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Catastrophe ferroviaire d’Eséka : le douloureux souvenir

Un an après le déraillement du train 152 de la Camrail qui a fait 79 morts, les camerounais se remémorent le souvenir de la catastrophe dans la douleur.
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10/21/2017 - 14:54
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Mike Biya
Rédacteur cameroun-online

Le 21 Octobre 2016 : une date, un souvenir, marqués d’une pierre blanche dans la mémoire collective du peuple camerounais. Ce triste jour, le train 152 de la CAMRAIL, parti de Yaoundé à destination de Douala, déraille dans la ville d’Eseka, dans le département du Nyong-Ekellé, peu avant 13 heures. A la sortie d’un virage, alors que le train fonce à une vitesse de 96km/h dans un segment du rail pourtant limité à une vitesse maximum de 40 km/h, le train voyageurs 152VE, le convoi bascule. Les wagons de queue, bondés de passagers, se détachent et se retrouvent dans un ravin. Le bruit assourdissant et l’épais nuage de fumée qui s’en échappent alertent aussitôt les populations riveraines.

La solidarité face au désespoir et à la mort

Les premiers secours, constitués des riverains et de volontaires, s’activent pour tenter de sauver le maximum de personnes possibles. Au milieu des corps déchiquetés, des lambeaux de chair et des flaques de sang, la solidarité s’organise pour rechercher les survivants et leur appliquer les premiers gestes de secours. Mais, la catastrophe est de bien trop grande ampleur. Les secours eux, tardent à arriver sur les lieux du drame. Bilan officiel du déraillement de « train de la mort » : 79 morts et plus de 600 blessés. Le pays tout entier plonge dans la stupeur et la consternation. Sur les réseaux sociaux, les messages de soutien et de compassion proviennent de toutes parts. Une profonde tristesse s’empare de tout le pays, et le Président de la République décrète un jour de deuil national. Jamais auparavant, les camerounais n’avaient connu d’accident ferroviaire aussi meurtrier. Mais comment cela a-t-il pu arriver ? se demande-t-on çà et là.

CAMRAIL, principal responsable de la catastrophe

Quatre jours après le drame, le Président de la République instruit la mise sur pied d’une commission d’enquête pour faire toute la lumière sur les causes. « Au terme de ses investigations, la Commission d'enquête a établi la responsabilité, à titre principal, du transporteur, la société CAMRAIL, dans le déraillement du Train Intercity n°52 », souligne le rapport. En cause : l’excès de vitesse du train (96km/h plutôt que la vitesse autorisée de 40 km/h), la surcharge des wagons, mais aussi le non-respect de plusieurs règles de sécurité. D’autant plus que le train 152 de Camrail « présentait de graves défaillances et anomalies », selon le rapport. La défaillance du système de freinage des wagons en atteste. Le rapport est ensuite transmis à la justice pour la diligence des procédures judiciaires engagées par les avocats des victimes contre l’entreprise.

Le dispositif de prévention des catastrophes défaillant

Élement de frustration dans la gestion de la catastrophe, la mobilisation des secours a été trop lente pour une catastrophe d’une telle ampleur. Les services de l'Etat en charge de la gestion des opérations de secours en cas de catastrophe ont également été pointés du doigt par le rapport de la commission d’enquête. Un analyste souligne fort à propos que « une catastrophe survient lorsque l’aléa rencontre la vulnérabilité ». Par conséquent, le Président de la République a instruit la réforme de ces services afin qu’ils soient mieux adaptés et outillés dans la prévention, et plus prompts dans la gestion des catastrophes.

Quid des indemnisations des victimes ?

En soutien aux victimes, le Chef de l’Etat avait instamment demandé à toutes les formations hospitalières de prendre en charge toutes les victimes du drame. Et ce, de façon totalement gratuite. Paul Biya a également décidé de débloquer une enveloppe de 1 milliards de FCFA pour « une assistance complémentaire à verser à ces victimes ou à leurs ayants droits ». De son coté, CAMRAIL s’est engagée à procéder à l’indemnisation des victimes et de leurs proches. Ce 12 Octobre 2017, le Comité interministériel des infrastructures ferroviaires (Comifer) a révélé à la presse que le transporteur Camrail, filiale de Bolloré, a déjà validé 711 dossiers d’indemnisation. L’on apprend également que sur les 332 dossiers de blessés évalués, 259 ont été retenus pour l’instant. En surplus, 581 personnes ont déjà bénéficié des avancements de fonds pour des préjudices sociaux. Et des accords pour proposition d’indemnisation ont été validés pour 36 des 80 personnes décédées dans le drame.

Les procédures d’indemnisations, ainsi que les procédures judiciaires suivent donc leur cours, pendant que les camerounais tentent difficilement de faire le deuil du drame et des séquelles causées par le « train de la mort ».  

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