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Lutte contre la corruption
La concomitance des évènements est-elle due au hasard ou à la volonté du gouvernement de brouiller les pistes ?
Mutations / Lundi 29 septembre
On aura en tout cas relevé que la semaine dernière a été marquée par deux faits qui n'ont a priori rien en commun mais que tout rapproche dans la réalité: la publication par Transparency International, Ong internationale basée en Allemagne et spécialisée dans la lutte contre la corruption ; de l'indice de perception 2008, et la tenue, deux jours après, de la 5e session du Prime Minister investment Council, structure visant l'amélioration du climat des affaires au Cameroun.
L'indice 2008 de Tranparency international classe le Cameroun comme 38ème pays le plus corrompu au monde avec une note de 2,3 contre 2,4 en 2007 et surtout 1,4 en 1998 et 1999, deux années où le pays fut honoré d'un doublé historique de pays le plus corrompu du monde. 10 ans après, chacun appréciera l'ampleur de l'amélioration de la situation.
En réaction à ce dernier classement et comme pour indiquer que le gouvernement camerounais poursuit le long chemin vers l'assainissement de cet environnement, le Premier ministre a donné vendredi dernier de nouvelles indications visant la mise sur pied d'un guichet unique de création d'entreprises et la simplification des procédures ainsi que la réduction des opérations.
Mais le dernier classement de Transparency international, en particulier celui de sa branche camerounaise, qui s'intéresse à la corruption par secteur d'activités est encore plus riche d'enseignements puisque la police, la douane et les impôts se partagent le trio de tête depuis plusieurs années. Avec pour conséquence directe la chute du Cameroun dans le dernier "Doing business", l'indice de perception du climat des affaires dans le monde, à la 164ème place sur 181 pays, alors que dans les mêmes rapports en 2007 et 2008, le pays occupait le 154ème rang sur 178 pays classés. Soit une chute de 10 rangs qui s'aggrave du fait que le Cameroun est plus mal classé que le Gabon et la... République centrafricaine, alors qu'il est présenté comme la locomotive économique de la zone Cemac. Et le fait qu'il se retrouve derrière un pays voisin comme la Rca, pourtant en proie à une grosse instabilité politique depuis plusieurs années maintenant, n'a rien de particulièrement glorieux.
Qu'on s'en souvienne : en 1998 et 1999, le Cameroun a été classé pays le plus corrompu du monde avec un indice de perception de 1,4 (plus on se rapproche de zéro, plus on est mal classé). Si la publication du classement de 1998 a été accueilli par le gouvernement camerounais par de nombreuses critiques sur la qualité de cette Ong et le sérieux de ses enquêtes, la publication de celui de l'année d'après a donné l'occasion aux dirigeants de comprendre l'ampleur du mal et d'engager aussitôt une campagne tous azimuts de lutte contre la corruption, qui a abouti à la mise sur pied des cellules de lutte dans tous les ministères, suivie de la création de structures comme l'Agence nationale d'investigations financières (Anif), et la Commission nationale anti-corruption (Conac). Des institutions qui, venant s'ajouter à l'aréopage déjà existant et constitué principalement du Contrôle supérieur de l'Etat, peuvent amener à questionner aujourd'hui l'efficacité de l'action gouvernementale en matière de lutte contre la corruption, qu'on ne saurait réduire à la très médiatique opération Epervier.
Quel sérieux et quelle crédibilité donner, dans ces conditions, aux nouvelles promesses du Premier ministre quand on sait qu'elles ne sont pas les premières du genre et qu'elles ont été rarement appliquées ? Comment ne pas croire à une action d'éclat visant à relativiser les informations données par Transparency international, quand on sait que le diagnostic de la situation de notre environnement économique et des affaires a été fait depuis plusieurs années par le Comité national de compétitivité, assorti de propositions concrètes, et que le Gicam, le principal groupement patronal du Cameroun, a fini par se lasser de ces mesures gouvernementales qu'on annonce et qu'on n'applique jamais ?
Au moment où, de la prestigieuse tribune des Nations unies à New York, le chef de l'Etat Paul Biya prenait l'engagement de "redoubler d'efforts pour mener des actions vigoureuses, concertées et solidaires dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et pour le développement ", il est pourtant crucial de se rendre compte, avant toute chose, que la lutte contre la corruption a échoué et qu'il faut la repenser, si tant est que la volonté politique y est vraiment.
Alain B. Batongué
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