Mercredi 19 Novembre 2008

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Le contexte : De sang et de cendres

L'élection présidentielle de 1992 a été précédée par un cycle de violences et de revendications.

Le jour / Samedi 11 octobre

Ce n'est pas en 1992, mais plutôt l'année d'après, 1993, qu'aurait dû se tenir la première élection présidentielle après le retour du multipartisme au Cameroun. Elle se tiendra finalement le 11 octobre 1992, dans un contexte particulier, marqué par un ensemble de tensions et à la suite de violences qui ont secoué certaines villes du pays.

Les violences ont commencé dès 1990, avec le lancement, dans le sang, du Social Democratic Front (Sdf) à Bamenda. Par la suite, les revendications de l'opposition (conférence nationale souveraine, départ de Paul Biya), à travers les marches et les "villes mortes", conduiront à d'autres violences.

Le 15 juin 1991, se tient la première réunion de la coordination de l'opposition, qui débouche sur le plan d'action de Yaoundé I. Il y aura ensuite un plan d'action de Douala, tout comme un plan d'action de Yaoundé II. L'exigence de conférence nationale souveraine est maintenue, tout comme les "villes mortes", la désobéissance civile, ou encore le blocus du port de Douala et des aéroports.

Entre août et septembre 1992, alors que les braises sont encore chaudes, Paul Biya entreprend une tournée qui le conduira dans les dix provinces du Cameroun. Les discours prononcés à Bafoussam, "Nous n'avons pas le droit de recréer les angoisses et les horreurs du passé", Douala, "Me voici donc à Douala", ou encore Yaoundé, "Tant que Yaoundé vit, le Cameroun respire", resteront célèbres.

Cette année-là, pourtant, les élections législatives du 1er mars ont donné quelques espoirs à l'opposition qui, à travers l'Undp (68 sièges), l'Upc (18 sièges) et le Mdr (6 sièges), s'est trouvée en position d'obtenir la majorité absolue à l'Assemblée nationale. Le 25 août 1992, un discours du président Paul Biya fait savoir qu'un autre scrutin aura lieu cette même année. "Depuis de longs mois, les préoccupations électorales accaparent la vie nationale. Elles maintiennent, dans le pays, un climat préjudiciable à nos efforts de redressement et de relance économique.

Le Cameroun doit sortir de cette situation d'attente pour consacrer tous ses efforts à la lutte contre la crise économique (…) Vous venez d'élire vos représentants à l'Assemblée nationale dans un contexte pluraliste. Un dernier pas nous restait à franchir ensemble", déclare Paul Biya.

Un autre débat naîtra sur la constitutionalité de cette mesure. "La convocation des élections présidentielles anticipées soulève des controverses juridiques récurrentes entre les constitutionalistes camerounais", écrit Bouopda Pierre Kamé (Cameroun : les crises majeures de la présidence Paul Biya, L'Harmattan, 2007). Mais, rien n'y fera, la première élection présidentielle de la nouvelle ère pluraliste du Cameroun se tiendra bien le 11 octobre 1992.

Jules Romuald Nkonlak

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