’il y a encore une certaine façon de se comporter des Africains, une certaine nonchalance même par rapport au monde d’aujourd’hui et une certaine difficulté à s’arrimer à la réalité du XXIeme siècle. Je pense que plutôt que de traiter M. Sarkozy de tous les noms comme on a souvent entendu, il serait bon de reconnaître que nous pouvons nous servir de cet électrochoc pour nous examiner avec froideur, profondeur et aussi avec lucidité.
Le sens de son discours n’est donc pas nécessairement tronqué.
Non, je l’ai dit. Son approche n’est pas une approche de sciences sociales en tant que telle ou bien de sciences politique. Il a fait une analyse anthropologique de l’Afrique et cela vous confine à des auteurs du XVIII et XIX eme siècle. Ce qui n’est pas nécessairement très moderne non plus. Mais, dans ce qu’il dit, tout n’est pas à rejeté. I l y a des vérités. On a l’impression que tout le monde s’inquiète de l’Afrique, sauf les Africains eux_mêmes. Très souvent, quand les Africains partent du continent, c’est parce qu’il y a un certain mal vivre en Afrique. Ce sont des vérités, je crois qu’il est bon de les reconnaître tout en disant que le discours de M. Sarkozy comporte un certain nombre de tares. Je le répète : il ne décrit pas l’Afrique dans sa vérité d’aujourd’hui mais dans l’image qu’a l’Afrique des Occidentaux.
Personne dans la salle n’a osé répondre ce jour, qu’est-ce qui peut justifier cela ?
Je mettrais cela sous le sceau de l’hospitalité africaine. Il n’est pas de bon ton en Afrique de contrarier son invité mais cela ne veut pas dire que ce qu’il a dit a été apprécié de tous. Mais, je crois que la bienséance de la culture africaine veut qu’on n’embarrasse pas son invité.
Dans « La lettre au benjamin » in L’Afrique répond à Sarkozy, Patrice Nganang évoque le dynamisme de la culture africaine, l’inventivité du paysan africain injurié par Sarkozy.
De telles allégations ne sont-elles pas victimes d’un afrocentrisme égyptologiste ?
Quand on se rend dans les campagnes africaines, comme quelques fois il est donné aux uns et aux autres de le faire, on voit que le mode de travail est encore à la houe et à la machette. C’est une réalité. Et ceci, je l’ai constaté dans les pays comme l’Ethiopie, le Soudan et même en Egypte ou c’est encore avec les bœufs qu’on fait les champs. Je ne crois pas que ce soit une insulte en tant que tel de le reconnaître. Il me semble important de regarder la réalité en face pour la corriger. Mais ne refusons ou rejetons de reconnaître que dans la plupart des Etats Africains, exception faite d’un Etat comme l’Afrique du Sud, ou la partie nord du continent, la plupart des pays d’Afrique ont encore une agriculture, je dirais quasiment archaïque. Il ne s’agit pas d’une agriculture mécanisée. Je pense qu’il ne sert à rien de jeter l’opprobre sur celui qui dénonce ou qui décrit tout simplement cela. Par contre, il me semble que l’Afrique d’après beaucoup d’études est le continent où les conditions sont réunies, à la fois les conditions climatiques,à la fois les conditions de sol où il y a beaucoup de sols volcaniques par conséquent très fertiles, il y a des chaînes de montagnes, une pluviométrie assez bonne dans la partie équatoriale. Il est par conséquent étonnant qu’un pareil continent soit confronté à des problèmes de famine, à des problèmes de pénurie d’aliments. Cela veut donc dire qu’il y a quelque chose au niveau du continent qui n’est pas fait, il n’y a pas une stratégie continentale pour s’en sortir. Je crois que c’est plutôt à ce niveau que nous sommes interpellés. Nous devrions sortir une stratégie commune pour la mettre en œuvre.
On a assisté aux émeutes de la faim dans la plupart des pays africains. Comment résorber le problème ?
Je viens de parler de cela de façon générale, les émeutes de la faim étant tout simplement la réaction d’une carence en terme d’aliments. C’est un peu une lapalissade mais autant on peut comprendre que dans certains pays sahéliens la pluie ait fait défaut, autant dans d’autres où il y a eu suffisamment de pluviométrie et où il y a des sols volcaniques donc par conséquent extrêmement fertiles, on comprend difficilement que dans ces pays aient aussi affaire aux émeutes de la faim.
A votre avis, l’africain est-il vraiment entré dans l’histoire ?
En réalité, tout dépend de la définition de l’africain qu’on fait et de l’africain qu’on a dans la tête lorsqu’on prononce de pareilles phrases. Parce si on regarde bien, l’Afrique est très diversifiée, elle est plurielle, elle n’est pas homogène. Il y a l’Afrique du Nord qui est plus proche de la civilisation occidentale en terme de fonctionnement économique aujourd’hui notamment le Maroc, la Tunisie, et un peu la Libye et vous avez l’Afrique australe qui est sur le plan du développement occidental assez avancé. Vous avez donc l’Afrique intertropicale qui connaît des problèmes, cela est un vrai. Maintenant, je pense qu’il ne faut pas de manière générale avoir un jugement sans nuance. Il faut sérier ces appréciations. C’est pour cela que j’hésite à répondre parce que j’estime qu’il n’ y a pas une réponse une et homogène pour des phénomènes qui sont en réalité hétérogènes.
M.Sarkozy déclarait pour reprendre ses termes que « la colonisation n’est pas responsable des génocides, des dictatures, du fanatisme, de la corruption, de la prévarication, du gaspillage et de la pollution ».
Cela peut être compréhensible que le président d’un grand pays ami veuille se disculper du legs colonial mais malheureusement, les faits sont têtus parce que la colonisation elle-même est un système qui était assis sur un certain nombre de pratiques. Et quand on regarde le fonctionnement de l’administration coloniale, on se rend bien compte que l’administrateur colonial était au service d’une mission, d’une idéologie et d’une pratique qui était le déni de la grandeur du peuple colonisé. Puisque sa mission consistait à « civiliser » le peuple dans lequel il se trouvait. A partir de ce moment là, on ne rend pas compte au peuple dans lequel on vit, on rend compte à ses supérieurs hiérarchiques et l’administration a transmis cela aux structures qui l’ont suivie et qui ont été mises en place dans l’ère post-coloniale. La deuxième chose c’est que pour régner, il a fallu diviser. On a donc crée de toutes pièces des tribus « supérieures » et des tribus « inférieures ». Le cas le plus flagrant étant naturellement celui du Rwanda. Les Hutu et les Tutsi, cela ne veut rien dire sur le plan des races humaines. Pourquoi est-ce que les Hutu sont trapus ? Parce que ce sont des personnes qui travaillent la terre et donc qui ont des formes physiques à leur occupation. Ils ont donc une apparence physique caractéristique et particulière. Vous prenez des Tutsi qui ne sont trapus parce qu’il s’agit d’un peuple de pasteurs, de bergers. Que dit le colon occidental ? L’un est plus proche de lui, donc il est évolué ; l’autre qui est plus proche de la caricature africaine est le serviteur. Je crois qu’on peut dire que c’est une invention qui a eu des effets catastrophiques, on a vu.
Quel regard faites vous de l’Opération Epervier au Cameroun ?
Je voudrais dire qu’il n’est pas de bon ton d’affirmer que tout ce qui nous arrive est la conséquence de la colonisation. Cela n’est pas vrai et je pense qu’il est temps pour nous, comme personne mûre, de prendre nos responsabilités et c’est justement pour cela que j’ai dit tout à l’heure que malgré l’ère coloniale, il est important aujourd’hui de dire que nous devons assumer nos actes et non pas chercher toujours des boucs émissaires. Ayant dit cela, l’Opération Epervier est une opération qui est en train d’assainir à mon avis les mœurs au Cameroun mais aussi plus important peut être, en train de redorer quelque part, l’image internationale de notre pays. Parce que pour que des investisseurs puissent apporter leur capital dans un pays, il faut qu’il soit sûr qu’un certain nombre de pratiques n’existent plus. Il n’y a aucun pays où il n’y ait pas de corruption, totalement. Mais c’est une question de degré et de volonté politique. Donc je crois que la volonté politique au Cameroun aujourd’hui, elle est évidente et je crois que les dividendes internationaux de cette volonté politique vont se voir bientôt. Je crois aussi que cela va peut-être choquer certaines personnes mais les citoyens camerounais ordinaires sont en partie responsable de la dissémination de la corruption au Cameroun. Ce qui a précipité la corruption chez nous, c’est peut-être la baisse drastique des salaires qui a fait que les gens se sont autorisés n’importe quoi en se justifiant la nécessité de joindre les deux bouts. Et je pense que nous avons certainement que nous avons dépassé les bornes et aujourd’hui, il s’agit de redresser la barre et c’est ce qui est en train d’être fait. Cela se fait avec beaucoup de douleurs mais je crois que quelque part, il faudra qu’on traverse ce cap là.
Jean-Philippe Nguemeta
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Concernant l'opération épervier, le prof que je respecte beaucoup a utilisé la langue de bois comme tout bon fonctionnaire au Cameroun car je crois que l'opération épervier concerne ceux qui ont volé des milliards dans nos caisses pas les policiers ou les infirmiers qui extorquent mille ou cinq cent francs aux citoyens .