COL'TENDANCE
L'artiste camerounaise Bébé Manga se confie en exclusivité à Cameroun-online.COM: "A l'âge de 3 ans, mon père me plaçait sur la table et je chantais...à 50 ans, pas question d'arrêter...la piraterie, ce "zoua-zoua" musical...
Son nom d'artiste, ce sont les journalistes Ivoiriens qui le lui ont donné, à cause de sa voix…de bébé !
Elisabeth Bessem Ayamo Manga chantait sur la table à
manger pour les invités de son feu père à la maison,
puis avec le temps, celle qu’on appelle
affectueusement Bébé Manga cette pure anglophone du
sud-Ouest du Cameroun est devenue une artiste professionnelle qui
a déjà fait le tour du monde avec sa voix charmante.
Cameroun-online/juin 2006
Elle a sur le marché de nombreux titres qui ont fait
d’elle une légende dans certains pays africains comme
en Côte d’Ivoire, où elle a reçu l’an dernier le Top
d’or à travers son titre à succès « Amiyo ».
La soixantaine bien sonnée, ne dîtes pas à l’auteur d’Amiyo de faire son jubilé. Elle dit qu’elle chantera jusqu’à ce que mort s’en suive. Elle a de nombreux projets en tête, dont la création d’un centre pour canaliser les jeunes talents qu’elle entend détecter sur le territoire national.
L’artiste Bébé Manga qui joue déjà bien avec sa voix, voudrait aussi un jour grincer les cordes d’une guitare. Le groupe qu’elle a créé s’inspire du folklore de chez elle, même si elle reste influencée par un accent ivoirien.
En nous recevant à son domicile à Akwa Nord à Douala le 6 juin dernier, Bébé Manga avait à ses côtés une de ses danseuses traditionnelles. Il s’agit de sa sœur cadette Clara Tabi Manga, rien à voir avec le Recteur de Soa à Yaoundé II. Mais elle nous a expliqué que c’est cet élargissement de la culture camerounaise qui fait l’unicité du berceau de nos ancêtres.
Il est
facile de trouver un « Tabi » dans le Centre, le Sud, le
Sud-Ouest ou le Littoral. Elisabeth Bessem nous
confiera même dans une anecdote qu’elle a des frères à
Foumban, des enfants issus d’un de ses oncles qui a
fait la prison dans cette région à une époque très
lointaine.
Aujourd’hui, première vice-présidente de la Cameroon Music Corporation, CMC, Elisabeth Bessem Ayamo Manga a quelque chose qui trouble son cœur : la Piraterie. Elle pense que si le gouvernement le veut, on tuerait la piraterie comme cela s’est fait du carburant Zoa-Zoa.
Maman Manga souhaite d’ailleurs que les journalistes et les artistes qui sont liés par les mêmes conditions et le même destin, travaillent main dans la main, pour relever les grands défis qui les interpellent en provoquant l’amélioration de leur traitement.
Lorsque nous l’avons rencontrée, cette artiste imposante de par sa carrure, s’amusait à valider quelques chevaux pour une course hippique qui ne rapportait pas un gros lot.
L’artiste Bébé Manga a accepté de répondre aux quelques questions de Cameroun-online.COM.
Interview réalisée par Jean Charles Jérémie à Douala.
COL : Vous êtes absente depuis longtemps, pourquoi ne Retrouve-t-on pas un album de Bébé Manga sur le marché ?
BM : C’est la piraterie tout simplement, vous entrez en studio, avant d’en ressortir vous trouvez déjà votre produit sur le marché, c’est décourageant. En plus je n’ai jamais été une artiste qui sort un album chaque année. Ce n’est pas mon genre, je prends tout mon temps, je choisis mes chansons et mes conditions de travail. C’est surtout la piraterie, elle a pris de l’ampleur et c’est triste.
COL : La dernière fois que vous avez commis un disque, ça remonte à quelle année ?
BM : En 2000 et j’ai fait beaucoup de featuring (chanson en duo ou trio…) uniquement.
COL : La piraterie sévit et fait des ravages, vous allez attendre jusqu’à quand pour revenir sur la scène ?
BM : Il faut voir le côté positif des choses, il y a eu le Zoa-Zoa (Ndlr carburant frelaté en provenance du Nigéria), à une époque dans notre pays, est-ce que ça existe encore, malgré le coût de l’essence qui monte chaque jour ? Les gens disent que les disques originaux sont chers, mais ce n’est pas vrai, parce que malgré la hausse du prix du pétrole, ils achètent toujours. Personne n’a garé à cause de ces flambées de prix. Il faut qu’on pense aux artistes aussi, si la piraterie continue, d’abord la qualité n’est pas bonne, ensuite il y a un manque à gagner énorme. Les producteurs vont fermer les portes et cesseront de produire les artistes. Le gouvernement doit faire quelque chose, comme il a fait du Zoa-Zoa. Je pense qu’il faut mettre les pirates en prison. Mais pour le moment, on lutte comme on peut, le phénomène a beaucoup diminué.
Le prix du carburant a grimpé, mais les gens roulent en voitures, c’est la même chose pour les disques !
COL : On dit que ceux qui piratent, le font parce que vos produits sont chers ?
BM : Ce n’est pas vrai, le prix du carburant a grimpé mais les véhicules circulent, c’est de la même manière que les gens doivent acheter les disques. Ce sera à 5.000 Fcfa le prix d’un disque, les clients vont acheter, s’ils veulent écouter de la bonne musique, ils vont acheter. C’est comme s’ils ont besoin de l’essence. Il ne faut pas prendre les choses légèrement, ça m’écoeure.
COL : Vous avez un nom qui a une connotation Douala ou Beti, certains disent que vous êtes anglophone, qui est Bébé Manga ?
BM : Je suis anglophone, je suis Bayangué de père et de mère de la Manyu division, dans le Sud-Ouest. Pour mon nom, si vous avez fait l’histoire du Cameroun, le roi de Limbé s’appelait Manga, donc c’est un nom camerounais qu’on retrouve partout. Moi-même je m’appelle Elisabeth Bessem Ayamo Manga, le Bébé vient de Elisabeth, B, et Bessem. J’avais commencé avec Elisabeth Manga comme nom d’artiste, mais c’est en Côte d’Ivoire à cause de ma voix que les journalistes m’on surnommée Bébé. Je suis restée ce Bébé Manga.
COL : Vous êtes devenue artiste parce que vous avez
beaucoup voyagé ou quoi ?
BM : Mon père qui n’est plus, était un grand artiste, mais il est venu très tôt, quand il n’y avait pas encore la télévision. Il jouait à tous les instruments, ma mère aussi chantait, ma voix c’est celle de ma maman. Elle chantait dans les chorales à l’église, mon père lui, il faisait de l’accordéon, du piano, l’orgue, la guitare, la flûte, il faisait tout.
COL : Vous-mêmes, en dehors de votre belle voix, jouez-vous à un instrument ?
BM : Non malheureusement pas, mais j’utilise ma voix comme un instrument de musique, tu l’as constaté. J’aimerais quand même jouer plus tard à la guitare.
COL : Comment avez-vous commencé la musique, avez-vous rêvez un soir et le lendemain vous vous êtes dit il est l’heure ?
J’ai commencé à chanter à 3 ans sur une table…Les journalistes sont comme les artistes : précarité !
BM : Je vivais dans une maison de musiciens, donc naturellement j’ai commencé à chanter pour des personnes à l’âge de 3 ans, mon père me plaçait sur la table et je chantais pour ses invités. Je pense que c’est quelque chose qui est innée. C’est toute une histoire, mon grand-père maternel avait une très belle voix, ma grand-mère maternelle avait aussi une très belle voix, tous m’apprenaient à chanter, donc la musique, ça coule dans mon sang.
COL : Quel est votre premier disque ?
BM : Il faut déjà dire qu’au début je jouais du Blues et du jazz, j’ai longtemps fait des Play Black. Mais mon premier tube c’est « Amiyo »
COL : Vous avez une longue carrière, avez-vous d’autres projets dans la musique aujourd’hui ?
BM : J’aimerais chercher des jeunes talents, parce
qu’il y en a tellement qui sont cachés au Cameroun, je
suis allée une fois à Bertoua( Est Cameroun), j’ai vu
un jeune garçon qui dansait bien, c’est des enfants
qu’il faut encadrer, j’aimerais aussi faire de la
production, pour que la musique camerounaise aille de
l’avant.
COL : Vous souhaitez que les artistes et les journalistes travaillent main dans la main, dans quel sens ?
BM : Nous devons travailler ensemble, mais comme les gens ont faim, il y a des journalistes qui projettent de la merde, c’est regrettable. Si les journalistes étaient bien traités, ils ne prendraient pas la peine de lancer des artistes qui n’ont rien à donner au public, mais s’il y a ces erreurs, c’est parce que les journalistes ont des situations précaires. Ils ne sont pas bien financièrement. Un artiste qui produit n’importe quoi est obligé de venir soudoyer les journalistes pour qu’on le diffuse ou le publie. C’est regrettable, mais il faut qu’on travaille avec la presse autrement.
COL : Lorsque vous regardez la musique camerounaise aujourd’hui, elle a progressé ou régressé ?
BM : Elle a régressé, je peux crier pour le dire. Les gens font juste des maquettes, ils font des clips et les envoient à la télé, on accepte de diffuser ce genre de vidéos clips, donc tout le monde peut faire de la musique. En plus ils disent qu’ils sont des vedettes, est-ce qu’ils savent ce qu’on appelle vedette ? Eto’o Fils c’est une vedette, pour avoir l’explication du mot vedette, il faut avoir recours au dictionnaire. Il faut arrêter d’appeler les gens qui ne valent rien des vedettes.
COL : Est-ce que la CMC (Cameroon Music Corporation) ne peut pas tamiser ses effectifs, savoir qui est musicien et qui ne l’est pas ?
Tous les artistes se disent aujourd’hui « vedettes »…des déchets…
BM : La CMC ne peut pas empêcher les télévisions de passer ceux qui se disent artistes, on est dans un pays libre, elle peut essayer mais ça ne peut pas marcher.
COL : Faudrait-il créer un organe privé pour identifier les artistes ?
BM : On a de vrais artistes, des vedettes, mais il ne s’agit pas de ceux-là. Mais il faut faire très attention, les radios et les télés ne doivent pas diffuser n’importe quoi, surtout maintenant que le monde est devenu un village planétaire. Il ne faut pas dénigrer les artistes camerounais qui sont déjà bien réputés par des déchets sur le marché. Il faut éviter le favoritisme dans la presse, parce que tel est mon frère ou ma sœur, il faut le faire briller. Non !
COL : On a l’impression que certains viennent dans la musique pour chercher de quoi manger ?
BM : Il y a des gens qui aiment se faire voir aussi, qui veulent de la notoriété, mais personne ne peut mentir, on ne triche pas dans ces choses. Il y a la recherche des sous mais aussi d’une vaine gloire, sans base surtout.
