Mercredi 19 Novembre 2008

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Image : Pourquoi la France est-elle si mal vue au Cameroun ?

Une enquête menée à Yaoundé Douala, Garoua et Bamenda auprès de décideurs camerounais, de membres de la société civile et de Français du Cameroun relève le fossé qu'il y a entre les réalisations de la France dans notre pays et la perception qui en est faite, au moment où la Chine et le Japon font une entrée fracassante…

Mutations / Mercredi 24 septembre

Dans son récent rapport adressé au Président de la République (française) sur la France et la mondialisation, Hubert Védrine écrit : " Notre capacité d'écoute est insuffisante. Il sera de plus en plus difficile de décider entre nous seuls si nous devons conserver une politique arabe, une politique africaine, et laquelle, sans en parler avec les intéressés, et sans les écouter longuement " . Difficile de ne pas faire le rapprochement avec ce rapport commandé par l'ambassade de France au Cameroun à la Fondation Paul Ango Ela qui, après plus de quatre mois d'enquêtes diverses sur le terrain, a officiellement remis fin juin dernier la mouture finale à son commanditaire à travers le titre : " Perceptions et représentations par les acteurs et les décideurs de la coopération française au Cameroun ". Parce que, comme ils le reconnaissent d'emblée, cette enquête ou étude " puise son intérêt dans des enjeux politiques, sociaux et économiques et, surtout, dans une matrice riche à foison d'enjeux symboliques importants. Après une longue liaison historique, il s'agit peut-être de trouver les moyens réciproques de "tendre l'oreille".

Les thèmes abordés dans l'appréciation de la relation ont été variés et portaient aussi bien sur l'économie, la santé, l'éducation, l'appui à la gouvernance, les Travaux publics, la culture, le C2d-Apd, que la pure relation politique. Le document de 72 pages qui en ressort renseigne un véritable désastre en matière de perception, de représentation et d'image des actions de la France au Cameroun même si, paradoxalement, les personnes interrogées ne nient pas une présence utile et de plus en plus remarquée.

Illustration avec ces propos repris de quelques cadres et responsables camerounais au sujet de la relation économique entre les deux pays : " Economie et C2d, à mon sens, c'est la même chose. De manière générale, l'image n'est pas bonne. Ce que je perçois c'est le gouvernement français qui fait semblant d'aider le Cameroun pour un nouveau décollage économique à travers le financement de certains projets. Mais il s'organise pour ne pas laisser grand-chose au Cameroun. La plupart des projets sont menés par des entreprises françaises ou assimilées. Selon nos informations, ils sont allés jusqu'à intervenir dans le nouveau code des marchés tel que conçu par l'Armp [Agence de régulation des marchés publics] alors qu'il fallait favoriser les entreprises locales. "

Ou encore : " L'économie, dans une large mesure, elle se limite à l'Apd et au C2d. Et ce n'est pas trop porteur car le Fmi relativise la marge de manœuvre des deux. L'implication du Fmi et de la Bird relativise cette initiative française. Les acteurs privés investissent là où ils trouvent leurs intérêts, comme Delmas & Vielejeux ou encore Bolloré (...) C'est un capitalisme rentier et non novateur ".

Dernières illustrations, dans ce secteur: " La présence française dans l'économie camerounaise est aujourd'hui moins visible qu'elle ne l'était il y a une décennie. Elle semble supplantée par la présence chinoise et japonaise. " ; " Il n'y a pas de secteur économique identifiable dans lequel la France investit ; elle récolte toujours plus qu'elle n'investit. "

Symboles
Les enquêteurs reconnaissent volontiers que, au regard de divers échanges, " la coopération française manque de visibilité. Peut être qu'ils ne communiquent pas assez. Quand les populations vont voir à Yaoundé les travaux qu'ils mènent vers Olézoa, il faudra que l'on leur dise que c'est le C2D ; l'échangeur au niveau de la préfecture… " Un haut cadre du ministère des Finances n'avoue-t-il pas : " J'ai une vision qui ne reflète pas la moyenne. Peut être parce que je suis imprégné de certains dossiers. Mais, je suis au fait de certains résultats probants et palpables des actions de la coopération française au Cameroun, du volet développement récent, parce que je vois cela dans les dossiers. Peut être que les populations ne le voient pas assez. Les "Ecoles japonaises" ont une charge symbolique très forte, parce qu'elles sont à étages; ont le même format ; elles frappent un peu plus les esprits. Elles sont plus robustes. Au plan externe, elles ne pourraient que frapper les esprits un peu plus que les autres. "

Plus loin, comme s'ils s'étaient passé le mot, un autre cadre avouera : " Les Chinois ont l'avantage d'avoir réalisé des choses qui frappent les esprits. On a les nouvelles routes chinoises de Douala, le palais des congrès, le palais des sports, les hôpitaux. On ne peut pas symboliquement associer un hôpital à la coopération française. Alors que l'on peut associer à la coopération chinoise au moins deux hôpitaux, donc à la santé des Camerounais. Et pourtant, la coopération française s'investit aussi dans la santé. Peut être qu'elle fait beaucoup de saupoudrage là où les Chinois concentrent leurs efforts. Peut être qu'elle est dans le médicament, dans les moustiquaires imprégnées. Les Chinois, eux, viendront construire un hôpital ; on voit l'Hôpital gynéco-obstétrique de Yaoundé, on voit leur action à Mbalmayo, on voit le nouvel Hôpital général de Douala. Celui qui prend le taxi dit qu'il va " à l'hôpital des Chinois ".

Pourtant, l'idée du C2D est celle qui récolte le plus de superlatifs et qui entraîne sans doute aussi les critiques les plus vives, relatives à l'éthique. Dans son idée, elle a été jugée " géniale " par un ambassadeur européen, " une idée de génie " a affirmé une autorité gouvernementale. Pour la majorité des interlocuteurs camerounais, il s'agit d'opérer un choix entre deux options. La première option renseigne en profondeur sur la perception du principe même de l'implication française. Il s'agit de dire " sortons de l'hypocrisie et dites clairement que c'est l'argent de la France qui va aux entreprises françaises ". En effet, il est évident que pour les acteurs camerounais, le principe du C2D qui donne formellement des ressources pour le Cameroun, est vécu finalement comme " l'argent de la France ".

C'est une logique qui relève autant de l'actualité que de l'histoire, dans la mesure où l'action de la France rencontre ou se heurte à une attention camerounaise particulièrement affûtée et, souvent, sévère. Dans ce contexte, un évènement est revenu dans plusieurs des entretiens que nous avons pratiqués à Yaoundé. Il s'agirait de l'implication de la France dans l'attribution d'un marché à " Bolloré " au Port Autonome de Douala, en contradiction des règles d'équité selon la totalité des acteurs gouvernementaux et de quelques-uns de la "société civile". La désapprobation unanime s'est exprimée de manière diverse.

Frustrations
D'autres secteurs attisent également les frustrations des Camerounais. C'est le cas avec l'éducation, perçue entre essoufflement et tracasseries : " Je connais des enseignants qui ont voulu aller finaliser une étude pour deux semaines, ils n'ont pas pu obtenir le visa. Or, ils se proposaient d'aller travailler au sein d'une université française. Et pourtant, tous y ont vécu et donc s'ils avaient voulu y rester, ils l'auraient fait ", relève un universitairede 42 ans ayant fait l'essentiel de ses études en France.

D'un autre côté, le programme "Campus France" par lequel les étudiants, candidats au départ en France, sont sélectionnés est sujet à controverse. Le " filtre " que constitue l'entretien au "service culturel" donne lieu à des frustrations multiples, y compris pour des étudiants qui ont reçu un avis favorable et un visa.

En effet, la diversité scientifique des dossiers, la pluralité des interlocuteurs, la variété des filières et des universités d'accueil demanderaient un service culturel aux compétences infinies pour justifier, selon ces témoignages, de l'acuité de ces entretiens.

La seconde série de récriminations recouvre la question de l'immigration, sans doute celle dont les modalités heurtent le plus les Camerounais, toutes sphères confondues, y compris ceux qui ne rencontrent pas de difficulté ou ne souffrent de la fameuse question des visas. Cette question fait aussi l'unanimité contre elle chez les Français qui sont encore plus sévères que les Camerounais puisqu'ils ne remettent pas seulement en cause l'opacité des pratiques consulaires mais la politique d'immigration elle-même. Sans doute faut-il rappeler que les blessures dont il s'agit ici chez les Camerounais relèvent de domaines qui questionnent leur dignité, leur identité, leur nationalité.

Autre secteur fortement critiqué : l'appui à la gouvernance. La majorité des interlocuteurs ont l'impression que la France n'est pas en première ligne dans ce domaine et les Camerounais résument leurs pensées par " dans ce domaine on n'a pas de leçons à recevoir de la France ". L'autre volet qui ressort est une lassitude et une contrariété des Camerounais vis-à-vis des Français qui seraient " donneurs de leçons ".

Pour une partie des acteurs Camerounais, la France ne peut pas aider à lutter contre la corruption au Cameroun, car ses ressortissants en bénéficient largement, étant eux-mêmes enclins à des modes de fonctionnement peu conventionnels. Ils illustrent leurs propos par l'exemple des privatisations dont ils jugent les procédures suspectes: l'Office Camerounais du Bois et la société Camrail. De ce point de vue, la France serait en situation de conflits d'intérêts au Cameroun sous plusieurs aspects. Elle n'aiderait pas au rapatriement des fonds volés et déposés dans des comptes bancaires en France. En tout état de cause, le " jeu " de la France sur le terrain de la lutte contre la corruption est sujet à caution. Cet aspect est l'objet d'illustrations substantielles dans la partie relative au C2D.

Synthèse et analyse de Alain B. Batongué

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Réaction de koutang simplice
Le 2008-09-26 18:28:56

bonjours a tous. je réagit a cet article car cette situation m'exaspère. je suis franchement désolé de voir que les relation entre la France et le Cameroun qui a toujours été très bon prendre a mauvais sens; cela ne m'étonne gère car le président français est prêt a tout pour faire passer la France en tête de l'union européenne.je pense que le Cameroun doit avoir un avis indifférent face a sa relation avec la France, la chine et le japon si le Camer veux vraiment évoluer et rentrer dans le monde des affaires car prendre partie l'un par rapport a l'autre peut être fatal et peut avoir une certaines conséquence.c'est tout ce que j'ai a dire .merci et vive notre pays.




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