Lundi 01 Décembre 2008

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Turbulences : Veillée d’armes au Gicam

La plus grande organisation patronale retient son souffle à la veille d'une assemblée générale qui tentera de recoller les morceaux au sein d'une structure dont le départ annoncé du président, André Siaka, a dévoilé les lignes de fracture.

Mutations / Jeudi 4 Septembre

Un sondage rendu public hier à Douala par un cabinet dont il faudra peut-être apprendre à retenir le nom (cabinet RS Studies & Surveys de notre ancien collègue Rodrigue Soffo) indique que si l'élection du nouveau président du Gicam a lieu au cours de la réunion statutaire du bureau demain, Paul Fokam Kammogne, Président directeur général de Afriland First Bank, serait élu haut la main et deviendrait l'homme qui conduira le patronat aux élections prévues en décembre prochain, au terme du mandat effectif de André Siaka. Qu'importe si le sondage, qui fait suite à un premier sondage de perception par rapport au profil du futur président du Gicam, prend des distances avec les statuts et le règlement intérieur de cette organisation en retenant 13 candidats (dont cinq ne sont pas membres de ce bureau de 24).

Ce qui est clair, c'est que ce sondage publié opportunément à la veille d'une concertation stratégique, va davantage aiguiser les appétits autour de ce poste devenu vacant depuis l'annonce inattendue, le 06 juin dernier, de son illustre occupant, André Siaka, de souffler et de ne plus se présenter pour un nouveau mandat en décembre prochain. " Mon vœu est que, poursuivait-il face à la presse, dans un mois, mes pairs désignent celui d'entre eux qu'ils estimeront à même de présider aux destinées de notre dynamique regroupement. Connaissant tant les compétences managériales que l'engagement de chacun et me fondant sur la bonne ambiance qui prévaut au sein du bureau, je suis persuadé que la célérité de cette mutation n'aura d'égale que la détermination de l'élu à conduire le Gicam vers de nouveaux horizons ". Le problème, c'est que l'optimisme affiché par le président du Gicam n'a pas été confirmé au cours de la réunion statutaire du bureau tenue le 04 juillet, à laquelle il faisait allusion, à la fois du fait de divergences d'interprétation des textes au sein de cette instance et de manque de consensus sur une personne censée achever le mandat du président jusqu'à l'organisation de nouvelles élections en décembre prochain.

Divergences
Que s'est-il véritablement passé au cours de ce conclave que l'on a qualifié de houleux ? Si le communiqué final ne l'a pas mentionné, des divergences seraient en effet née de l'interprétation des textes fondateurs du Gicam, et notamment du règlement intérieur revu et adopté au cours des assemblées générales successives du 12 décembre 2002 et du 14 mai 2004 et qui, selon certains, a réglé définitivement les situations d'empêchement ou de vacance du pouvoir. Selon l'article 10 de ce règlement intérieur en effet, " le président peut officiellement déléguer d'une façon permanente ou temporaire tout ou partie de ses pouvoirs, dans l'ordre, au premier vice président ou au deuxième vice président, ou à l'un des quatre autres vice présidents. Dans le cas où le président ne pourrait exercer ses pouvoirs, les fonctions afférentes à la présidence sont assurées par l'un des premiers vice-présidents dans l'ordre de préséance et ce, pour la seule période d'empêchement ".

C'est ce que quelques-uns des membres auraient rappelé au cours du conclave, indiquant que, selon eux, les mécanismes de gestion de la vacance de pouvoir étaient clairs et que, devant le désir du président André Siaka ne pas achever son mandat, il revenait au 1er vice président, en l'occurrence René Mbayen, d'achever le mandat de ce dernier et d'organiser en décembre prochain, une assemblée générale élective du nouveau bureau où rien ne l'interdit d'être candidat. L'enjeu de cette espèce d'élection partielle résiderait donc dans ce que celui qui serait désigné demain, vendredi, se verrait ouvrir une voie royale pour organiser et gagner les futures élections qui marqueraient le début de son véritable mandat.

Martin Abega, le secrétaire exécutif du Gicam, que nous avons rencontré mardi à Yaoundé et qui se présente comme n'ayant " pas de camp parce que prêt à travailler en toute loyauté avec celui qui sera élu ", estime, cependant qu'il s'agit d'une mauvaise interprétation des textes, dès lors que le président Siaka n'a pas formellement indiqué qu'il démissionnait. " Il faut avoir un peu de mémoire et se rappeler que le président Siaka voulait déjà partir en décembre 2005. C'est devant l'insistance de ses pairs qu'il a accepté de rester en posant deux conditions ; qu'il soit bien entendu que c'était son tout dernier mandat et qu'il maintienne autour de lui la même équipe. Ce qui a été accepté. En fait, M Siaka a indiqué qu'il voulait souffler et espérait que le consensus allait prévaloir dans une démarche où les membres du bureau s'entendraient rapidement sur un nom. "

Selon lui, le problème est né du fait que certains souhaitaient probablement être candidats, mais ne l'ont pas dit officiellement et ont contribué à créer un blocage juridique là où il n'existe pas, les textes du Gicam présentant selon lui, un vide juridique sur cet aspect précis. Or, ajoute-t-il, "notre Groupement, qui souhaite améliorer l'environnement des affaires et développer les intérêts des entreprises ne peut pas se permettre de fonctionner comme un parti politique. Et encore… Et de toutes façons, les actions du Gicam profitent à tout le monde, y compris en dehors du Gicam, dans le secteur informel comme au sein des populations."

Candidats ?
Comment sortir de cette impasse et que va-t-il se passer demain ? Difficile à savoir, peu d'informations officielles ayant circulé entre temps. Des candidatures se sont-elles déclarées ? Pas à notre connaissance. Les différentes parties se sont-elles rapprocher dans l'interprétation des textes ou alors, court-on vers un clash ? Olivier Behle, le patron du Cabinet Behle & Associé, membre du bureau du Gicam et président de la Commission juridique et fiscale, est-il candidat et est-il soutenu par le président sortant, au moins pour cette période transitoire ? André Fotso, Pca de Ecobank Cameroun, Dg Fme Gaz et 3T, lui aussi membre du bureau du Gicam, serait-il pressenti pour se présenter à la tête du bureau en décembre prochain ? Protais Ayangma, actuel vice président du Gicam (pas parmi les deux premiers vice-présidents mais parmi les quatre autres vice-présidents), souhaite-t-il être candidat à la succession d'André Siaka ? Personne ne souhaite véritablement se prononcer sur ces questions pour lesquelles les couloirs des entreprises bruissent de toutes sortes de rumeurs, les unes les plus affolantes que les autres.

Le président sortant, André Siaka, que nous avons rencontré hier à son bureau de directeur général de la Sabc, n'a pas souhaité s'exprimer sur la question, indiquant simplement qu'il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour trouver une issue heureuse à cette question dès demain, vendredi, pour permettre au Gicam de rester uni et fort dans l'accomplissement de ses missions.

Martin Abega est dans la même veine, qui " souhaite sincèrement qu'un nouveau président soit trouvé vendredi et que, d'ici là, les candidats se soient manifestés ". Cela est-il possible ou alors va-t-on assister à une hypothèse qui est véhiculée depuis quelques temps par les médias, celle qui donnerait la possibilité à André Siaka, malgré sa volonté de souffler, d'achever son mandat jusqu'en décembre prochain, et de permettre ainsi soit aux candidatures de se déclarer et de s'affiner pour l'élection du nouveau bureau, soit au consensus de se préparer dans la sérénité. En attendant, on continuera encore de parler de ce sondage qui place en tête des intentions de vote Paul Fokam Kamogne, suivi de André Fotso, Protais Ayangma et Olivier Behle. En espérant qu'il n'y aura pas à Douala, une nuit des longs couteaux.

Alain B. Batongué et Lazare Kolyang

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