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ActualitéUn phénomène appelé Canal 2 InternationalPopulaire, la chaîne de télévision a bouleversé bien des habitudes dans le paysage audiovisuel camerounais. Résultat d’une recette qui, même mal maîtrisée, symbolise la revanche des non lettrés sur l’establishment médiatique. Avec l’arme de l’image. Le jour / Vendredi 05 février 2010 Les ministres aussi Une observation empirique de reporter montre que bien des foyers sont très souvent branchés sur « la télévision toujours plus près de vous ». A regarder et à commenter les aventures des familles Djessin de « Vahidei », Gabaldon de « Tourbillon de Passion » ou Lagos de « Entre Justice et Vengeance ». Des rendez-vous d’autant plus incontournables que les personnages de ces séries et feuilletons sont membres à part entière des familles camerounaises fidèles de Canal 2. De la même manière qu’il y a quelques semaines, les retours d’une édition de « L’Arène », avec Petit Pays, ont fait se poser la question de savoir si tout le monde regardait Canal 2. Autres indices, peut-être insignifiants : il arrive que le démarrage de cérémonies officielles avec des ministres de la République soit retardé. Pourquoi ? La réponse fuse, surréaliste : « On attend Canal 2 ». Tonnerre ! Il y a quelques années, dans les mêmes circonstances, on aurait entendu : « On attend Crtv ». Des autorités elles-mêmes ne se gênent pas qui montrent leur embarras quand les caméras de la chaîne au gros 2 vert et à la boule bleue ne se sont pas encore pointées. Comme si elles craignaient de ne pas être vues à la télé. D’ailleurs, à ce propos, le directeur général Joseph Eric Fotso avoue : « Dans les débuts, l’on rusait pour nous refuser l’accès aux membres du gouvernement qui, eux-mêmes, se retiraient dans un coin pour accorder une interview à Crtv et à Cameroon Tribune. Désormais, ils nous cherchent. » Autre expérience mi agacante-mi révélatrice : en reportage ça et là dans la ville de Douala, un reporter de presse écrite, armé d’un stylo, d’un calepin et même pas souvent d’un appareil photo s’entend demander : « C’est Canal 2 ? » Bon Dieu, vous ne connaissez que Canal 2 ? Un terrain vague à occuper Journaliste à Stv, Junior Kaparan est l’un des reporters de la première heure chez Canal. « Les gens se disaient, se souvient-il, voici enfin une chaîne qui ne trie pas, qui ne cache rien et montre tout. Les reporters se laissaient aller. Témoins d’un accident de la circulation ou de tout autre événement du quotidien, ils le balançaient littéralement à l’antenne une heure après. » Mais avant les chiens écrasés, Canal 2 avait misé sur l’humour, refuge d’un public qui a de bonnes raisons de rire. L’époque de Sélavie, Fingon Tralala et autres Tagne Condom. Les Zakougla et Edoudoua viendront plus tard. De vraies stars dont les apparitions publiques, à Douala en particulier, provoquaient l’émeute. Ancien directeur général de la maison, Jean Vincent Tchienehom avait observé, perplexe, que ces comédiens et autres humoristes percevaient chaque mois un salaire. Son successeur, Joseph Eric Fotso, reconnaît que l’idée était qu’en regardant Canal 2, « les gens soient gais et heureux ». Et la télé du bonheur fut. Celle du miroir plutôt. Où on voyait sa propre vie, si bien portée par d’autres. Une certaine fidélité naît qui fait que l’on ne jure plus que par Canal 2. D’autres facteurs auraient favorisé la station de télévision. Une certaine antériorité notamment. Même si l’on avait déjà connu Tv Max, cette télé privée, la pionnière, n’avait pas duré longtemps. Canal 2 est donc véritablement la première à garder le cap. En plus de servir des programmes populaires, Emmanuel Chatue avait l’avantage de la couverture nationale. Technicien des télécommunications et propriétaire d’un réseau de câblodistribution, l’homme connaît les possibilités. « Canal 2 est souvent mieux vue que Crtv à travers le pays et on l’a même vu négocier avec l’hôtel mont Febe à Yaoundé pour installer une antenne au-dessus de l’établissement ». La station est l’une des premières chaînes de télévision africaine privée à s’être intégrée au bouquet Canal Sat Horizons, fait observer Joseph Eric Fotso. « Nous étions donc les premiers à aller sur le satellite, Intelsat en l’occurrence, dès septembre 2004. A l’époque, quand nous présentions nos dossiers au ministère de la Communication, on nous prenait pour des rêveurs. Aujourd’hui encore, nous émettons depuis quelques jours de Yaoundé et faisons des émissions en simultané. Ça permet toujours de prendre de l’avance sur les autres ». En plus du divertissement C’est ainsi qu’il faut comprendre l’émergence d’émissions au contenu plus construit qui, fondamentalement, n’ont rien à voir avec l’orientation de Canal 2. Animée par Suzanne Kala Lobe et Jean Célestin Edjangue, le magazine « Actu » était presque déplacé dans la grille de programmes. Pour Suzanne, la personnalité du promoteur y est pour beaucoup. Dans les débuts, la préoccupation du bonhomme n’est pas tant que cela la promotion des programmes qui étaient, on l’a dit, minimalistes. Passionné par l’image, il est motivé par sa diffusion. « Il a une intuition formidable, c’est que l’image peut fédérer à condition quelle soit la plus populiste possible. Après, il était alors impossible de définir un projet et une identité pour Canal 2 ». Emmanuel Chatue, président directeur général, recherche alors des personnalités charismatiques pour porter sa chaîne. Suzanne Kala Lobe par exemple. Ananie Rabier Bindji aussi, dans un autre registre. Anecdote, un jour sur Crtv, alors que l’on voyait, au cours d’une cérémonie, le chef de l’Etat serrer la main à Ananie Rabier Bindji, on a entendu Chantal Biya souffler à son époux pour bien le renseigner « Tribune de l’histoire ». Mais, fait remarquer Suzanne, avant d’éclater de rire : « Chatue, c’est un bon commercial. Il sait doser et donc pour lui, ma popularité est pareille à celle d’Edoudoua. Peu importe le contenu. Ce n’est pas par hasard que Actu s’est arrêté. On n’a plus besoin d’intellectualiser ». Intellectualiser. On ne doit pas beaucoup aimer ça à Canal 2. Sous le couvert de l’anonymat, un journaliste de la maison le confirme. « Le patron fronce les sourcils quand vous lui proposez une émission où il y a trop le français. Mais, il est ouvert et vous pouvez le convaincre. » La grille peut être modifiée à tout moment et en cela, la station fait preuve de flexibilité. Il reste bien que, et le truculent Ananie Rabier Bindji monte au créneau, Canal 2 réclame son créneau. « Nous faisons la télévision pour les Camerounais. Nous leur parlons le langage qu’ils comprennent. Nous aurions échoué si nous avions fait des émissions françaises pour un public camerounais ». Dans certains esprits, cela peut sonner comme de la télévision au rabais. Canal 2 a en effet été critiquée pour n’avoir pas respecter éthique et déontologie. Au nom « du tout montrer ». Les dérives sont en effet vite arrivées avec ces cadavres sans têtes, ses malfrats éventrés, ses accidentés ensanglantés. Les rappels à l’ordre n’ont pas manqué qui ont montré du doigt comme une absence de professionnalisme. « Ceux qui le disent ne sont pas plus professionnels que nous. Les Camerounais ne croient qu’en ce qu’ils voient. C’est pour cela que nous leur montrons ce qui se passe. Ces images-là servent aussi à réveiller les consciences, à choquer les gens ». Journaliste et directeur de la coopération internationale au sein de la chaîne, Ananie Rabier Bindji, le doyen là-bas, a la réputation de rendre coup pour coup et ne s’en laisse pas conter. Réajustements et soupçons La charge contre Canal 2 International ne s’arrête pas là. Accusée par ses fans « de ne plus tout montrer », la chaîne s’est comme rachetée avec les émeutes de février 2008. Ça n’a pas suffi. Perçue pendant longtemps comme la chaîne qui montre tout parce qu’elle n’a pas les mains liées, Canal 2 passe maintenant, au sein même de son public, comme une Crtv bis. « Voyez comme ils montrent les meetings du Rdpc », jette quelqu’un. La logique commerciale rattrape la maison où on se défend : « Ce sont des publireportages pour lesquels le parti au pouvoir paye, ce n’est pas gratuit », martèle Ananie Rabier Bindji. « En étant les meilleurs, se gargarise Joseph Eric Fotso, on est plus sollicités que les autres. On ne peut pas repousser les gens ». Un tel aveu pourrait confirmer la philosophie de la maison, relayée sous cape en interne : « Tu paies, tu passes ». Le patron, lui-même, insisterait sur la nécessité de rentabiliser l’investissement. A tous les prix ? Non, soutient le directeur général, « il y a des choses qu’on ne montreraient pas ». Soit. Il n’empêche, la popularité avérée s’éroderait dans un environnement social, politique et économique toujours aussi manichéen. De même, les autres chaînes de télévision se sont à présent positionnées de manière concurrente et il est de moins en moins sûr qu’une seule, Canal 2 en l’occurrence, fasse la course en tête. On a plus sûrement affaire à un peloton, croit savoir Georges Madiba, docteur en sciences de l’information et de la communication (voir précision). Un peloton dans lequel, apprend-t-on, Canal 2 International est en train d’acquérir des équipements pour creuser l’écart. La course ne fait que commencer.
Précision de georges madiba : « La compétition est sur le plan de l’information » Docteur en sciences de l’information et de la communication, ce chargé de cours à l’université de Douala rappelle quelques fondamentaux à l’usage de Canal 2. Que signifie une enquête qui fait de Canal 2 la chaîne la plus regardée dans le pays ? L’information est-elle importante pour une chaîne qui privilégie manifestement le divertissement ? Les opinions sont unanimes pour dire que la chaîne a apporté quelque chose… Quelle relation les Camerounais entretiennent-ils avec la télévision ?
Le site www.canalinternational.net a son idée sur le développement de la chaîne, ses acquis et ses perspectives. « CANAL 2, première télévision privée au Cameroun, a démarré ses programmes depuis 2001 dans une pièce de 4 m2 avec deux cameras et le dispositif de diffusion comme essentiel du matériel technique avec un rayon de couverture se réduisant à la seule ville de Douala. Cette pièce représentait la société dans son entièreté car abritant en même temps la diffusion et le montage. Elle diffusait donc en grande partie de la musique sur ses antennes jusqu’à sa fermeture au début du mois de février 2003. En 2004, la chaîne ouvre à nouveau ses portes sous l’appellation CANAL 2 INTERNATIONAL avec une dynamique nouvelle et une vocation de proximité très prononcée. Elle occupe plusieurs bureaux à l’immeuble Ex-ONCPB à Bonanjo et se caractérise aussitôt par la nette amélioration tant au niveau structurel que logistique avec son arrimage en septembre 2004 au satellite W3A. Ce n’est que finalement en novembre 2005 qu’elle va sur le satellite NSS7, et confirmera son ascension en février 2006 avec l’intégration du bouquet Canal Satellite. Elle émet en Clair sur le canal 25 de la bande UHF dans les villes de Douala, Yaoundé et Bafoussam. Par Câble dans toutes autres villes du Cameroun et toute l'Afrique Francophone. La chaîne n’intègrera ses propres locaux qu’en 2006, un immeuble situé au n° 877 Rue NJO NJO, dans la ville de Douala au Cameroun. CANAL 2 INTERNATIONAL est enregistré sous N° contribuable: M 030300016713 - RC : 2004 B224. Sur le plan organisationnel, la chaîne basée à Douala comporte deux représentations fonctionnant de manière quasi autonome et des correspondants disséminés sur toute l’étendue du territoire ainsi que dans certains autres pays, notamment la France, la Cote d’Ivoire etc. Ainsi, à la tête de la structure se trouve un Directeur Général cumulativement avec ses fonctions de Directeur Technique assisté de ses collaborateurs les plus proches de la Direction des Ressources Humaines, la Direction de l’information, la Direction Commerciale, la Direction de la coopération Internationale. De même Canal 2 comporte un grand nombre d’autres services rattachés jouant plus le rôle de facilitation ou d’application des orientations définies par les diverses Directions. Par ailleurs, il convient de repréciser que la direction générale dans un souci de déconcentration a établi deux représentations respectivement à Yaoundé et à Bafoussam. Ces Représentations, bien que fonctionnant de manière quasi autonome restent tout de même limitées car oeuvrant juste comme des succursales de la Direction Générale. Il en est de même des autres localités du pays où la structure s’est dotée des correspondants pour une retransmission en temps réel de l’information et surtout une meilleure couverture territoriale. Pour ce qui est des acquis de la chaîne, il n’est nullement besoin de rappeler la position prédominante de cette dernière dans le paysage audiovisuel camerounais, position affirmée et confirmée par de multiples études d’audiences réalisées par des organes spécialisés depuis sa réouverture. L’obtention récente de la licence d’exploitation ne peut s’interpréter que comme la reconnaissance gouvernementale de la fiabilité et du professionnalisme de la chaîne. Stéphane Tchakam
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