Vendredi 25 Juillet 2008

COL'TENDANCE

Découverte : Interview de « La nouvelle diva du Bikutsi », Lady Ponce. « J’ai failli être religieuse…l’homme c’est le ventre et le bas-ventre, je ne veux pas qu’on s’arrête sur ces mots ! »

Elle n’a que 24 ans, mais elle a un regard froid, derrière ses traits fins et beaux. Il y a exactement un an, nous rencontrions Lady Ponce, sans doute la chanteuse Camerounaise la plus écoutée et dansée au Cameroun du moment.
A l'époque, à peine quelques personnes connaissaient son tube "le ventre", encore moins elle-même.

Aujourd'hui, sans savoir comment, comme par quel impossible, elle est devenue le N°1 dans les bacs.

Les voies du succès sont insondables décidément.Une chose est sûre, ce qui est bien fait, finit par briller un jour ou l'autre...
Cameroun-online/juin 2006

Elle est tombée dans le Bikutsi pour se faire une place parmi les étoiles de la musique camerounaise de demain, mais ses premiers amours sont des flirts avec le Jazz et le folklore façon Saly Nyolo.

A 16 ans, Lady Ponce perd sa mère, à 22 ans, c’est son père qui disparaît à son tour. Mais l’amour de ses parents l’inspire fortement dans sa musique.

Une véritable résilience pour cette jeune tigresse du Bikutsi : ce qui ne vous tue pas vous rend plus…forte !

Cameroun-online.COM : Lady tu pourrais te présenter aux Internautes de Cameroun-On-line.COM…

Lady Ponce : Je suis Lady Ponce de nom d’artiste. Mon nom est Ngono Adèle Rufine.

Depuis quand tu chantes…

Je peux dire que je chante depuis la naissance, parce que quand l’enfant naît, les premiers pleurs c’est de la chanson, et ma mère chantait, une très grande animatrice des réunions et elle m’amenait souvent, j’avais son nom en plus, et moi toute petite je chantais déjà. Quand ma mère n’était pas là, je chantais à sa place. Je suis dans la musique depuis toute petite.

Ton premier album qui comporte 6 titres, avec comme principal opus « Le ventre » est mis sur le marché en décembre 2006. Comment tu tombes dans le monde de la musique ?

En fait j’aurais dû d’abord être religieuse, je me suis retrouvée dans la chorale, je suis entrée dans les ordres, j’avais environs 10 ans. Les sœurs nous éduquaient, s’occupaient de nous, mon père était très croyant.

Après je suis rentrée, j’ai dit à mon père que je ne veux pas être sœur, que je voulais faire la musique, je voulais être libre, pas enfermée à chaque instant, j’avais 13 ans.

J’ai quand même continué avec la chorale, et puis je suis parti à Yaoundé. J’avais un voisin qui faisait dans la musique, j’ai commencé à chanter dans les cabarets, en reprenant déjà des morceaux en vogue, j’avais 17 ans.

J’ai chanté ensuite dans le groupe « Les vibrations ». J’ai fait des chœurs dans plusieurs albums, y compris la musique religieuse. En 2005, quand je fais mon album, c’est avec mes propres moyens, avec des économies. En 2005, j’ai tout investit et je pense à un producteur, Monsieur Angoula (Joseph Angoula, Ndlr) qui m’avait marqué par la promotion qu’il faisait des artistes qu’il produisait.

Je l’ai rencontré, et il m’a dit qu’il ne voulait plus produire des artistes à cause de la piraterie. Finalement je l’ai convaincu.

Quelle est l’orientation de ta musique, c’est le rythme, ou les messages ?

Je demande à ceux qui écoutent ma musique d’écouter d’avantage le message. Pour le titre principal de mon album, « Le ventre », les gens n’écoutent que « l’homme c’est le ventre et le bas-ventre, le tour est joué », ils n’écoutent pas les autres messages donnés aux femmes, de prendre soin de leurs maris…

Cet engagement, cette profondeur dans ta musique, tu n’y vois pas l’incidence de ton passé dans les chorales où la musique est forcément spirituelle et élévatrice ?

Ce n’est pas forcément ça, je m’inspire de mes parents, mon père et ma mère ont vieilli, toujours amoureux, paix à leurs âmes…

... (Étonnement)

Ma mère est morte j’avais 16 ans, et mon père est mort il y a deux ans…et mon père il était toujours fou amoureux de sa femme…Dans les titres de cet album, je parle des femmes qui partent chez les marabouts pour se faire aimer, « attacher leur maris » par rapport à des rivales, alors que ce n’est pas parce que la rivale « pratique », c’est une question de savoir-vivre avec son mari, et vice-versa.

Je parle également des filles camerounaises qui cherchent à tout prix à se marier à des « Blancs ». C’est bien beau, mais il faut être amoureuse de ce « Blanc ». Il se trouve que en général, c’est pour de l’argent…

Ton rythme Lady Ponce

Avant de faire dans le Bikutsi, j’ai fait un peu dans le folklore jazz, traditionnel, un peu dans le genre Sally Nyolo. Nous sommes un groupe de trois filles et nous avons un album de 10 titres, c’est une musique à large spectre qui s’écoute partout, dans tous les pays, mais ici au Cameroun, pour produire ce genre de musique, c’est difficile…C’est pourquoi je mes suis d’abord lancée dans le Bikutsi en solo.

Tu cherches en fait ton chemin ….pour voler de tes propres ailes ?

Oui, c’est ça, mon premier album commence un peu à grimper, si j’ai les moyens ensuite, on pourra se produire avec mon groupe de folklore parce que c’est mon premier style qui me plait beaucoup. C’est pourquoi mes programmations Bikutsi sont différentes de celles de tout le monde, elles sont faites par des jazzmen, il ne fallait pas que ce soit monotone avec seulement de la guitare. C’est un Bikutsi riche, c’est posé, avec des messages en prime.

Et justement Lady Ponce, un message au public

Je voudrais dire aux jeunes femmes Camerounaises d’avoir confiance en elles, de ne pas envier les autres. Et dire aux familles qui demandent beaucoup d’argent pour la dot de leurs filles, cela pousse les filles à ne pas épouser les hommes qu’elles aiment vraiment, mais plutôt ceux qui peuvent donner une dot de plusieurs millions de francs. L’argent est facile, l’amour est difficile, et Dieu est toujours là où il y a l’amour.

Merci Lady Ponce !

Merci François.

Propos recueillis par François BMG

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