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Actualité

La chronique de Pem : Miriam, cette héroïne…

J’aurais voulu me trouver, ces jours-ci, à Johannesburg ou à Capetown, pour observer la manière dont l’Afrique du Sud- celle des Noirs, celle Blancs et celle des Indous- porte le deuil de Miriam Makeba.

Le jour / jeudi 13 novembre

Juste pour observer. Je n’allais rien changer à cette immense tragédie qui endeuille l’Afrique entière et même le monde. Du reste, les réactions diverses des Sud-Africains n’allaient m’apporter ni consolation, ni quelque espoir plus sûr en ce monde de justice et de solidarité pour l’avènement duquel Mama Africa s’est tant battue, jusqu’à son dernier souffle. J’aurais vraiment voulu me trouver ces jours-ci en Afrique du Sud, pour voir à quoi ressemble à présent ce pays que des monstres racistes ont, pendant des siècles, barbouillé du sang des Noirs, mais auquel la voix d’une grande dame, s’élevant plus fort que les sales affreux des suppliciés, a fini par prêter une âme humaine et une magnifique raison de vivre, en continuant de lutter…

Myriam Makeba n’est plus. La grande dame s’en est allée rejoindre les immortels. Un heureux hasard a voulu que la scène, où elle était dans son jardin, lui servant de linceul et recueille les accents ultimes de sa voix inimitable. Elle est morte pratiquement en direct, en train de chanter pour une juste cause. Elle ne chantait d’ailleurs pas ; plutôt, comme elle l’avait fait toute sa vie durant, elle suppliait les dieux de permettre que, pour le bonheur de tous les hommes, le royaume de justice, de liberté et de solidarité descende enfin sur terre.

Un autre hasard, tout aussi heureux, a également voulu que Miriam s’éteigne quelques jours seulement après que Barack Obama est élu président des Etats-Unis d’Amérique. Elle qui appartenait à toutes les races de la terre, elle qui avait toutes les parties, elle qui s’était tant investie pour que tous les hommes de la terre soient égaux, c’est sûr que Mama Afrika s’est beaucoup réjouie du dénouement heureux de cette présidentielle américaine. Malheureusement, elle n’aura pas eu le temps de voir la nouvelle marche du monde, quand c’est, enfin, un Noir qui est aux commandes du pays le plus puissant de la planète. Elle aurait sûrement chanté l’ « Hymne à la joie » avec plus de puissance encore, en constatant que ses nombreux combats, en Afrique et dans d’autres pays du monde, n’avaient pas été vains. Qu’à cela ne tienne ! Les vrais héros ne tiennent pas à savourer absolument les fruits des arbres qu’ils ont plantés ; ils tiennent plutôt leur peine récompense dans le fait que leur travail a pu profiter à leurs compatriotes ou d’autres humains. Précisément, Miriam est et restera une héroïne. Incontestablement.

Enfin, Mama Africa était entière, toute à ses convictions qu’elle aura défendues jusqu’au bout. Si elles est morte sur scène, c’est parce qu’elle ne savait pas se contenter des demi-mesures. Quand Mandela fut libéré en 1990, Miriam s’en était réjouie, bien entendu. Mais, elle ne cessa de rappeler que cette libération de Nelson Mandela ne sonnait pas la fin véritable de l’Apartheid et que, autant que Mandela, ce sont les cerveaux des tenants de l’Apartheid qu’il fallait libérer de leur prison de préjugés et de haines racistes.

Dieu merci ! Les vrais héros ne meurent pas ; ils se transforment en ces dieux qui hantent à jamais nos mémoires.

Patrice Etoundi Mballa

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