Le Cameroun : Le Cameroun
Maroua

Vous voilà dans l'extrême nord du Cameroun. Autre paysage, autre zone agricole, autres peuples, autres coutumes. Ici dominent les couleurs jaunes du Sahel. Nous sommes loin du vert bleu intense et de l'ocre rouge des terres du sud ou de l'ouest. Même le vert des champs de mil ou de fonio, en saison des pluies, y est plus tendre.
Cette région, constituée de vastes steppes à épineux, est le domaine des pasteurs nomades et des agriculteurs. Vous allez arriver à Maroua, petite ville quadrillée par des avenues bordées d'arbres, qui vous enchantera avec ses tanneurs, son marché et son centre artisanal, véritable caverne d'Ali Baba remplie d'étoffes brodées et de bijoux de toutes les couleurs.
Vous traverserez auparavant une région cultivée où le mil et le sorgho envahissent tout l'espace et viennent caresser les magnifiqunes sarés. Ces concessions sont formées de plusieurs cases rondes, les boukarou, et de greniers, cases en terre qui se terminent par des toits coniques constitués d'une armature de bois recouverte de chaurne. Vous croiserez sur votre route des femmes ou des hommes, juchés sur des bicyclettes ou voyaeant à dos d'ânes, transportant des gerbes de paille de mil avec lesquelles ils construisent ces toits ou les clôtures de leurs concessions. Parfois, au loin, on aperçoit la longue silhouette d'un peul bororo, couvert d'un immense chapeau, gardant son troupeau de zébus. N'hésitez pas à acheter au bord de la route des grillades de viande de mouton. Elles sont délicieuses et la blouse blanche du vendeur, signe que le service d'hygiène est passé, sera une garantie de leur fraîcheur. Vous pourrez déguster aussi le célèbre poulet de Maroua ou le Kilishi, filets de viande de boeuf épicée et séchée.
Goûtez surtout le mil, qui est la base de l'alimentation. Pilé ou moulu, il est consommé sous forme de boule servie avec diverses sauces, de gombo, de " folléré " ou d'autres feuilles, ou bien en bouillie faite avec du lait caillé et du sucre ou des arachides écrasés. Sa farine, le dakéré, est cuite à la vapeur. Après ce rosé de bière de mil ou de lait, vous pourrez prendre repos avant de eauner les monts Mandara, territoire des "kirdi", peuples païens refoulés jadis par les foulbé islamisés.
Tourisme
Sur le plan touristique, la ville est à proximité de la plupart des sites touristiques de cette région. Elle se trouve à 120 kms du Parc Naturel de Waza, à 147 kms des pics de Kapsiki et de Rhumsiki.
A partir de Maroua, on peut visiter la plupart des attractions et revenir dormir le soir dans la ville. Le réseau routier goudronné sur la plupart des parcours touristiques donne à la ville une position centrale.
La capacité d'hébergement de la ville est assez élevée. On enregistre une série d'hôtels et d'auberges de différentes catégories, mais l'auberge "La Porte Mayo", les hôtels Maroua Palace et Mizao sont les plus fréquentés et les plus chics. On compte également un établissement de classe exceptionnelle, le "Saré". La Porte Mayo est une véritable institution dans la ville de Maroua. C'est le rendez-vous de tout ce que la ville compte de salariés d'un certain niveau aussi bien que des expatriés.
Ces auberges fournissent aussi des repas, mais si vous voulez manger de la nourriture typiquement camerounaise ou tchadienne, des gargottes dont le nombre varie suivant la conjoncture fournissent un panel de plats. Les plus célèbres : Avion me laisse, Chez Justine, Burkina Faso, Chez Bossou. Il existe des dancings dans la plupart des hôtels dont le Mizao, mais certains bars servent aussi de boites à la nuit tombée dans la plus pure tradition populaire.
Population
La ville de Maroua est passée de 123 000 habitants (RGPH 1987), à 162 000 en 1992 (Gubry Paul 1991) et à plus de 210 000 actuellement. Son taux de croissance moyen annuel entre 1976 et 1987 s'élève à 9%. La reconstitution des différentes phases de cette dynamique montre, malgré l'imprécision des chroniques démographiques, une évolution négative à la fin du siècle dernier, suivie d'une longue période de stagnation, qui a pris fin seulement au milieu de ce siècle. On peut estimer que 1954 marque le début de l'essor démographique de Maroua.
Histoire
Les guerres qui précédèrent la prise de la ville par les Allemands auraient eu un effet dépressif sur la population, certaines familles jugeant nécessaire de quitter le centre du Sultanat pour des cieux plus cléments. Ensuite, des famines, provoquées par les invasions d'acridiens et les répercussions locales de la seconde guerre mondiale contribuèrent au recul démographique.
En revanche, les actions de pacification menées par la puissance colonisatrice permirent aux montagnards d'émigrer vers les plaines et les villes, où ils vinrent fournir de la main d'oeuvre tant à l'administration qu'à l'aristocratie Peule. La mise en place d'un encadrement médical et la lutte contre l'esclavage furent également d'importants facteurs qui favorisèrent le développement de la population de Maroua.
Les taux de croissance démographique dont nous disposons sont très parlants avant l'indépendance, le taux d'évolution moyen était de + 5% l'an; après 1960 il a presque doublé, pour atteindre + 9% entre 1976 et 1987. C'est l'un des plus élevé du Cameroun. La croissance naturelle y contribue pour 3% et l'immigration pour 6%. Maroua est donc en grande partie une ville d'immigrés.
La prise en main de la destinée de Maroua par les Allemands et les Français a eu pour conséquence une diminution de la population jusqu'en 1935, puis une période de stagnation liée à la guerre a suivi. A partie de 1950, la descente massive des montagnards et d'autres païens, dont la présence n'était pas souhaitée dans la ville entraîne une reprise de la croissance démographique.
Répartition de la population
La population actuelle de Maroua se caractérise par son extrême jeunesse :
- 43% ont moins de quinze ans.
- 61,4% moins de vingt-cinq ans.
- les plus de cinquante-cinq ans ne sont que 6%.
On imagine qu'une telle structure démographique, caractéristique des pays du tiers-monde à forte natalité, pose d'énormes problèmes d'encadrement et d'éducation. La ville compte à peu près autant de femmes (49,5%) que d'hommes (50,5%). Le rapport de masculinité (102 hommes pour 100 femmes en 1987) se rapprochait encore, en 1976, de celui du milieu rural (98 hommes pour 100 femmes). Son évolution dénote une intensification de la migration masculine, rendue possible par le développement et la diversification des possibilités d'emploi en ville. L'équilibre entre les sexes pourrait s'expliquer par le fait que l'immigration masculine a été de pair avec une immigration féminine. Cette dernière découle non seulement de la préférence pour les déplacements en famille, mais aussi d'un comportement matrimonial caractéristique de la région. Les citadins se marieraient volontiers avec des femmes venant d'un autre arrondissement. Par ailleurs, les mariages sont instables et les femmes répudiées préfèrent rester en ville, où elles ont plus de chances de se remarier et où elles peuvent, en outre, s'adonner au petit commerce.
La pyramide des âges est composée comme suit :
- Une base très large, qui dénote une forte natalité.
- Elle se rétrécit rapidement entre cinq et quatorze ans, par suite d'une forte mortalité infantile.
- Entre quinze et vingt-neuf ans, on remarque une grande stabilité de la population; c'est justement la classe d'âge la plus marquée par l'immigration. Les effets de la mortalité y sont compensés par l'arrivée de migrants.
- A partir de trente ans, la baisse est constante, jusqu'à la rupture brutale des cinquante-cinq ans.
- La distribution du sex ratio par âge montre un excédent du sexe masculin jusqu'à quatorze ans et entre trente-cinq et quarante-neuf ans. Si l'on peut penser que le premier est naturel, le second est indubitablement lié à l'immigration.
L'immigration
Il n'est pas facile de se rendre compte du phénomène migratoire à partir des données des recensements successifs. En effet, n'y est considéré comme migrant que celui qui a changé d'unité administrative. Par conséquent, les ruraux de l'arondissement de Maroua qui quittent leur campagne pour la ville ne sont pas comptés parmi les migrants. Cette définition du migrant minore sérieusement l'ampleur du phénomène.
En 1976, les deux tiers des citadins de Maroua provenaient de la Province, dont 41% du Diamaré. Les autres provinces, hormis le Nord et l'Adamaoua, participaient pour moins de 5% à la population de la ville, ce qui a contribué à renforcer la prééminence du Fufulde comme langue véhiculaire dans la ville.
Le recensement de 1987 montre une intensification des migrations à partir des pays voisins et des provinces méridionales. L'immigration étrangère est due largement à la guerre qui sévit au Tchad depuis 1979. Quant à l'arrivée des Camerounais du Sud, elle s'explique par la "laïcisation" de l'administration dans le Nord du pays, à la suite du changement intervenu à la tête de l'Etat en 1982, et par la création de la Province de l'Extrême- Nord, avec Maroua pour chef-lieu. Pour faire fonctionner cette nouvelle unité administrative, nombre de fonctionnaires sont montés du Sud du pays, entraînant avec eux leur famille. La diversification de cette migration a nettement entamé la spécificité de Maroua, jusqu'alors ville d'Islam et d'islamisation.
Religion
On peut analyser le degré d'homogénéité de la ville suivant le critère ethnique ou suivant le critère religieux. Pour Maroua, l'Islam est l'élément discriminant, chaque individu se définissant généralement par rapport à lui.
Les groupes ethniques dans le Maroua urbain
| Groupes ethniques | Total | % Musulmans |
% Population |
| Peuls | 26 486 | 100,00 | 29,20 |
| Giziga | 17 510 | 67,70 | 19,30 |
| Islamisés anciens | 14 976 |
100,00 | 16,50 |
| Mofou | 9 565 | 46,40 | 10,60 |
| Moundang | 2 997 | 34,40 | 3,30 |
| Toupouri | 2 852 | 19,00 | 3,20 |
| Zoumaya | 1 921 | 100,00 | 2,10 |
| Massa | 1 545 | 30,40 | 1,70 |
| Gidar | 1 043 | 38,00 | 1,20 |
| Autres du Nord | 8 006 | 58,90 | 8,80 |
| Méridionaux | 2 225 | 8,00 | 2,50 |
| Etrangers | 1 472 | 40,40 | 1,60 |
| Total | 90 598 | 74,60 | 100,00 |
Les Peuls forment un peu moins du tiers de la population urbaine de Maroua; c'est l'élément ethnique le plus important de la ville. Leur poids est accru par l'intégration des Zouamaya et des néo-islamisés qui, dans la vie courante, se disent "Peuls". Les Guiziga se placent en seconde position, qu'ils doivent à leur qualité d'autochtones. La ville a aussi attiré et retenu des islamisés de longue date (Kanouri, Kotoko, Arabes, Haoussa, et Mandara).
Les populations traditionnellement non islamisées des plaines (Moundang, Toupouri et Massa) représentent seulement 8,2% de la population totale. Les Mofou, groupes montagnards, constituent une importante minorité (10,6%). Les ressortissants du Sud sont peu représentés globalement.
Sur le plan religieux, Maroua est toujours "ville d'islam" selon l'expression de G. Prestat (1952). Les trois quarts de sa population (74,6%) sont musulmans (contre 90% en 1952, ibid). L'immigration a contribué à réduire ce pourcentage. L'Islam touche, outre les peuples anciennement islamisé, de nombreuses autres populations réputées naguère "animistes" (Guiziga 70 %, Mofou 46 %, Moundang, Guidar, Massa entre 30 et 40 %). Les Toupouri sont restés les plus réfractaires à l'islam, mais une frange non négligeable d'entre eux (19 %) y sont déjà entrés.
La religion a plus influencé la répartition des populations dans les quartiers de la ville que la variable ethnique. Les quartiers musulmans ou à majorité musulmane sont situés au centre de la ville et les autres se retrouvent à la périphérie. Cette dernière croît au fur et à mesure des conversions.
Economie
Sur le plan économique, la ville est placée au centre d'une vaste région agricole et pastorale. Cela se signale par des infrastructures économiques modernes pourtant en nombre réduit par rapport au potentiel de la région. On compte ainsi quelques agro-industries qui transforment les produits locaux.
La Société de Développement du Coton (Sodecoton) transforme, égrenne le coton, fabrique de l'huile de cuisine à partir des graines de coton. Elle commercialise également des tourteaux pour l'alimentation du bétail. Une brasserie transforme les fruits locaux en jus et confitures. Une tannerie travaille le cuir des bovidés qu'elle commercialise hors du pays.
Par ailleurs, pour compléter sa structure industrielle , elle dispose d'une infrastructure commerciale importante et d'un puissant artisanat. Maroua doit son développement à son activité commerciale. La ville drainait toute la région et même les commerçants des pays voisins. Aujourd'hui, un commerçant sommeille dans chaque citadin à Maroua. L'important marché de Maroua qui a lieu tous les lundis (lumo altinéwo) voit affluer des personnes de toutes origines, qui se livrent à différents types de commerces. Certains viennent proposer leur production agricole. D'autres viennent travailler un temps dans le marché, se constituent un pécule et achètent divers produits sur place pour les écouler, espérant réaliser un bénéfice. D'autres enfin, travillent en gros, faisant de Maroua un centre de collecte et de redistribution des produits au niveau régional.
Maroua est aussi une ville artisanale. C'est la ville du cuir au Cameroun. Un millier d'artisans travaille à la transformation de ce matériau.
On produit :
- des sacoches,
- des cartables,
- des chaussures,
- des poufs.
A l'origine, les maroquiniers produisaient :
- des tapis de prière,
- des couvertures de Coran,
- des selles et des bottes de cavalier.
Le développement du tourisme et le déclin des guerres tribales ont entraîné une réorientation de la maroquinerie vers la production de sacs et de chaussures. Juste après la maroquinerie se trouvent les tailleurs dont on dénombre plus de 1000 ateliers et les forgerons qui sont actuellement en perte de vitesse.