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Actualité

Yaoundé : Des maisons détruites par la Cuy à Emombo

Ses engins ont rendu visite aux riverains d'une colline du quartier mardi dernier.

Quotidien mutations / vendredi 14 novembre

Mines attristées, monceaux de gravats, fers à béton en bataille, manuels scolaires en lambeaux, jeunes pousses de bambous de Chine déracinées, le paysage de cette ruelle du quartier Emombo en cette matinée ensoleillée du mercredi 12 novembre 2008 n'est pas des plus avenantes. Entre les cris de gamins insouciants et les explications fournies à quelque visiteur venu contempler ce qui reste de sa demeure, Mme Odette Tonya n'est pas à la noce. Mais pas du tout. Elle qui doit trouver un toit décent à sa nombreuse famille attablée et qui lui jette un regard implorant. De temps en temps, elle passe un coup de fil sur son portable bien utile et bientôt déchargé pour s'enquérir de l'avancée des recherches en vue du déménagement probable et souhaité.

C'est que sur cette petite colline qui fait face à la descente dont la quincaillerie Fokou bouche le sommet au quartier Emombo, les engins de la Communauté urbaine de Yaoundé ont été sans pitié la veille "vers onze heures". "Tout a commencé le 14 octobre avec la pose des croix (de saint André). On avait alors huit jours pour partir. Mais ils ne sont pas venus à cette échéance", raconte Odette Tonya. Ce qui leur a alors laissé le temps d'initier les opérations de déménagement. En vain, jusqu'au 4 novembre suivant, lorsque les mêmes agents se pointent à cet espace pentu pour faire savoir aux riverains que le précédent tracé n'était pas le bon. Selon Roland Mfeuya dont la maison qui "hébergeait 4 familles" a été détruit, "ils nous ont cette fois-là fait savoir que les deux mètres initiaux qui allaient être détruits de chaque côté de la ruelle seraient augmentés. Alors même que, les prenant au mot, nous avions détruit notre barrière".

Par la même occasion, les riverains apprendront que "ce n'est plus pour la ruelle qu'ils allaient casser, mais pour dégarnir la zone de marécages qui se trouve au bas de la colline". Sauf qu'un nouveau délai leur est donné comme on peut encore le voir sur les croix : 8 jours. "Vous comprenez donc notre surprise quand ils sont passés un jour avant terme, car quatre plus huit, cela fait bien douze et non onze !", s'insurge Roland Mfeuya. Un passage "désastreux" pour les siens dans la mesure où ils sont "arrivés alors qu'il n'y avait personne à la maison. Ils ont commencé à casser et n'eût été le secours des voisins solidaires qui ont tenté de sauver ce qui pouvait l'être, on n'aurait rien récupéré". Et d'énumérer les pertes : ouvrages scolaires détruits, un téléphone et de l'argent disparus…

Dans la cour et alors que les gamins s'amusent avec de nouveaux objets de jeu, les riverains réfléchissent sur les lendemains qui s'annoncent difficiles. De l'autre côté de la rivière qui coule au bas de la colline, une dame vêtue de blanc a les yeux perdus dans le vide qui s'étale devant elle. Sur son mur pourtant, une croix de saint André y est apposée. Selon les voisins, elle ne doit le salut précaire qui est le sien à l'instant que parce qu'elle est l'objet d'un malheur récent, celui de la mort de son époux. Nul doute qu'elle doit elle aussi réfléchir sur la vie qui l'attend, maintenant qu'elle risque de perdre une partie de l'héritage qu'elle croyait lui revenir. Quoi qu'il en soit, "il ne lui reste plus beaucoup de temps, car les engins peuvent revenir à tout moment ! " commente un voisin en pitié. Lui qui est adossé sur les murs chancelants d'une bicoque mal en point du fait de la destruction partielle par les agents de la Cuy.

Parfait Tabapsi

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