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ActualitéOyomabang : le déguerpissement tourne malLes populations ont lancé pierres et gourdins hier sur le délégué du gouvernement auprès de la Cuy. Cameroun Tribune/ Lundi 17 novembre
Seigneur, qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ce châtiment ? Mon bébé va naître où ? Je peux mourir. Mes enfants n’ont plus de toit…Ayez pitié de moi, Seigneur ! ". Ces lamentations sont celles de Mme T. Sa grossesse est à terme. Elle n’arrive pas à contenir ses larmes et l’accouchement est prévu pour le mois prochain. Son fils aîné essaie de la soutenir. En vain. La scène se déroule à Etetak. Hier, aux environs de 13h30mn. Pendant que les bulldozers démolissent les habitations construites sur les hauteurs. A côté de la femme enceinte, une pelle chargeuse broie la toiture d’une autre maison. Un grand bruit. Et la maison s’écroule. Un gros nuage de poussière s’élève. On entrevoit des ménagères essayant de sauver qui, un régime de plantains, qui des casseroles et des matelas. Sous le regard des populations, devenues hostiles. On peut entendre Mme Wandji, mère de sept enfants dire : " Lorsque j’ai vu les engins venir, j’ai pensé qu’on venait reprofiler la route. Le délégué a même raison. Il est vrai qu’il nous a demandé de partir d’ici car nous habitons les hauteurs. C’est vrai qu’il se soucie de nos vies. Mais, nous ne savons où aller. Nous n’avons pas de moyens financiers. Nous avons acheté ces terrains cher malgré le fait que nous n’ayons pas de titre foncier… ". Peu avant, aux environs de midi, le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé (CUY), Gilbert Tsimi Evouna, a échappé à la furie de la population. Alors qu’il venait s’adresser aux habitants des lieux, il a été surpris par une pluie de pierres et de gourdins. C’est grâce à l’intervention prompte des forces de l’ordre qu’il a pu quitter les lieux. La famille du chef de quartier, " papa Enyegue " n’a pas été épargnée par cette violence. Selon Gilbert Tsimi Evouna, le dégagement des hauteurs est une opération annoncée depuis septembre 2005. De nombreux rappels ont été faits aux populations concernées car c’est une zone écologiquement fragile sur laquelle on ne peut pas construire n’importe comment. Il raconte : " La réaction de la population a été très violente hier. Ils ont évidemment envoyé de petits délinquants. Je voudrais souligner ici que ce n’est pas un règlement de comptes. C’est dans l’intérêt des populations elles-mêmes de partir de ces hauteurs. C’est une catastrophe pour la ville. Ces bâtiments ne peuvent pas faire la fierté d’une ville ". Et d’ajouter : " Il y a déjà eu mort d’hommes ici. D’ici dix ans, ce sera la catastrophe. Je voudrais souligner que l’opération de déguerpissement a débuté seulement mercredi autour de 11h, et j’ai attendu un an pour le bien des populations car je ne voulais pas les surprendre. En ce moment, nous sommes en pourparlers avec l’Institut de recherche agronomique pour le développement (IRAD). Les contacts sont en cours pour le reboisement et la reconstitution de l’écosystème ". En attendant, les bulldozers continuent leur travail. Autour d’eux, les forces de l’ordre veillent. Selon certains témoignages, deux policiers ont été grièvement blessés, des pneus et de vieilles carcasses de voitures ont été brûlés. Marthe BASSOMO BIKOE
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