Lundi 01 Décembre 2008

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La chronique de Pem : Tous contents d’elle

Françoise Mbango est une authentique héroïne nationale.

Le Jour / Mardi 26 Août

Pour ma part, je préfère mille fois son héroïsme à celui d’un certain Mc Cain. En effet, le candidat républicain à la présidentielle américaine de novembre prochain se prévaut de son héroïsme uniquement parce qu’il pilotait un avion de chasse, qu’il a été abattu, qu’il a été fait prisonnier et qu’il s’en est finalement sorti, avec quelques fractures et quelques mauvais traitements que lui avaient infligés ses geôliers vietnamiens.

En temps de guerre, ce sont des choses qui arrivent fréquemment ; à la limite, ça paraît presque banal. Mais, quand on voudrait devenir président des Etats-Unis d’Amérique, on fait feu de tout bois ; on ne néglige rien ; on s’imagine qu’il faut un peu de tout pour fabriquer des héros.

Françoise Mbango, elle, est une héroïne qui n’emprunte rien aux guerres, rien aux tortures, rien aux haines qui déchirent les humains. Plutôt, elle tient sa gloire d’un grand idéal, tel que les Grecs de l’Antiquité l’ont conçu et tel qu’ils auraient voulu le léguer aux générations de tous les temps à venir. Le Sport. Oui le Sport. Ce quelque chose de divin et de grandiose qui incarne, à lui tout seul, la plupart des vertus qui, si pratiquées, assureraient le bonheur définitif du genre humain. Citons en, au hasard, quelques- unes : l’acceptation de l’autre, dans toute sa différence, la fraternité universelle, le sens du partage, la tolérance, la reconnaissance du mérite, le fair-play, la franchise et la culture de la paix entre les différents peuples de la terre. J’en oubliais le culte de l’excellence et la volonté permanente de vaincre, sans rechercher le triomphalisme, sans chercher à humilier le vaincu…

Françoise Mbango est une authentique héroïne nationale. Ce n’est pas moi qui le proclame ; ce n’est pas un titre honorifique que je lui décerne. C’est désormais un statut normal qui lui va comme un gant à une main. Alain Bernard, l’impressionnant nageur français, médaillé d’or aux 100métres, nage libre, aux Jeux de Pékin, n’a eu droit, l’autre jour, en arrivant chez lui, qu’à de maigres acclamations d’une centaine de badauds. Quelle différence avec la fête exubérante que des foules innombrables ont réservée à Françoise Mbango ! Des groupes de danses hystériques hurlaient son nom et improvisaient des chansons pour célébrer ses exploits olympiques. Des dizaines de milliers de mains cherchaient à la toucher. Il a fallu parfois l’intervention zélée des policiers pour libérer le passage.

Tout le monde était content de cette petite femme au visage imperturbable d’enfant ; elle n’impressionne guère ; son gabarit est presque à l’opposé de ses exploits retentissants sur les sautoirs d’Athènes et de Pékin. Elle bavarde peu ; mais, son regard pétille de malice et communique avec ces foules, heureuses de découvrir qu’il peut exister, en sport, chez nous, d’autres stars, d’autres vedettes, d’autres héros, en dehors des terrains de football.

Tout le monde était content de Françoise, à commencer par les princes qui gouvernent le mouvement sportif camerounais. Ils se pressaient tous autour de celle grâce à qui la participation camerounaise aux Jeux de Pékin a été remarquée. Ils souriaient très large. Que vouliez vous qu’ils fissent d’autre, les pauvres ? Avec Françoise, il vaudrait mieux faire contre mauvaise conscience bon sourire.

Patrice Etoundi Mballa

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