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La chronique de Pem : Joies faciles

Pour le moment, un grand Mouvement qui regrouperait tous les hommes et femmes noirs de la terre n’existe pas. Je ne désespère pas. Mais, j’ai beau envoyer mon imagination si fertile en très lointaines balades, elle ne m’en ramène pas une seule opportunité qui pourrait déterminer sinon tous les hommes de race noire, du moins, la plupart d’entre eux, à se fixer des repères qui leur désigneraient un destin à partager en commun, ainsi que les intérêts qui soutiendraient ledit destin. Un grand lobby, en quelque sorte.

Le Jour / Mardi 18 novembre

Pourtant, les juifs, par exemple, n’ont pas eu à passer un examen spécial, ni à suivre un stage de mise à niveau, pour acquérir cette conscience d’appartenance à un m^me destin qu’ils ont aujourd’hui. Ils ne s’en servent pas toujours pour terroriser ou pour combattre ; mais, le lobby juif est devenu, hors des champs de bataille, une force colossale qui, à l’échelle de la planète,dans tous les pays et à n’importe quel moment, peut efficacement faire pression.

Aux côtés des Juifs qui forment depuis toujours une immense famille universelle, d’autres peuples s’initient de plus en plus à cette solidarité transfrontalière. C’est le cas, entre autres, des Arméniens, qui ont, où ils puissent se trouver, chacun deux patries : l’Arménie, cette langue de terre de moins de 30.000 km°2, et le pays où ils sont installés depuis des générations.

Des experts assurent que, très souvent, ce sont des tragédies particulièrement cruelles qui sont à l’origine de ce genre de prises de conscience d’appartenance commune. Le grand malheur rassemble, parait-il, bien plus que les occasions de grandes réjouissances. Du reste, on n’a aucun effort à faire pour adhérer à pareille vision des choses. Tout le monde se rappelle et se rappellera toujours les malheurs immenses qui frappèrent les Juifs, au cours de l’Histoire. Nous osons seulement espérer que les camps de concentration et leurs sinistres fours crématoires ont définitivement clos, pour les Juifs comme pour tous les autres peuples de la terre, ces lugubres chapitres de persécutions et d’horreurs qui resteront à jamais la pire des turpitudes de l’humanité. De même, c’est le génocide dont furent victimes les Arméniens, en 1915, de la part des Turcs, qui a façonné en eux le réveil national, ainsi que la conscience d’une solidarité agissante.

Pourquoi donc les Noirs n’ont-ils pas, eux, trouvé dans le malheur, la raison de se regrouper dans un grand Mouvement, au sein duquel la solidarité agirait comme une sorte de réflexe conditionné ? Pourtant, quels que soient les traitements inhumains que les Nazis ont infligé aux Juifs, ou les Turcs aux Arméniens, ce que les Noirs ont subi à travers l’Histoire et continuent de subir jusqu’à ce jour dépasse, de loin, en horreurs, en sang et en humiliations, la somme de tout cela. Au contraire, les Noirs semblent n’avoir tiré des malheurs subis que l’habitude de souffrir. Ils cueillent des joies faciles dans n’importe quel événement. Quoi qu’il arrive, les Noirs font tout pour être contents de leur sort.

L’autre jour, un Français, d’origine camerounaise, a été nommé préfet, là-bas, du côté des Alpes. Des Camerounais ont fêté des nuits entières et parlaient, sans nuance, d’un « Camerounais qui est préfet en France ». Dans des joies faciles, on perd facilement le tête.

Patrice Etoundi Mballa

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