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La chronique de Pem : Grande leçon
Comme chaque année, depuis sept ans déjà, cette année encore, le 11 septembre a enveloppé la mémoire des gens dans ses souvenirs d’atrocités et d’horreurs. Non : on ne « célèbre » pas des tragédies. Plutôt, on s’en souvient avec la même conscience meurtrie ; on s’y penche avec les mêmes larmes brûlantes ; on essaie, vainement, de comprendre et de pardonner, sans jamais parvenir à oublier.
Le jour / Vendredi 19 septembre
Aux Etats-Unis d’Amérique, les cérémonies marquant la commémoration de ces événements apocalyptiques ont fait, cette année encore, vibrer les émotions les plus intenses. D’ailleurs, au fil des ans, le 11 septembre tend à devenir, pour les Américains, un point de convergence et de ralliement à ne pas manquer. C’est, désormais, pourrait-on dire, l’ « American Day Number One », bien plus rassembleur que le 4 juillet. La preuve : le 11 septembre dernier, Barack Obama et Mc Cain qui ne se voyaient plus en images depuis de longs mois, se sont présentés, ensemble, presque en se tenant par la main, à « Ground Zero », cette place où se dressaient jadis les fameuses « Tours Jumelles » ; ensemble, ils y ont déposé des gerbes de fleurs ; les deux candidats à la prochaine présidentielle américaine ont, l’un et l’autre, spontanément, accepté d’enterrer, à cette occasion, leur hache de guerre électorale et renoncé à se porter des coups. Aujourd’hui, le 11 septembre revêt une telle dimension nationalisée qu’il opère de véritables miracles de réconciliation.
Il ne faudrait pas tant s’en étonner. Plutôt, il serait opportun de mesurer l’impact profond que le 11 septembre a laissé dans l’âme des gens au fait que, ni une seule guerre venant de dehors, ni des dégâts frappant des symboles aussi prestigieux n’avaient encore, jusque-là, « souillé » la terre bénie de l’Oncle Sam. Deux guerres mondiales, le Vietnam, la Corée, le Panama, Koweït, Irak…autant de champs de bataille où les GI’S en ont décousu ; ils se situent tous hors du territoire national américain. Ainsi, le civil américain n’a connu de guerres, sur le sol de son pays, que les guerres d’indépendance contre les Anglais, la guerre contre le Mexique qui a abouti à l’annexion de certains Etats du Sud, comme le Texas ou la Californie, et la guerre de Sécession entre le Nord et le Sus. En fait, les guerres d’une époque, quand l’Amérique se bâtissait et se cherchait encore, quand l’Amérique n’était encore ni puissante, ni orgueilleuse.
Le 11 septembre, c’est bien autre chose. Son contexte porte un message messianique. Les « Twin Towers » pulvérisées et le Pentagone bombardé ont retiré, autant aux Etats-Unis d’Amérique qu’à tous les autres Etats-Unis d’Amérique qu’à tous les autres Etats du monde, le privilège illusoire d’immunité dont ils croyaient bénéficier. En quelque sorte, le 11 septembre est venu rappeler que, face aux nouveaux combats et aux nouvelles guerres que représente le terrorisme international, avec ses mille ramifications et ses savants raffinements, tous les pays de la terre sont désormais vulnérables et qu’ils peuvent, à tout moment, être attaqués et même vaincus. Toutefois, le 11 septembre ne doit, ni pour les Etats-Unis d’Amérique, ni pour les autres puissances, servir de prétexte pour déclencher aux quatre coins de la planète des guerres dites de prévention. Prononçant, en 1669, l’une de ses plus brillantes « Oraisons Funèbres », Bossuet a conféré à la mort de Henriette- Marie de France, Reine d’Angleterre, le sens sublime de « grande et terrible leçon », comme seul Dieu sait donner aux puissants de ce monde...Le 11 septembre 2001 restera, lui aussi, pour tous les peuples de la terre, une « grande et terrible leçon ».
Patrice Etoundi Mballa
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