Lundi 08 Septembre 2008

COL'TENDANCE

Ils sont trois jeunes Camerounais, comme une sainte trinité du hip-hop local. Age moyen, 28 ans. Signe particulier : revendication, dénonciation, combat. Ak-Sang-Grave, nouvel album : « Laissez l’argent du peuple ! » pour dénoncer la corruption au Ca

L’album « Du fond de l’Afrique » le second du groupe est plus engagé que le premier jugé par le groupe lui-même d’ « égotripe » (égocentrisme). On y remarque aussi « Libérez l’Afrique » pour que les chefs d’Etats africains arrêtent d’être des marionnettes, « Indépendance » qui a fait pleurer 2 000 jeunes à l’université de Yaoundé II. Interview exclusive et inédite du groupe Ak-Sang-Grave pour un site Internet.

Cameroun-online Musique/mars 2007

Cameroun Online: Bonjour Ak-Sang-Grave !

Ak-Sang-Grave: Bonjour Cameroun-online.com !

Cameroun Online:Le groupe, comment il commence, ensemble ou par des individualités du rap qui se sont par après mis ensemble ?

Dar-X : Au commencement comme tu dis, ce n’était pas Ak-sang-grave, c’étaient des jeunes qui étaient fascinés par le hip-hop, qui habitaient le même quartier qui avaient pour point de rencontre, cette musique, ce bel art. On fréquentait les mêmes coins, les mêmes habitudes, on fréquentait les même coins… on étaient pareils, et on s’est entendu et on s’est dit pourquoi ne pas monter un groupe…

Cameroun Online:On est en quelle année ?

Dar-X : La rencontre en 1995, mais le groupe est né en 96-97

Reezbo : Ouais comme Dar-X a dit, nous sommes d’abord des amis d’enfance, nos parents étaient voisins. Dans les années 90, on a découvert le rap à travers les médias, ça nous a intéressé, en 95, on essayait de se trouver dans le même groupe. En 96, on a commencé » à faire les premières scènes, avec « Les nuits su Sunday rap show » avec Alex Siewe, communicateur de Aes-Sonel aujourd’hui. Il faisait des petites scènes à « African Logik » à l’époque, c’est là que le hip hop est né à Yaoundé, avec le concept des "Nuits du rap" sponsorisées par une marque de cigarettes.

Voilà, donc on se retrouvait là-bas et ça nous a permis de nous consolider et au fil fil temps, on s’est rôdé, on a commencé par la scène après le quartier, et puis on est passé au niveau des « samedi Rap » avec Axe Jeunes au CCF, on n’avait pas encore d’album, et on avait déjà rencontré Louis notre producteur (Louis Tsoungui Ndlr) qui a aimé ce qu’on faisait et qui nous a proposé de produire notre premier album, c’est comme ça que en 2002 l’album sort, ça été tout un long processus.

Cameroun Online:Alors, le choix du nom du groupe « Ak-Sang-Grave », que draine ce nom en terme d’idées ou d’idéologie…

Ribou : Au début Ak-Sang-Grave ne s’écrivait pas comme aujourd’hui, il s’écrivait comme l’accent qu’on met sur les lettres…

Mais après on s’est dit que dans nos textes, on disait tout haut ce que les gens pensent tous bas, on était les porte-parole d’une jeunesse d’une jeunesse en détresse, d’une jeunesse qui pleure mais qui n’avait pas de modèle, mais on s’est dit qu’il fallait trouver une autre signification à ce nom : et on s’est dit « AK », on utilise nos textes comme une arme et vous savez dans le pays dans lequel on est, les gens n’aiment pas la vérité, quand tu dis la vérité, tout va mal, nous on a décidé d’utiliser nos paroles comme des armes, et quand on blesse avec nos parole, il y a du « Sang », et quand il y a du sang, vous savez ce qui vient après, c’est « Grave » !

Reezbo : Je vais te donner une autre dimension à la définition de l’accent grave, parce que l’accent grave, c’est l’accent fort, c’est l’accent de celui qui revendique. Tu ne vas pas revendiquer en caressant les gens dans le sens du poil au niveau de la voix.

Notre musique brime, il faut un ton fort, c’est pourquoi on a adopté cet accent grave pour brimer ceux qui foutent l‘Afrique dans la merde, ceux qui ne veulent pas que les choses avancent !

Que nos chefs d’Etats arrêtent d’être des marionnettes !

Cameroun Online:Quels sont les problèmes que vous évoquez avec le plus de vigueur dans vos chansons ?

Reezbo : Pour être plus pragmatique et concret, je vais citer quelques titres de notre dernier album, je crois ça va plus éclairer les gens sur le sens des choses que l’on veut dire dans certains titres. Dans notre dernier album qui s’appelle « Du fond de l’Afrique ». « Du fond de l’Afrique », déjà c’est où est-ce qu’on se trouve déjà pour situer le contexte, dans le tiers monde en Afrique.

Tu as des morceaux comme « Rapatriés vers l’Afrique » où on parle du problème crucial qui est celui de l’immigration, ces jeunes qui pensent que l’eldorado c’est en France et qui se font rapatrier, tu as un titre comme « Libérez l’Afrique « où on dit à l’occident de libérer l’Afrique enfin, qu’on puisse avoir une indépendance politique et économique, que nos chefs d’Etats arrêtent d’être des marionnettes, qu’on puisse enfin gérer le pétrole qui se trouve au Congo-Zaïre ou en Guinée.

Un morceau comme « Indépendance » où on pose la question à l’ancien colon, l’Occident de savoir si ces indépendances des années 60 est une vraie indépendance, si ce n’est pas une indépendance de pacotille, et puis il y a aussi le morceau « Laissez l’argent du peuple » qui parle de la corruption au Cameroun, dans ce morceau, on indexe tous ces gens qui ont des comptes en banques alors que nos routes ne sont pas goudronnées.

Cameroun Online:En Afrique comme au Cameroun, on considère des rappeurs comme des marginaux, comme ces jeunes qui n’ont pas brillé à l’école, et dont la musique est un raccourci rapide vers la gloire et l’argent faciles, que répondez-vous à ces clichés tenaces sur les rappeurs ?

Ribou : Au départ, dans les années 80, je me rappelle que aucun parent ne laissait son enfant aller jouer au foot. Quand tu sortais l’après-midi après le repas, tu revenais à 18 heures, tu revenais on te demandait où tu étais, « j’étais au terrain jouer foot », on te tapait dessus, on te disait que le football c’est pour les bandits, c’était marginalisé.

Aujourd’hui, les parents sont prêts à mettre des fortunes pour envoyer leurs enfants dans des écoles de foot en Occident et tout, c’est pareil pour le rap, et nous on se bats pour, au départ c’était pas ça, on essaye de convaincre les parents, rester positifs.

Cameroun Online:Vous pensez que vous avez une place pour faire changer les choses dans un pays comme le Cameroun, dans un continent comme l’Afrique où il y a beaucoup à refaire, beaucoup à dire sur la gestion publique, la gestion politique, et les pratiques sociales ?

Dar-X : Je crois que vu le débat que Ak-Sang-Grave tient dans ses album, vu la façon avec laquelle on aborde les sujets qui sont d’actualité, on a notre place, nous sommes jeunes, et l’avenir de l’Afrique c’est la jeunesse. Ak-Sang-Grave ne parle pas de ses problèmes, il parle des problèmes du jeune africain avec qui il les partage, au Darfour, au Rwanda, au Sénégal, en Egypte.

Cameroun Online:Parlez-moi justement de votre premier et deuxième album et de votre rencontre avec Louis Tsoungui.

Reezbo : Le premier album s’appelle « Yaoundé pour la Planète », c’est un album sorti en 2002, nous l’avons fait à notre image, nous étions un jeune groupe qui voulait raper, faire de la bonne musique, qui voulait aussi véhiculer un message. Cet album a eu un gros succès d’estime, notamment auprès des jeunes, ça nous a fait plaisir.

Mais entre le premier et le deuxième, il y a eu 4 ans, qui nous ont permis de progresser. On s’est demandé s’il fallait continuer avoir un message ‘égotripe’, vous savez quand des poètes écrivent, des fois ils ont des textes à messages et des textes qui montrent juste qu’il savent utiliser la rhétorique, qu’ils ont du style.

On a réfléchi, on s’est dit qu’on va faire un album de position, parce qu’on vit dans un continent, parce que entre 2002 et 2006, il y a eu une mutation, au niveau de la musique et même au niveau de la raison. Donc on a fait cet album « Du fond de l’Afrique » qui porte le nom de notre continent. La rencontre avec Louis Tsoungui s’est faite bien avant le premier album.
C’est l’un des rares jeunes Camerounais qui au lieu de s’acheter des bouteilles de whisky en boîtes, de s’acheter de belles voitures et tout, a daigné donner un coup de main à la jeunesse. C’est quelqu’un qui a fait du basket pendant 14 ans en France, au niveau professionnel en France, qui a mis de côté un peu d’argent.

En rentrant au pays, il a vu qu’il y avait des jeunes comme nous qui avaient du talent, il a créé une structure d’encadrement des jeunes qui s’appelle Mapane Records. Il a acheté un matériel de studio dans lequel on s’est rôdé bien avant (1998), il a signé plein d’artiste,, il a produit une compilation (Kamer Connection, 2003).

C’est quelqu’un pour qui nous aurons toujours beaucoup de reconnaissance, parce que nous sommes allés voir d’autres jeunes qui sont lus aisés que lui, qui jettent de l’argent pas les fenêtres, qui n’ont pas daignés nous donner un coup de main, voilà c’est quelqu’un que nous avons beaucoup de respect. Nous avons aussi rencontré un manager en 2002 qui s’occupe de l’aspect administratif Simon Pierre Mbey ; Nous dans la structure, on ne s’occupe pas du business, on s’occupe de créer.

Nous ne sommes pas des chanteur du dimanche pour ministres

Cameroun Online:Vous vivez du rap aujourd’hui ?

Dar-X : Honnêtement, je ne vais pas encourager ce qui vont croire que dans le rap il y a des milliards, mais on ne meurt pas de faim. Tout rappeur Camerounais qui fait son travail comme il faut, n’aura pas faim, n’aura pas soif, n’aura pas froid. Ak-Sang-Grave, je ne vais pas dire qu’on est arrivé, mais on se suffit.

Reezbo : Je vais te poser une question, vivre d’un art, est-ce dire que ce art nous donne de l’argent ou alors que cet art nous épanouit, parce que vivre d’un art, c’est aussi être équilibré, je voudrais savoir dans quel sens va ta question…

Cameroun Online:Je sent la passion en ce que vous faites, et donc votre art est une grosse satisfaction morale, mais je veux dire si financièrement ça permet de vivre…

Reezbo : Allez donc demander à ces gens qui sont en haut là, qui piratent nos CD…

Cameroun Online:La CMC vous reverse des droits d’auteurs ?...

Reezbo : …à la CMC (Cameroon Music Corporation, Ndlr) qui depuis que nous avons deux albums, que nous avons des dingles qui passent à la radio à la télé, on a jamais touché un centime, on fini toujours par connaître la vérité, que c’est eux-mêmes qui encouragent les réseaux de piraterie, arrêtons de nous mentir, ça ce sont des questions hypocrites, quel est l’artiste Camerounais qui vit de son art, tous ce sont des mendiants, ils vont le dimanche chez des ministres chanter pour eux.

Mais nous ce n’est pas ça, nous on veut être devant les jeunes, comme la dernière fois on était à Soa (Université de Yaoundé II à Soa, 12 km à l’est de Yaoundé) à l’amphi 500 et où il y avait 2 000 jeunes, et quand nous avons fait « Indépendance », il y avait des jeunes qui pleuraient, quand nous avons fait « Libérez l’Afrique », « Laissez l’argent du peuple »…C’est ça !

Cameroun Online:Vous n’êtes pas des chanteurs du dimanche…

Reezbo: Nous ne sommes pas des chanteurs du dimanche parce qu’un ministre, je m’en tape je suis désolé !

Ribou : Moi je vais te dire qu’il ne faut pas rester là à pleurer que la musique ne paye pas, c’est pourquoi en ce moment qu’on fait nos concerts nous-mêmes, et inch Allah (s'il plaît à Dieu, Ndlr), on aura un matériel qui va arriver je ne sais pas quand, peut-être dans deux ans, trois ans.

Inch Allah, il faut se trouver une porte de sorti, il ne faut pas rester à pleurer la piraterie, on va faire nos concerts nous-même on va vivre de ça !

Entretien réalisé par François BIMOGO

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