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Actualité

Viande de bœuf : Yaoundé sur sa faim

Les prix atteignent 3 000 F dans certains marchés de la capitale. Difficultés d’acheminement, exportations vers les pays voisins sont certaines des causes de cette situation.

Cameroun-Tribune / Jeudi 16 octobre

La déception d’Ousmanou saute à l’œil. Le jeune homme, boucher au marché de Mvog-Mbi à Yaoundé, a sauté de sa natte en toute hâte, et presque interrompu sa prière, pensant que le reporter devant son comptoir était un potentiel client… Il est un peu plus de 15h. L’étal du commerçant est encore plein. Les gigots de viande dessus sont depuis des heures défraîchis. On sent bien que les clients ne se sont pas bousculés depuis le matin. On est tenté de leur accorder des circonstances atténuantes, après un coup d’œil sur la plaque indiquant les prix. 2 700 F le kilogramme sans os, 2 200 celui avec os, et 1 500 F la même mesure d’os nus… Sur la plaque, les traits tous frais ont été inscrits sur les anciens prix. Au moins 2 00 F ont augmenté, par rapport aux toutes dernières semaines. « La semaine dernière, nous avons été amenés à vendre le kilo sans os à 3 000 F. Ce n’est pas de notre faute. D’ailleurs, nous ne pouvons pas venir au marché pour vendre, et en même temps tout faire pour chasser les clients », se défend Ousmanou, revenu de sa désillusion.

A côté du jeune homme, la présence d’un journaliste a le don de délier les langues : « Venez vous placer au carrefour à l’heure où les gros-porteurs sont autorisés à passer. Toute la viande de bœuf est vendue aux pays voisins. Et nous, que croyez-vous qu’on puisse y faire. Nous n’élevons pas des bœufs. Nous en achetons aussi », s’indigne le voisin de notre source, un peu en guise de défense. D’ailleurs, comme l’indique l’immiscé, avant la récession dont les débuts ont été ressentis il y a quelques années déjà, tous les matins, il achetait une moitié de bœuf, qu’il vendait totalement. Actuellement, les jours de chance, c’est à peine qu’il parvient à écouler les deux tiers des 30 kilogrammes qu’il prend par jour. Le garçon échaudé n’est pas le seul à se plaindre. La tentation de se rapprocher des grossistes, apparemment mis en cause par les accusations de spéculation et de vente sans contrôle dans les pays voisins s’avère fructueuse. Tout au moins très riche en enseignements.

Hausse des températures dans les zones d’élevage et difficultés d’acheminement vers les marchés de la partie sud du pays sont les principales raisons évoquées. Par train, il n’y a pas souvent beaucoup de place pour les bœufs, et par route le voyage est long et périlleux. Sur les ventes à l’étranger, Dika nous apprend qu’elles ne sont nullement illégales. Les exportateurs ont des permis en bonne et due forme, délivrés par le ministère de l’Elevage, des Pêches et des Industries animales. De source proche du ministère du Commerce, la rareté actuelle de la viande de bœuf résulte de problèmes en amont de la filière. Production et acheminement sont, selon notre source, la racine du mal. Ces propos confirment ceux des autres acteurs de la filière. En sus, notre source nous apprend que la viande de bœuf n’est pas soumise à l’homologation préalable, qui aurait pu permettre au ministère du Commerce d’en contrôler les prix. La seule loi qui s’en charge en l’état actuel des choses est celle du marché. Cependant, des tentatives de signature d’une convention entre l’institution et les bouchers a achoppé sur le fait que les bouchers eux-mêmes ne maîtrisent pas la tête de la filière, encore moins la disponibilité de cette denrée.

Serges Olivier OKOLE

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