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ActualitéFlorentin Coulais : On n’avait de valeur que vivant
L'un des marins otage à Bakassi fait le récit de leur enlèvement et des conditions de détention. Quotidien mutations / Lundi 17 novembre
Si on a appris la prise d'une dizaine d'otages aux larges des côtes camerounaises par le Bakassi Freedom Fighters. Idem pour leur libération le mardi 11 novembre 2008, après 12 jours de captivité. On ignorait tout de leurs conditions d'enlèvement et de détention. Un pan de voile que l'un des otages, Florentin Coulais, marin du Bourbon Sagitta a décidé de lever. Le jeune homme de 20 ans, de retour en France, s'est confié au journal Ouest-France. Florentin Coulais est notamment revenu sur les circonstances ayant précédé leur enlèvement. "Il était minuit. Les ravisseurs sont arrivés avec trois pirogues, ont tiré en l'air et sont montés à bord, ce qui est facile sur ce genre de bateau. On a tout de suite compris ce qu'il se passait. Mais on pensait qu'ils cherchaient du matériel", a-t-il indiqué. "On s'est enfermé, mais ils ont cassé les vitres. Alors nous avons ouvert la porte. La consigne est de ne pas résister, nous ne sommes pas des militaires. Ils nous ont embarqués sur deux pirogues et sont repartis tranquillement", poursuit le marin du Bourbon Sagitta. C'est au petit matin qu'ils vont arriver au campement de leurs ravisseurs. Les otages ayant passé quatre ou cinq heures de navigation dans la nuit et sans lumière. "Nous avons marché 500 m dans les terres jusqu'à une cabane en bois construite spécialement pour nous. Un toit en tôles, des matelas en mousse, un réfrigérateur, la radio, une télé, deux ventilateurs dont un neuf. Des otages trois étoiles! Nous avons été correctement nourris : spaghettis, riz, sauce tomate, oignons, conserves de boeuf et de l'eau en bouteille capsulée. Mais on ne mangeait pas beaucoup", reconnaît celui qui a perdu 5 kg, surtout à cause de son inactivité. En outre, "ils passaient des films, je sais tout de L'arme fatale. Les gardiens étaient dans la cabane avec nous, avec des armes automatiques. Il y avait beaucoup de moustiques. On se lavait à l'eau de pluie, plus que sommairement", soutient l'ex otage. Pendant leur enlèvement, on a d'abord parlé de la menace d'exécution des otages, puis du passage à l'acte des ravisseurs, enfin d'un démenti de ces derniers relevant qu'il n'en était rien. "À la radio, on entendait les infos, la menace de tuer des otages. Mais leur chef nous a expliqué qu'ils bluffaient, tout comme ils bluffaient aussi en annonçant la mort d'un des otages après une prétendue attaque nigériane. On n'avait une valeur que vivants. On était soulagé mais toujours inquiet, craignant surtout une intervention extérieure qui aurait fait un carnage. Ils étaient plutôt cool avec nous, mais la population n'avait pas le droit de nous voir. On se parlait en anglais", rapporte Florentin Coulais. Après 12 jours de captivité, "ils nous ont réveillé très tôt le matin. On n'y croyait pas vraiment car ils disaient toujours qu'on rentrait le lendemain. Mais là, ils nous ont embarqué sur des pirogues. Cachés dans un bras de rivière, nous avons attendu sept heures, assis sur une planche en bois. Puis nous sommes allés en mer et avons été transférés sur un bateau. J'ai vu des militaires, sans doute camerounais et deux Blancs. On ressentait une énorme tension. Là, on y croit seulement quand le bateau s'éloigne." Priscille G. Moadougou Source : www. Ouest-France.fr
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