Jeudi 20 Novembre 2008

COL'TENDANCE

Interview exclusive de Mia: "Les hommes me fuient parce que je suis indépendante...On est des locataires au Cameroun, on n'est plus chez nous ici ! Il y a une clique de personnes là en haut qui ont décidé que c'est eux qui font la pluie et le beau

Elle n’a que 27 ans. Son 1er album brille par son originalité, dans un monde musical Camerounais en manque d’inspiration au-delà du sexe et des histoires lubriques. En début 2006, elle sortait son premier album, « Ma meilleure amie », mais un titre qui en cache un autre, « Le fric je m’en fous », qui exprime d’avantage la forte personnalité de cette jeune femme de caractère qui a quitté une vie paisible en Suisse pour le Cameroun, une jeune chanteuse dont le franc-parler est autant étonnant que détonnant.

Au contraire de la grande mode musicale camerounaise actuelle prompte à vendre du « cul » au public, elle prêche l’indépendance de la femme africaine par rapport aux hommes, et critique la confiscation des espoirs d’une jeunesse par une partie du système, un quarteron d’individus qu’elle appelle « une bande de personne là en haut »….Nous l’avons rencontrés Mireille Guiamba à Douala.

Cameroun-online/novembre 2006

Cameroun-online.com :Comment se fait la découverte avec Cameroun-Online.com ?

Mia: Je travaille essentiellement sur Internet, je bosse dans une société à part la musique bien sûr où on fait dans la sécurisation des documents, donc on travaille essentiellement avec Internet. Alors, et là mes patrons vont me tuer (fou rires), à mes heures creuses, je suis connectée et puis j’aime beaucoup tout ce qui parle du Cameroun, il y a plein de sites, de portails qui parlent et qui valorisent le Cameroun, et puis bien sûr comme je suis musicienne, je m’intéresse de très près à toutes les nouvelles sorties sur le plan africain et camerounais; ben voilà c’est comme ça que j’ai découvert Cameroun-Online que je trouve super d’ailleurs, ce que vous faites c’est terrible !!

Ben entrons dans l’interview, Mireille Guiamba c’est ton véritable nom, comment quitte-t-on de Mireille Guiamba à Mia ?

Mia: C’est un petit nom comme toutou, mami, papi à la maison, ben moi c’était Mia, et j’ai tenu à garder ce pseudonyme là tout simplement parce que je voulais garder cette relation d’intimité avec tous les gens qui viendrons écouter mon album, que ce ne soit pas « Mia c’est une grosse star », « Mystérieuse, loin là-bas, nous on est petit ici », je voulais que ce soit très convivial, que ce soit simple, tu vois…je suis simple non…

Tes débuts, c’était dans des concerts scolaires, tu as eu sans doute des personnes qui t’ont d’abord éblouies avant que toi-même en ait l’intention d’éblouir le public Camerounais, quelles ont été tes premiers repères, tes premières icônes, tes premiers modèles…

Mia: Mes touts premiers modèles sont américains, européens, je ne suis pas très vieille, je suis née en 1979 et si on recoupe mon évolution, à l’époque où je commence à être sensible à la musique, à faire attention aux paroles, c’est la musique américaine qui m’intéresse, Marry J Blige, Withney Houston, il y en a tellement…Joe Cooker, Lady Bridge Water, c’est bizarre, mais j’adorais le jazz…

…Le jazz, curieux quand même pour une camerounaise et qui plus est une jeune fille…

Mia: Oui parce que papa est très mélomane, et c’est à travers lui qu’on a appris à écouter de la musique et à se taire quand la musique passe, et à côté de cela, il y avait un genre très différent, il y avait du reggae, Bob Marley, Alpha Blondy, et on a grandi toujours dans cette diversité, mais le rythme qui m’attirait c’était le r’n’b qui était alors naissant..

…Et qui était surtout jeune aussi…

Mia: Ben voilà , j’étais jeune aussi, c’était le genre de musique que les jeunes de mon âge écoutaient et au fait c’est ce qu’on dansait, donc je suis d’abord intéressé par ce genre musical là et mes toutes premières compositions quand j’ai 12 ans ou 13 ans sont typiquement r’n’b, c’est dommage je ne retrouve pas ces maquettes que j’enregistrais pourtant.

Grand écart quand même aujourd’hui avec ton entrée sur la scène de la production musicale puisque je ne retrouve plus beaucoup de ces consonances r’n’b de ce qui constitue tes rythme de prédilection aujourd’hui, tu m’a parlé du zoblazo ivoirien, du zouk, du Mbalax sénégalais, même si il y a quelques notes de r’n’b…

Mia: Ben je vais te dire ce qui s’est passé, il s’est passé comme une certaine mutation en ma personne. Quand j’obtiens mon baccalauréat en 1996, je vais continuer mes études en Suisse, et je vais avec mes maquettes dans mes bagages qui sont très r’n’b. Alors j’arrive là-bas et comme petit boulot, à part les études, je traîne dans les studios où je deviens même choriste professionnelle, j’avais pas le droit de travailler, mais tout le monde veut avoir ma voix dans son album. Les artistes comme Salif Keita je les croise dans les studios, on ne se connaît pas on ne se parle pas, je dis « bonjour grand frère… », je rencontre les gens comme Youssou Ndour, je rencontre Mory Kanté…

Que de grosses légumes…

Mia: Voilà…et tout son crew quoi, toute la bande qui l’accompagnait, on se croise, je les aperçoit, je les admire, et je me dit tiens ! qu’est-ce que ces gens peuvent bien venir chercher ici, s’ils viennent ici, et qu’ils soient aussi adulés que dans les pays, cela veut dire qu’ils ont quelque chose en plus. Moi je suis africaine, comment je veux prétendre faire du r’n’b mieux que les américains ou les européens, c’est pas possible, il faut que je rentre dans mes racines, dans mes racines…

Tu viens de quelle partie du pays ?

Mia: Je suis NGoumba, de Lolodorf, mon département d’origine c’est Kribi… J’ai eue cette prise de conscience là, et je me suis dite…

Curieux de faire le plus dur, arriver en Europe pour vite redevenir nostalgique de ses racines africaines…

Mia: C’est bizarre, peut-être parce que quand j’étais encore en Afrique, je baignais dans cette culture, je n’avais jamais vu l’extérieur, je n’avais jamais été face au racisme, je n’avais jamais subi certaines injures, je m’étais jamais sentie aussi isolée, aussi loin de chez moi, il y a des moments où je me demandais, « mais qu’est-ce que je fous ici, est-ce qu’on m’a chassée de chez moi ? ». Peut-être fallait-il que je traverse pour comprendre, mais ça été une prise de conscience qui est tombée à point nommé ! Dès cet instant, j’ai mis toutes mes maquettes R’n’b de côté, des maquettes qui ne sont pas mal du tout hein ! Puisque dans le prochain album, je vais y reprendre certaines chansons. J’ai commencé à écouter la musique africaine, Myryam Makeba, Angélique Kidjo, que j’adore, Annie Anzouer, Coco Ateba, Saly Nyolo, toutes les femmes africaines qui ont de belles voix, et qui me touchent, je ne vais pas parler des autres, parce que je n’aime pas la médiocrité…

"La musique occupe ma vie mais elle ne me fait pas vivre… en Afrique on ne vit pas encore essentiellement de la musique"

Mia: Ce sont celle-là, Saly Nyolo surtout, et qui est venu en dernier lieu,sans beaucoup connaître son, parcours, elle m’a touché parce que c’était encore plus acoustique, recherché, rentré vraiment dans le « roots » (les racines, Ndlr), vraiment très beau, voilà celle qui m’ont réellement inspirées…

Tu as sans doute trimé entre concerts scolaires, cabarets, avant la parturition de ton premier album qui arrive en début 2006

Mia: En 2006, j’ai exactement 15 ans de musique derrière moi, les occasions n’ »ont pas manqué pour sortir l’album, c’est tout simplement les conditions qui ne me plaisaient pas, tu rencontres quelqu’un qui est très intéressée par ce que tu fais, mais qui souhaite te faire faire autre chose, il veut te faire chanter autre chose, en une langue qu’il t’impose, il veut t’imposer un rythme, il veut même t’imposer ta prestation scénique, quelque part te dépersonnaliser. Tout ce qui a toujours été dans ce sens là ne m’a jamais intéressé, j’aime rester naturel, j’ai envie de garder ma nature, c’est ce qui me reste, si je me déforme, me parjure, ce ne sera plus moi…donc les occasions n’ont pas manqué, il y a eu plein de gens qui m’ont approchés, « bon voilà, on aime ce que tu fais, mais est-ce que tu ne penses pas que penser en « duala ». Je leur ai dit, attendez que je chante d’abord en ma langue maternelle, peut-être qu’après on verra si je peux chanter en « duala ». D’autres personnes m’ont proposée de faire du R’n’b parce qu’ils ressentaient mieux ma voix dedans, d’autres encore du coupé-décalé, hein, c’est pas mon style du tout…

Mais c’est à la mode…

Mia: J’adore le coupé-décalé puisque je le danse quand je vais en boîte, mais çaé ne colle pas avec ma personnalité, je suis désolée. D’autres personnes m’ont demandé de m’expatrier, la condition était que je parte au Sénégal, ben j’y ai trouvé aucun intérêt surtout que la musique occupe ma vie mais elle ne me fait pas vivre, je vis d’autres choses, j’ai deux entreprises à gérer alors, qu’on me demande de les fermer pour vivre de la musique, en Afrique on ne vit pas encore essentiellement de la musique, je compte sur mes deux entreprises pour pouvoir faire mes album, si on me demande de faire le contraire, c’est qu’on me demande de me suicider.

Je sors l’album en 2006 parce que je suis prête, j’ai mon pognon, j’ai mon argent (rires). Je n’&attendais que le déclic, et le déclic est venu un jour en rencontrant Parol Sosthène qui est un ami à moi, il me dit « tiens, j’ai un studio que je viens de monter, ça ne te dirait pas de venir enregistrer, on s’amuse comme ça, et en s’amusant comme ça, on a fait cet album, et j’ai décidé de le mettre sur le marché, mais tout est réellement parti d’une bande de copains qui s’amusent en studio, voilà !

Il n’a jamais été question d’argent, la preuve, le jour où tu rencontreras Sosthène Parol, demande lui s’il a reçu 5 F CFA de moi, il te dira non, c’étaient des moments de joie, de rigolade…Bien sûr après il a fallu rendre ça très très professionnel, là j’ai changé de studio je suis allée mastérisé ailleurs…

Sous le label ORD, c’est ton label…

Mia: Oui c’est le mien…et ORD veut dire beaucoup de choses pour moi, c’est un anagramme…

Qui veut dire ?

Mia: (Fou rire) Non je ne dirais pas ….C’est très affectueux ORD, c’est la composition des initiales du nom de mon ami.

ROD…

Mia: Non tu vas chercher tu ne trouveras pas (rires)

Les concerts scolaires c’est une époque où frémissent et fleurissent dans la têtes des jeunes chanteurs les rêves de succès, de renommées, quel souvenirs en gardes-tu ?

Mia: Depuis toute petite, j’ai toujours rêvée que je remplirai le Zénith, dommage, les Camerounais ne connaissent pas la salle (grande salle de spectacle mythique à Paris, Ndlr). J’ensuis persuadée et je suis sûre. La première fois où je me retrouve sur un podium et qu’il y a à peu près 3 000 personnes c’est dans un concert scolaire, au Lycée d’Akwa nord (Douala, Ndlr), j’avais 12 ans, je devais faire 5e ou 4 e, je sais plus. Je passais dans un couloir, et j’entends des gens faire de la musique à côté, et on me dit que c’est le Club musique.

Il y avait une fille qui chantait très mal une chanson que j’adorais, c’était Mona Lisa de Sam Mbendé, et ça m’énerve, j’approche, et je m’inscris, j’étais la dernière à passer. Ils veulent arrêter car ça fait deux heures qu’ils sont là on ne trouve pas de bonnes chanteuses, il y a un jeune homme qui dis qu’il y a une dernière qui viens de s’inscrire. Ils discutent entre eux et puis ils me demandent ce que je voulais chanter, je dis Mona Lisa de Sam Mbendé, ils me disent « ha non, ça dépassé l’autre là… ». Ils ont commencé à jouer, et j’ai commencé à chanter, et puis ils se sont arrêté de jouer pour me regarder chanter,la bouche ouverte, c’est comme ça que j’intègre le Club musique du Lycée D’Akwa Nord. Et puis après on va en compétition avec un autre lycée, là il y avait 3 000 personnes, et le premier trac, la première relation avec le public.

Et puis après je fais beaucoup de concerts scolaires, et puis je rencontre Eko Roosevelt qui monte un groupe, il m’intègre comme chanteuse du groupe. On fait le tour du Cameroun, hors du Cameroun. Parallèlement je continue mes études, parce que j’avais un contrat avec mon père, pas en dessous de 13/20 comme moyenne, donc à la maison j’étudiais, hors de la maison je faisais de la musique.

Puis après je voyage pour mes études quand je reviens de la Suisse, je reviens sur un coup de tête, bref, on me laisse tranquille et c’est à ce moment que je décide de faire les cabarets…

"On ne m’a pas chassé de mon pays"

Quitter la Suisse, ses études, pour revenir faire les cabarets au Cameroun, c’est dingue non !

Mia: Ouais, tout le monde me l’a dit à l’époque, « tu es folle, machin ! », et je leur répondais qu’on ne m’a pas chassé de mon pays, ils ne savaient pas ce que je subissais là-bas. Je suis comme ça, j’ai toujours le choix et je prends toujours ce qui est bon pour moi, la preuve je ne le regrette pas aujourd’hui, j’ai fait les cabarets, j’ai rencontrés des gens merveilleux , j’ai énormément appris dans ce métier, comment gérer ma voix, la prestation scénique, gérer le public, 90% des choses que j’ai apprises c’est au cabaret que je l’ai appris, tu sais qu’on n’a pas d’école de musique au Cameroun. En Suisse je n’aurais pas eu cette chance là, peut-être que je l’aurais fais dans un conservatoire, dans de grosses écoles, mais je n’avais pas cet argent là en ce moment là, je suis désolée, donc j’ai fait avec les moyens de bord, je suis désolée !

« Ma meilleure amie », c’est le titre phare de ton premier album….

Mia: Ma meilleure amie, c’est le titre de l’album

Pas le titre phare…

Mia: Voilà, le titre phare, c’est « Le fric je m’en fous » !

J’en apprends des choses….alors, pour quoi Ma meilleure amie plutôt que « Le fric je m’en fous » qui aurait été plus agressif !

"Les hommes me fuient parce que je suis très indépendante"

Mia: Oui ça aurait pu être plus agressif…mais après avoir consulté des gens, on m’a conseillé de mettre le fric je m’en fous parce que ça aurait pu toucher plus de monde, c’est pourquoi le titre « le fric je m’en fous » a été lancé en premier sur le marché, plutôt que de « Ma meilleure amie » qui est en majorité en Ngumba.

Compile de 10 titres sous le label ORD. Parlons des thèmes, tu m’as dit que tu chantes ce qui te touche, et je m’en rends compte, tu es très exubérante, tu es crue, tu dis ce que tu penses, notamment l’indépendance de la femme vis-à-vis de la femme. Est-ce pour cette raison que tu ne t’es pas encore mariée ?

Mia: En fait si je ne suis pas mariée, c’est parce que les hommes me fuient. Tous mes amis sont des hommes. Finalement ils disent que j’ai fini par m’identifier à un homme. Moi j’aimerais bien me marier, avoir des enfants, dans un ménages, si je n’ai pas encore d’enfant c’est que je ne conçoit pas qu’on puisse avoir des enfants hors mariage, et comme je ne suis pas mariée, je ne ferai peut-être pas d’enfants (fou rire).

Les hommes me fuient parce que je suis très indépendante, je dis ce que je pense et je suis toujours tombé sur des gens qui n’aiment pas des femmes fortes ou charismatiques.

Les hommes, africains, je dis bien africains aiment bien les femmes qu’ils peuvent tromper facilement sans qu’elle ne s’en rende compte, ou bien sans qu’elle ne dise rien, qu’ils peuvent humilier, martyriser, battre sans qu’elle ne réagisse, des femmes à qui ils peuvent dire « tu sais comment je fais pour travailler cet argent là pour te nourrir », ils savent qu’ils ne peuvent pas trouver ça chez moi, et finalement, nos amitiés restent bien souvent platoniques.

La promotion de ton album, Mia, comment tu fais pour le mettre au zénith de ce qui se fait de mieux en musique au Cameroun en cette fin d’année 2006 ?

Mia: Je fais comme tous les Camerounais font, je passe par Cameroun-Online, je passe par les radios, je passe par la télévision et heureusement la chance que j’ai eue, c’est que j’ai jamais fais vraiment la promotion de cet album sinon il serait plus connu que ça, j’ai voulu laisser aller l’album, le laisser voler de ses propres ailes, pour qu’il ne soit pas un album qu’on a pistonné, je voulais que les gens s’en accaparent d’abord avant de le booster.

Là depuis une semaine, c’est ma rentrée promotionnelle, j’ai décidé de mettre maintenant le paquet dans la promo parce que les gens réclament cela. Il faut récompenser ces gens. J’ai sorti un premier clip, j’en ai fait deux qui d’ici deux semaines seront dans les chaînes de télévision nationales et privées.

Jardin privé de Mia, l’homme idéal pour toi il est comment ?

Mia: C’est un homme qui sait prendre le taureau par les cornes, c’est un homme sincère et un homme qui tiens à ses promesses. Il n’est pas forcément beau, parce que pour moi la beauté vient de l’intérieur, il n’est pas forcément physiquement beau, c’est quelqu’un qui peut me protéger qui est sincère et sympathique avec mon entourage. Voilà pour moi l’homme idéal.

Apparemment, tu l’as trouvé…

Mia: Oui. Je vais même ajouter que (rires) l’hommes idéal, c’est quelqu’un qui respecte les valeurs humaines, les valeurs religieuses, qui respecte son prochain. Et je l’ai trouvé, oui !

Ce que tu détestes le plus chez les gens ?

Mia: Ce qu je déteste chez les gens c’est l’hypocrisie, la capacité que quelqu’un peut avoir à te poignarder dans le dos…mmmm, ça ça me tue ! Pourtant c’est facile de résoudre les problèmes, de parler avec l’autre et de dire ce que l’on pense, mais les gens restent sournois et font des coups bas. C’est ces petits coups bas, cette médiocrité là, la médiocrité de l’être humain que je déteste, ça ça me révulse.

La musique Camerounaise, pleine de vitalité ou en perte de repères ?

Mia: La musique camerounaise,...pfff…, c’est dommage, comme tu as dit tout à l’heure, n est dans une phase de perte de nos repères. On manque de repères. Quand le ministère de la culture m’a offert dernièrement deux millions de F CFA pour m’encourager pour ce que j’ai fait, pour mon titre « Le fric je m’en fous ! », j’ai sauté de joie, je ne savais pas qu’il étaient au courant, moi je me disait, « ils s’en foutent, ils ne savent même pas que j’existe ! ».

C’est vrai que je suis affiliée à la CMC, mais ils ont des conseils et évaluent les musiques des artistes e se demandant est-ce que la musique de telle artiste a apporté quelque chose ou changé quelque chose dans la vie des Camerounais.

On m’a offert deux millions parce qu’ils ont estimé que le titre « Le fric je m’en fous » revalorise la femme camerounaise, africaine. C’est la femme qui dit « Non, je peux gagner mon argent moi-même, je m’assume toute seule, alors si tu viens vers moi, viens dans l’intention de m’aimer telle que je suis, je ne demanderai pas de m’offrir des voitures, des bijoux,des maisons, des voyages et tout. Ton fric je m’en fous, moi j’ai besoin d’amour ! »

"Notre gouvernement également démissionné. On est des locataires au Cameroun"

Un thème revalorisant qui dit aux jeunes femmes de ne pas faire leurs plans dans les portefeuilles des hommes, un thème qui dit aux jeunes filles aux jeunes étudiantes que bossez, fréquentez, travaillez, vous pourrez-vous acheter vous-même ces voitures, un thème qui dit aux femmes mariées que vos maris ont fait leur part, faites votre part en tant que femme digne…Pourquoi nos mamans et grands-mères étaient des femmes dignes.

On parle de pauvreté, mais la pauvreté vient d’abord du cœur, de l’âme, ce n’est pas parce qu’on arrive pas à manger du poulet, alors qu’on adore du poulet qu’on doit aller se prostituer pour manger le poulet tous les jours. Ce n’est pas une raison, on s’en accommode et on voit comment améliorer sa vie et par des procédés honnêtes.

Pour revenir à la musique camerounaise, elle est en perte de repères et je disais encore hier à un ami, tout le monde peut tenir un micro et ne pas savoir chanter. Il y a des gens qui aujourd’hui ont un ou deux millions, et qui ont toujours rêvées de voir leur tête à Canal 2 ou à la Crtv, alors s’ils sortent un album qui fait forcément un flop et qui viennent grossir les rangs des mauvais chanteurs du Cameroun et puis le Cameroun devient une tête de mauvais chanteurs…C’est décevant.

Mia, qu’est ce que tu penses du Cameroun d’aujourd’hui et la propension des jeunes et des Camerounais à s’enrichir très vite ou de continuer à s’enrichir par tous les moyens ?

Mia: Tout part de l’éducation qu’on donne un enfant, de l’environnement où il grandit, de la mentalité de leurs parents de cet enfant. Il y a des filles de mon âge qui ont choisi de faire autre chose de leur vie, des choses qui ne sont pas forcément honnêtes, propres, ça n’engage qu’elles.

Pourquoi moi j’ai pas mal tourné, pourquoi je n’ai pas fait les même choix qu’elle, parce que j’estime que je valais mieux que ça, et qui m’a appris à penser que je valais mieux que ça ? C’est mes parents, tout par de l’éducation, est notre administration d’aide pas ces jeunes là, on ne trouve aucune issue, alors, les jeunes se disent, je vais même fréquenter pourquoi ? Est-ce que je vais même travailler quelque part.

Quand un jeune commence à glander (ne rien faire), il refuse d’aller à l’école, il reste à la maison, il s’ennuie, il commence par jouer au ludo, avec une personne, puis c’est en groupe. La petite fille de trois quatre ans qui rentre de l’école devant leurs yeux chaque jours, ça commence à germer dans leur têtes, on peut lui offrir des bonbon, et puis ça fini en viol.

Les parents sont responsables, mais ce que je dis, c’est que notre gouvernement également démissionné. On est des locataires au Cameroun, on n’est plus chez nous ici, on est des locataires tous autant que nous sommes. Il y a une bande de personnes là en haut qui ont décidé que c’est eux qui font la pluie et le beau temps dans ce pays, on est tous des locataires. Le jour où on dit que celui-là, on va le défenestrer, on va le défenestrer et les gens d’en haut vont tout faire pour couvrir, on va se taire, on va chuchoter... (Affaire du jeune étudiant défenestré du 6ème étage du Hilton Hôtel de Yaoundé) On n’a pas évolué du tout, on régresse…Comment et pourquoi va-t-on empêcher aux jeunes de rêver aujourd’hui de l’Europe qu’ils voient à la télé comme beau, propre, « nyanga ». C’est parce qu’ils veulent fuir ce genre de conneries là, ils veulent aussi connaître l’asphalte lisse, pas les trous dans les routes on ne peux pas les empêcher d’avoir ce minimum de bonheur, on ne peux pas leur empêcher de vouloir une meilleure vie.

On est mal en ce moment au Cameroun, et ça se répercute dans nos boulots, dans la musique puisqu’il n’y a personne pour taper sur la table pour que les histoire de tourner les fesses, tourner les seins, ça je ne veux plus, on continue ; ça se répercute dans nos familles, partout.

On se permet de braquer les gens et on est pas puni, on attrape même les braqueurs, on les met en prison, on les ressorts et les mêmes braqueurs viennent punir les gens qui les ont dénoncés, on est dans un bouillon de culture, c’est terrible ! Voilà dans quoi on vit.

On ne peut pas faire pire, mais je suis camerounaise, j’aime le Cameroun.

Entretien mené par François BIMOGO à Douala

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