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Le parti de Nelson Mandela au bord de la scission
Le Monde / 10 octobre
Jusqu'où les partisans du président sud-africain déchu, Thabo Mbeki, sont-ils prêts à aller pour venger leur éviction du pouvoir et de la tête du Congrès national africain (ANC) ? Depuis que les instances dirigeantes du parti, le Comité national exécutif (NEC), ont pris la décision de "rappeler" le président Thabo Mbeki, en septembre, sa garde rapprochée semble se diriger vers la création d'une formation scissionniste de l'ANC, qui fêtera ses cent ans en 2012.
A la tête de cette fronde, Mosiuoa Lekota, ex-ministre de la défense de Thabo Mbeki, annonce à présent que le groupe de ses proches, dont il est difficile de faire le décompte exact, "est en procédure de divorce" avec l'ANC.
Mosiuoa Lekota, surnommé "Terreur" en raison de ses méthodes musclées au temps de ses responsabilités à la tête de l'appareil, prétend "parler au nom d'un nombre considérable de membres de l'ANC (qui) considèrent maintenant sérieusement de quitter" le parti de Nelson Mandela, et affirme qu'une "conférence consultative" se tiendra dans les semaines à venir et pourrait servir de cadre à l'exécution de cette menace.
Si le groupe de Mosiuoa Lekota en venait à une telle extrémité, ce serait naturellement un choc pour le parti emblématique de la lutte contre l'Apartheid, à la tête d'une Afrique du Sud passée de l'infamie de la ségrégation raciale à la "nation arc-en-ciel".
Alors que des élections générales doivent être organisées en avril, la perspective d'une "fuite des cerveaux" au sein de la classe dirigeante de l'ANC est un risque. Et les partis d'opposition, l'Alliance démocratique en tête, ont fait savoir, jeudi 9 octobre, leur intention de collaborer avec les dissidents.
APPEL À LA RÉCONCILIATION
Rien ne prouve que les militants et l'électorat de base de l'ANC - deux tiers des voix des Sud-Africains lors des dernières élections - seront séduits par ce nouveau mouvement. D'autant que celui-ci pourrait avoir davantage l'allure d'une faction ayant quitté le parti pour des raisons personnelles.
Depuis son arrivée au pouvoir en 1994, l'ANC règne en maître sur le paysage politique sud-africain. La place de l'opposition demeure si ténue que de nombreux observateurs considèrent que l'ANC se trouve dans une position confinant au monopartisme. Les fissures qui minaient ce monolithe sont apparues au grand jour lors de la conférence de Polokwane, en décembre 2007. C'est à cette occasion que Thabo Mbeki, qui devait achever son second et dernier mandat au printemps 2009, a été écarté par le groupe de Jacob Zuma.
Les fidèles de Thabo Mbeki avaient aussitôt organisé la résistance face à la vague majoritaire des partisans de Jacob Zuma. Ce dernier, figure de la résistance de l'intérieur, emprisonné longuement pendant l'Apartheid avant de reprendre la lutte dans la clandestinité, réunit autour de lui l'aile gauche de la coalition au pouvoir qui regroupe le Parti communiste sud-africain et la centrale syndicale Cosatu. Dans ce climat, la scission peut-elle encore être évitée ? Matthews Phosa, le trésorier de l'ANC, poste clef au sein du parti, a appelé, mercredi, à la réconciliation, en précisant qu'il devait rencontrer "Terreur" Lekota dès le lendemain. Il a rappelé les règles de fonctionnement de l'ex-parti clandestin. Au sein de l'ANC, selon lui, "on ne règle pas les problèmes par des déclarations provocantes, on les règle en interne".
Mais Jacob Zuma, qui sortait en sa compagnie d'une réunion avec les responsables du Forum des dirigeants noirs (BMF), avait tenu à préciser : "Ceux qui ont des motifs de plainte et d'autres vues doivent garder à l'esprit qu'il y a des limites à l'utilisation des structures de l'ANC pour déstabiliser l'ANC." Menace aussi pesante et aussi peu claire que celle proférée par les "dissidents" du parti.
Jean-Philippe Rémy
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