Onglets principaux

Culture Art

Concert de Maahlox au Paposy : L’histoire en lettres d’or

 Entre une organisation réussie, des surprises à n’en plus finir, un hommage émouvant au footballeur Marc Vivien Foé, et un public venu massivement porter son héraut en triomphe, Maahlox a brisé un mythe !
0 lectures aujourd'hui
1,024 vues
06/28/2018 - 21:33
0
Mike Biya
Rédacteur cameroun-online

Le contexte

Le concert du rappeur camerounais, Maahlox LeVibeur, ce 26 juin 2018, au Palais Polyvalent des Sports de Yaoundé (Paposy), est un événement dont on se souviendra longtemps au Cameroun.

« Historique » ; « inédit » ; « mémorable ». Voilà quelques impressions que l’on a pu lire çà et là, en parcourant les réseaux sociaux, au lendemain (et même pendant) du concert de Maahlox au Palais des Sports de Yaoundé. La salle a abrité la majeure partie des concerts grand public de ces dernières années dans la capitale camerounaise.

Cependant, seuls des artistes étrangers (MHD, Fally Ipupa,Dj Arafat etc…) réussissaient à y drainer du grand monde. Les concerts des jeunes artistes locaux se tenant souvent dans des conditions plus restreintes (pour en dire le moins). Ainsi est né le mythe selon lequel, un jeune artiste local ne pouvait faire salle comble au Paposy (un peu plus de 5200 places).

Pire encore si, comme Maahlox, il ne pouvait compter sur l’appui des sponsors et gros annonceurs. Et, justement, aucun jeune artiste camerounais de la nouvelle génération ne s’y était risqué jusqu’alors. A titre illustratif, en février dernier, s’est tenu le « concert des étoiles », réunissant cinq têtes d’affiche de la musique urbaine camerounaise : Daphné, Locko, Mr Léo, Dynastie et…Maahlox. L’événement a été organisé, non pas à l’intérieur de la salle, mais à l’esplanade du Paposy. Le tout, pour une affluence estimée à environ 2500 spectateurs. Soit à peine de quoi remplir la moitié de la salle en elle-même. Et ce, malgré le soutien des sponsors.

Maahlox a brisé le mythe du Paposy

D’emblée donc, la partie semblait mal engagée pour la réussite du concert d’un seul d’entre eux, en l’occurrence, Maahlox. A cet égard, « l’inédit » tient à un fait tout simple. L’événement du 26 juin dernier est le premier concert grand public, organisé par un artiste indépendant, sur fonds propres (environ 17 millions de FCFA d’investissement, d’après l’artiste et son staff). Tout un symbole !

Bien plus, se posant en pionnier, il a décidé tendu de donner l’opportunité à une soixantaine de jeunes artistes de profiter de cette tribune, en leur offrant la première partie de son concert. Une aubaine pour ces jeunes pousses en quête de visibilité. Nous n’allons, cependant, pas revenir sur leurs prestations.

Une organisation réussie

Quarante jours. C’est le temps dont disposaient Maahlox et son équipe entre l’annonce officielle de la tenue du concert et le 26 juin. Timing trop serré pour communiquer sur un événement à la réussite incertaine ?

Non, estime le staff. En tête, Patou Ebongue, manager de l’artiste, mais aussi promoteur événementiel de renom, tant au niveau local qu’international. L’organisation des concerts au Cameroun de MHD, Niska, et bien d’autres, ont permis au promoteur de Première Classe d’acquérir une expérience certaine de l’environnement local.

Le stratège en communication et marketing, Charly Despote Nguentsop, s’est lui, chargé de focaliser l’attention sur l’événement et booster la vente des billets. Tissant un réseau étendu de canaux de communication tels que les réseaux sociaux et les blogs. Ce qui lui a permis de contourner la censure des médias traditionnels majeurs, mais aussi, de toucher directement le public jeune, principale cible. Et ça a marché. L’engouement a été réel, et la mayonnaise a vite pris.

 La logistique (sonorisation, lumières, écrans etc…) a été confiée à Easy Group qui, d’après Dave EUMALEU, l’un des responsables, a géré avec succès, 80% des concerts organisés au Paposy ces dernières années. Les petits plats ont donc été mis dans les grands.

Le public a répondu présent : Paposy plein !

Mardi, soir de concert, une pluie arrose la ville de Yaoundé, comme pour bénir l’événement. Et de fait, la légère averse ne dissuade pas le public de se rendre massivement au lieu du concert. Les retardataires s’arrachent les derniers billets, vendus 2000 et 5000 FCFA. A 21h dans l’antre du Paposy, le constat est clair : salle comble, au moins aux 2/3. L’événement est couru. Le public a répondu présent. Le principal défi de l’affluence est relevé haut la main.

Sur scène, des artistes "confirmés", venus soutenir le mouvement, se succèdent après le show des premières parties. C’est le cas notamment de Inna Money et Teddy Doherty, le rappeur Ivee, ou encore King Creol et sa troupe de danseurs, qui ont livré des prestations vivement saluées par le public.

Mais, inévitablement, les spectateurs veulent voir Maahlox. A mesure que la soirée avance, on scande son nom dans les gradins. Les cris et les applaudissements se font plus intenses lorsqu’en régie, de temps à autre, Régis Talla, auteur de plusieurs clips de Maahlox, diffuse des images et extraits de la star, sur les écrans géants. Au grand bonheur de la foule venue nombreuse. Plus de doute : Maahlox LeVibeur est populaire !

« On ne les laissera pas écrire notre histoire à notre place »

L’histoire…d’amour entre le public et son idole débute sur les coups de 22h15. Maahlox monte sur la scène, vêtu d’un T-shirt aux couleurs nationales (vert, rouge et jaune) et communie avec ses fans. L’ambiance est électrique ! Derrière lui, on peut voir des filles agiter des étendards estampillés M.O.U.F (Mental - Organisation - Union – Force), le slogan, le cri de guerre, le leitmotiv de l’artiste et sa clique. Sa chanson éponyme ouvre d’ailleurs le spectacle. M.O.U.F est repris en chœur par un public majoritairement jeune du Paposy.

En fond de scène, on peut lire sur les écrans géants : « On ne les laissera pas écrire notre histoire à notre place ». La quintessence du "combat" de l’auteur de "Vis ta vie". Le rappeur est visiblement fier de l’accueil qui lui est réservé par près de 5000 spectateurs, dans cette arène, jadis réputée "imprenable". Et il savoure. Communiquant sa joie et sa fierté à ses nombreux fans, qui le lui rendent bien.

Un spectacle haut en couleurs et très apprécié

Se succèdent alors ses titres populaires, "Fini avec" ; le tube "ça sort comme ça sort", repris en chœur par la foule.  "Bon Plantain" s’accompagne d’un show de danse donné par deux filles aux formes voluptueuses. Les spectateurs, surexcités, semblent apprécier. L’ambiance monte d’un cran.

Suit alors le hit "Tuer pour tuer" repris par la chorale de circonstance que constituaient la foule en liesse. Puis, vint le très attendu "Voici alors la bosse". Le spectacle gagne en intensité. Le public ne tient plus en place. C’est davantage le spectacle donné par des femmes aux formes disproportionnés qui étaient salués par des salves d’applaudissements à travers la salle. La température grimpe. « Ça a pris feu ! » (Pour dire que c’est super !), peut-on entendre dans la foule.

Des special guests qui ont émerveillé le public

Le succès du concert de Maahlox le 26 juin dernier a également été rehaussé par la présence d’invités spéciaux qui ont surpris le public. Le premier d’entre eux, le boss du label indépendant Alpha Better Records, Salatiel, est arrivé sur scène, tout sourire ; pour soutenir son collègue. Ensemble, les deux stars ont interprété le titre "Bouger là-bas" sur lequel ils ont collaboré. Un bel exemple de solidarité et d’unité.

Des valeurs davantage renforcées par la présence supplémentaire de Mr Léo, qui a offert aux fans un bout de son tube "Partout". Des cris stridents fusent dans le public. Mais les fans ne sont pas au bout de leurs surprises. Plus tard, Daphné, Ténor, le footballeur Alexandre Song, Pitt Bacardi, ou encore Magasco, se relaient sur la scène pour marquer leur soutien total à cet événement qui marque un nouveau tournant pour la musique urbaine camerounaise.

L’hommage à Marc Vivien Foé : Vive émotion

Maahlox l’avait annoncé. Le concert organisé ce 26 juin, serait aussi l’occasion pour lui, de rendre un vibrant hommage au footballeur camerounais décédé le 26 juin 2003, suite à une crise cardiaque, alors qu’il participait à la rencontre opposant les Lions Indomptables du Cameroun à la Colombie.

Pour la circonstance, l’artiste a demandé à la salle d’observer une minute de silence en hommage à ce valeureux Lion. Toutes lumières éteintes et flash de téléphones allumés dans la salle, les spectateurs regardent sur les écrans géants, un mini-documentaire en souvenir de « Marco ». L’émotion est vive, portée par des applaudissements, mais aussi des pleurs. De la joie du show, à la tristesse du choc, on se souvient qu’ « Un Lion ne meurt jamais, il dort ».

S’ensuivit, un bel intermède dans ce « spectacle de rue ». Les rappeurs Krotal et Koppo, pionniers du mouvement Hip Hop au Cameroun, interprètent leurs chansons composées en mémoire de l’ancien joueur des Lions Indomptables. La douceur des mélodies, loin d’endormir le public, berce les prières des fans en direction du repos éternel de « Marco ».  

Une seconde partie tout en célébration

De retour sur scène pour la seconde partie du show, Maahlox, cette fois tout de blanc vêtu, semble satisfait. La satisfaction de la mission accomplie. Il a conquis le Paposy, il a dompté les obstacles, déjoué les pronostics. « Désormais, on ne manquera plus jamais de respect aux artistes de musique urbaine dans ce pays », lance-t-il, le torse bombé, l’allure fière. 

Après "les sorciers", où il met en garde tous les détracteurs, il interprète son titre "Vis ta vie", repris en chœur avec les fans comme un hymne à la motivation personnelle. La symbiose entre Maahlox et son public est évidente. Ils se connaissent réciproquement, et ça marque les esprits. Si ce concert était un test de popularité, eh bah, LeVibeur l’a explosé ! La rue le porte en triomphe, comme il aime à le dire.

A Minuit précises, le concert s’achève sur "la bière c’est combien ici", le son qui lui a ouvert les portes de la popularité et du succès.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Maahlox LeVibeur, en réussissant le pari historique de faire salle comble au Papaosy, a ouvert le chemin pour les autres artistes de la nouvelle génération qui voudraient le faire.

 

Étiquettes: