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De Ruben Um Nyobè à Thomas Sankara : Martyrs énigmatiques et sectarisme de la Cour pénale internationale(3)
Les différents rapports des dirigeants de la CIA devant le Congrès des Etats-Unis, ont permis d’établir sans aucune contestation, que les différents gouvernements du pays, se sont livrés à des actions qui rentrent bien dans la classification des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Parce que les systèmes démocratiques de ces pays permettent de découvrir de telles horreurs, le monde devrait s’interroger sur la conduite à tenir pour ne pas laisser impuni, tous ceux qui donnèrent les ordres.
Le Messager / Jeudi 2 octobre
L’évocation de la nécessité de procéder à un inventaire puis au jugement des criminels de guerre, crée à n’en pas douter une psychose qui met à mal la conduite des Etats à l’intérieur comme à l’extérieur, mais c’est devenu une obligation incontournable pour l’assainissement des mœurs de notre humanité. Il faudrait envisager avec urgence, des stratégies nouvelles pour aborder ces questions, de façon à reconnaître à chaque peuple, le droit de procéder à un intime sondage de son passé.
En prenant la liberté de créer sa propre commission d’enquête nationale pour rechercher la responsabilité de la France dans le génocide de 1994, le Rwanda, petit pays certes mais doté d’une grande vision, a jeté les bases d’une nouvelle articulation des rapports des forces dans les relations internationales. Ce qui a si longtemps manqué aux peuples opprimés ou marginalisés, c’est cette capacité à se projeter dans l’arène mondiale pour exprimer de façon indépendante, des positions uniques, originales et souveraines sur les questions les plus délicates. L’on était habitué jusque-là, à subir les enquêtes subjectives, vexatoires et toujours biaisées des maîtres à penser de l’Occident. Le Rwanda administre la preuve, même si c’est de façon trop partisane, d’une possibilité de suffisance théorique et doctrinale.
La question qui devrait animer les débats dorénavant, doit être porteuse de promesse de contestation active et d’attaque contre les forteresses intellectuelles et diplomatiques des criminels d’hier qui semblent oublier ou cacher leurs fautes. Sans une démarche audacieuse pour l’inventaire des crimes et l’exigence de la traduction de leurs auteurs devant les tribunaux nationaux ou internationaux, les peuples opprimés demeureront assujettis à des littératures d’absolution.
Tribunaux nationaux contre tribunaux internationaux
L’étalage argumentaire de nos premières interpellations, prouvent à suffire, que la construction des relations internationales depuis 1945, s’est faite dans un presque mouchoir de poche machiavélique et pour la consécration des normes juridiques entièrement ou partiellement biaisées. Les puissances dominantes avaient certes imaginé par exemple le Tribunal de Nuremberg ou encore la Cour permanente d’Arbitrage et la Cour internationale de justice, mais il est essentiel de rappeler que toutes ces instances n’ont reçu que des compétences relatives. Il demeure non seulement écrit, mais défendu ardument en doctrine, que les Etats restent libres de reconnaître ou de ne pas reconnaître la compétence de ces Tribunaux.
En fait, derrière les expressions de moralisation du monde, se cache en permanence, le défi des puissants et des nantis qui ne reconnaissent de règle que pour autant que leurs intérêts vitaux ne sont pas menacés. La Cour internationale de justice n’est donc ni le prétoire universel attendu, ni le moule judiciaire universel espéré. Les Etats-Unis ont si bien démontré et réaffirmé cette réalité élémentaire, qu’ils ont simplement dénié à la Cour pénale internationale, toute validité dès lors qu’un citoyen américain pouvait être mis en cause.
Il faut maintenant tirer les conséquences de ce qui ressemble à une tromperie permanente, voire un abus de confiance aggravé organisé par des pays qui clament leur très grande avance morale et la supériorité de leur civilisation. Les pays de la périphérie doivent faire preuve d’audace et pousser la logique d’une indépendance d’esprit jusqu’au bout. Cela suppose que le concept de la compétence universelle fasse l’objet d’une large appropriation par ces pays et une intégration conséquente dans leur système judiciaire. Si la Belgique ou la France peut arrêter un dirigeant d’Afrique et le traduire devant les tribunaux français au nom de la compétence universelle, pourquoi le Sénégal ne feraient-ils pas autant pour un dirigeant français ?
Les auteurs des plus grands crimes commis dans les pays de la périphérie sont encore vivants et ils méritent d’être poursuivis devant des tribunaux spéciaux ou ordinaires constitués dans ces pays. La Cour pénale internationale ne lancera jamais des enquêtes et des poursuites contre les assassins de Ruben Um Nyobè et des génocides au Cameroun. C’est au peuple camerounais, agissant dans le cadre d’institutions politiques nationales, indépendantes, et souveraines, qu’il reviendra tôt ou tard de conduire cette action.
L’évolution du monde épouse dorénavant une somme de complexités qui rendent plutôt possibles, la rupture avec des dogmes de faiblesse et de subordination. Si hier les Etats-Unis pouvaient encore aller arrêter un Chef d’Etat au Panama et le traduire devant leurs tribunaux, ils ne peuvent plus le faire avec une égale facilité aujourd’hui, sans redouter des implications insurmontables. Certes, il a été possible d’envahir l’Irak et de renverser son président sous de fallacieux prétextes plus tard dévoyés, mais la jurisprudence qui est construite à travers ce hold-up moderne, est de nature comme nous en la preuve chaque jour depuis cinq ans, de donner plus d’arguments aux ennemis de Washington.
L’autre aspect de la question réside dans la nature des régimes locaux qui ne sont pas assez forts ou nationalistes pour créer des dynamiques internes d’attaque envers les grands pays regorgeant d’auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. L’on n’imagine pas le régime de Paul Biya au Cameroun engageant des poursuites contre les auteurs de l’assassinat de Ruben Um Nyobè, ni même le régime du sanguinaire Comaporé mettant en place une commission d’enquête pour élucider l’assassinat de Thomas Sankara. En l’absence de cadres institutionnels et politiques viables ou appropriés, les peuples représentés par leurs sociétés civiles, devraient constituer les tribunaux pour traquer et juger les criminels des pays Occidentaux. L’avenir des peuples africains passe absolument par ce sursaut de révolte et de contestation qui permettrait de combler momentanément l’inaction ou l’incapacité des régimes corrompus du continent.
Notre propos tends à soutenir que les Burkinabés devraient constituer un tribunal pour juger les auteurs de l’assassinat de Thomas Sankara. Ce tribunal ne devrait pas forcément statuer publiquement ou absolument sur le territoire national. Les Camerounais devraient faire autant pour tous leurs martyrs.
Shanda TONME
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